Avec Marie : la joie du monde à l’envers

Les chemins menant à la joie de la Vierge Marie

Dieu est présent dans le pauvre et le petit
Source image: Seigneur à qui irions-nous Jésus est Dieu

Résumé : Avec Marie : la joie du monde à l’envers. Oui, le chant du Magnificat est un chant révolutionnaire. Mais c’est la révolution de Dieu. La révolution de l’Amour.

Avec Marie : la joie du monde à l’envers. Le Magnificat de Marie renverse toutes choses

Dans le Magnificat, « petitesse » et « puissance » se trouvent en voisinage : un verset à peine les sépare. Rappelons-nous ces quelques phrases :

« Il a porté son regard

Sur son humble servante.

Il est intervenu de toute la force de son bras,

Il a dispersé

Les hommes à la pensée orgueilleuse,

Il a jeté les puissants à bas de leurs trônes

Et il a élevé les humbles;

Les affamés, Il les a comblés de biens,

Mais les riches,

Il les a renvoyés les mains vides »

(Lc 1, 48. 51-53).

Avec Marie : la joie du monde à l’envers. Le Magnificat de Marie nous parle d’un autre monde

Ce cantique de « l’humble servante » de Dieu est-il un chant subversif? Oui! Ce chant nous parle d’un autre monde. Marie se situe au cœur du Royaume de Dieu, qui est régi par des lois bien différentes de nos lois humaines. C’est le monde à l’envers : ce que nous appelons petit est grand aux yeux de Dieu. « Dieu n’a-t-il pas rendu folle la sagesse du monde? Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. » (1 Cor 1, 20, 25). Les affamés vivent dans l’abondance, mais les riches se retrouvent les mains vides. Les puissants perdent leur trône et Dieu élève les humbles. Oui, Marie chante le renversement des situations. Mais pas n’importe lequel : elle chante d’abord un renversement dans notre image de Dieu. Dieu n’est pas tel que nous L’imaginons spontanément : de riche qu’Il était, Il s’est fait pauvre à cause de nous, pour que nous devenions riches. Dieu dépasse et renverse toutes les images que nous faisons de Lui.

Avec Marie : la joie du monde à l’envers. Le Magnificat de Marie nous dit que l’Amour de Dieu nous précède

Son amour pour nous n’est pas à la mesure de nos efforts pour L’atteindre. Il nous précède. Il est déjà là, longtemps avant que nous nous en rendions copte. Son amour n’est pas comme le nôtre, qui se fonde le plus souvent sur les qualités de l’autre. Or, « voici ce qu’est l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est Lui qui nous a aimés » (1 Jn 4, 10). De même que Dieu dans sa sagesse et son amour est le Tout-Autre, son Royaume aussi met toutes les valeurs et situations humaines sens dessus dessous : le riche devient pauvre, mais le pauvre est enrichi; l’homme faible devient fort et l’homme fort s’éprouve fragile; ceux qui partent en pleurant, reviennent en chantant; les persécutés sont délivrés, les oppresseurs enchaînés. Cette mise à l’envers de toutes choses parcourt la Bible entière : les aveugles voient, les sourds entendent, les malades sont guéris, les morts ressuscitent, les derniers prennent la place des premiers; le grain de sénevé devient le plus grand des arbustes, « si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leurs nids à son ombre » (Mc 4, 32). « Oui, ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages; ce qui est faible aux yeux du monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort; ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n’est pas, Dieu l’a choisi pour réduire à rien ce qui est. » (1 Cor 1, 27-28).

Avec Marie : la joie du monde à l’envers. Le Magnificat de Marie nous dit que Dieu est pauvre. Il est le Dieu des petits.

Le but de ce grand retournement, le voici : Dieu vient rendre justice aux siens, car Il est vraiment le Dieu des petits. Il nous ordonne de faire de même. Jésus a été « petit », pauvre, dépouillé de toute volonté de puissance. C’est bien cela qui a fait qu’Il nous a aimés jusqu’à la mort, offrant sa vie en communion avec tous les petits, les écrasés, les torturés de tous les temps. Ainsi, Il nous a montré son Père, le Père des pauvres de cœur et de corps. Car Dieu est pauvre, même si ce paradoxe nous dépasse. Ainsi, au milieu de nous, ce sont souvent les pauvres et les petits qui nous montrent le chemin vers Dieu en nous révélant précisément notre propre pauvreté. Ainsi, ils nous permettent d’accéder à notre propre vérité humaine.

Avec Marie : la joie du monde à l’envers. Le Magnificat de Marie nous indique que les pauvres sont nos maîtres

« Les pauvres sont nos maîtres » disait saint Vincent de Paul. Ils sont nombreux, ceux qu’on montre du doigt, ceux qui sont broyés par les « systèmes » politiques, économiques et autres, ceux qui se cachent dans les mansardes de nos villes. Les voit-on jamais dans nos églises? Peut-être, mais alors à des heures où ils sont seuls avec le poids de leur existence, devant quelque statue de Marie ou d’un saint, où beaucoup d’autres pauvres et petits les ont précédés au long des siècles. Ils ne demandent pas que nous les idéalisions : ils ont leurs défauts, et ils le savent. Mais ils sont petits, et cette condition de petits – qu’ils n’ont pas choisie, pas plus que Marie – fait d’eux nos maîtres dans le Royaume de Dieu.

Avec Marie : la joie du monde à l’envers. Le Magnificat de Marie est un chant révolutionnaire

Oui, le chant du Magnificat est un chant révolutionnaire. Mais c’est la révolution de Dieu, qu’aucun messianisme athée ne saurait faire valoir. C’est la révolution de l’amour : elle est radicale, mais elle ne se nourrit d’aucun désir de vengeance. Dieu seul peut nous apprendre à lutter sans amertume.

SOURCE : Extrait de : Cardinal Godfried Danneels, Devenir des hommes nouveaux, Lettres d’espérance, Centurion Duculot, 1993, pp. 182-184.

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A propos Godfried Danneels 11 Articles
Godfried Danneels, né le 4 juin 1933 à Kanegem en Flandre-Occidentale (Belgique), est un cardinal belge, archevêque émérite de Malines-Bruxelles. Docteur en théologie, il a enseigné au séminaire de Bruges avant de devenir évêque d'Anvers en 1977 puis archevêque de Malines-Bruxelles deux ans plus tard. Il fut créé cardinal en 1983. Il a été admis à l'éméritat le 18 janvier 2010

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