L’action de l’Esprit-Saint dans nos cœurs

Source image: Clip: "Miséricordieux comme le Père" par Richard Vidal in: Webtélé ECDQ

Résumé : L’action de l’Esprit-Saint dans nos cœurs: l’Esprit nous habite, nous divinise, nous purifie, nous anime, nous fait prier et nous dirige.

Paul revient souvent dans ses lettres sur l’action de l’Esprit-Saint dans le cœur des croyants. Si la vie chrétienne mérite d’être appelée vie « spirituelle », c’est bien parce qu’elle est une vie suscitée et entretenue par l’Esprit.

L’action de l’Esprit-Saint dans nos cœurs : l’Esprit nous habite

Nous sommes tellement enfants de Dieu à part entière que le Père nous accorde exactement le même don qu’Il fait à son Fils bien-aimé au sein de la vie trinitaire : Il ne cesse de nous envoyer son Esprit : le baiser perpétuel du Père à ses enfants (Ct 1,2). Nous sommes les temples vivants de l’Esprit : la grande raison pour laquelle nous ne devons pas livrer notre corps à l’impureté (1Co 6,9).

L’action de l’Esprit-Saint dans nos cœurs: l’Esprit nous divinise

La présence de l’Esprit n’est pas statique, mais dynamique, transformante : par son Esprit, le Père nous rend « participants de la nature divine » (2P 1,4), Il nous communique sa propre vie (Jn 3,3-5). Cette transformation par l’Esprit du fond de notre être nous rend « gracieux » aux yeux du Père, capables de Lui plaire en vérité. C’est ce que la théologie appelle la grâce sanctifiante ou divinisante.

Les Pères de l’Église s’émerveillent souvent de cette divinisation (théiôsis) de l’homme qui s’accomplit par l’Esprit dans les sacrements. Nous y devenons vraiment des êtres tout neufs (2Co 5,17) jusqu’au jour où l’Esprit-Saint s’emparera de nos corps eux-mêmes pour en faire des corps glorieux, à l’image de Celui qui est déjà ressuscité d’entre les morts (Rm 8,11). Mais, dès cette vie, on aperçoit parfois sur le visage des saints un reflet de l’action divinisante de l’Esprit dans le fond de leur cœur : il suffit de penser à ce qu’était devenu le regard du père de Foucauld à la fin de sa vie. Quel contraste saisissant entre l’élève de Saumur – surnomme « le porc » par ses camarades de promotion – et l’ermite de Tamanrasset. Qu’on se souvienne aussi de la façon dont le saint ermite russe Séraphim de Sarov apparut un jour, pendant l’hiver 1831, à son disciple Motovilov. Celui-ci aperçut son starets le visage « tout habillé de soleil ». Dans ces transfigurations passagères, le Seigneur veut nous montrer que « dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, même si ce que nous serons n’est pas encore manifesté » (1Jn 3,2).

L’action de l’Esprit-Saint dans nos cœurs : l’Esprit nous purifie

Heureusement, car nous en avons bien besoin! Nous ne vivons pas toujours en enfants de Dieu! Nous nous laissons reprendre par le « vieil homme », c’est-à-dire par toutes les convoitises qui nous détournent d’une vie dans l’amour.

L’Esprit nous purifie en nous aidant d’abord à reconnaître notre véritable culpabilité devant Dieu (Jn 16, 8-10). Il assouplit notre cœur pour que nous ne persistions pas dans notre orgueil, dans nos raideurs. Il guérit aussi nos blessures et renouvelle le fond de notre cœur (2Co 14). Les sacrements sont de véritables bains de jouvence dans lesquels nous sommes invités à nous laisser rajeunir.

Dans nos hymnes liturgiques, nous demandons souvent à l’Esprit-Saint de poursuivre en nos cœurs cette œuvre de purification :

« Ôte l’ivraie de nos péchés

Qui menace en nous le grain ».

« Au plus profond des cœurs

Purifie et transforme ».

L’action de l’Esprit-Saint dans nos cœurs : l’Esprit nous anime

Il devient l’âme de notre âme, c’est-à-dire qu’Il vient donner à toutes les facultés de notre âme des réflexes d’enfant de Dieu.

Il est au principe de notre foi : « Personne ne peut dire : ‘Jésus est Seigneur’ si ce n’est dans l’Esprit-Saint » (1Co 12,3). Et Jésus disait déjà à ses disciples que personne ne peut aller à Lui sans que le Père ne l’attire (Jn 6,44), c’est-à-dire sans cet Esprit que le Père nous envoie pour qu’Il nous projette vers son Fils.

Il est au principe de notre espérance : « Que l’espérance surabonde en vous par la vertu de l’Esprit-Saint » (Rm 15,13). C’est l’Esprit-Saint qui nous permet de vivre intensément l’instant présent, en nous empêchant de succomber aux tentations qui naissent souvent dans notre âme, lorsque nous rêvons à notre passé ou à notre avenir : tentations de vanité, de découragement, d’inquiétude ou d’angoisse.

Il est au principe de notre charité. C’est Lui qui nous permet d’aimer le Père de tout notre cœur, de nous élancer vers Lui, de nous offrir à Lui. C’est l’Esprit-Saint qui vient rectifier et dynamiser l’élan naturel de notre cœur vers Dieu. C’est Lui qui nous donne d’aimer le Christ, notre Seigneur. C’est également Lui qui nous fait aimer nos frères avec le cœur même de Dieu, avec ce « cœur nouveau » que nous demandons à Dieu de nous donner.

Enfin, l’Esprit-Saint est au principe de toute notre conduite morale : c’est Lui qui nous permet de vivre les Béatitudes évangéliques. Dans sa lettre aux Galates, l’Apôtre énumère quelques « fruits » de cette action de l’Esprit dans nos cœurs : « charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi » (5,22). Nous ne sommes pas toujours conscients de cette influence de l’Esprit dans notre vie quotidienne, mais ici encore c’est sur la Parole de Dieu que nous y croyons.

L’action de l’Esprit-Saint dans nos cœurs : l’Esprit nous fait prier

L’Esprit-Saint est très spécialement l’animateur de notre vie de prière, car « nous ne savons que demander pour prier comme il faut, mais l’Esprit intercède pour nous en des gémissements ineffables » (Rm 8, 26).

L’Esprit est à la fois le don perpétuel du Père à son Fils et l’élan perpétuel du Fils vers le Père. Notre vie spirituelle se simplifie considérablement dès que nous avons bien compris cela. Pire, c’est accueillir ce don et nous laisser emporter par cet élan.

Tantôt nous accueillons l’Esprit que le Père nous donne par le Christ. Notre prière se fait ouverture à l’amour du Père, à l’invasion de son Esprit, car, pour le Père, aimer et donner son Esprit, c’est tout un. C’est sa façon éternelle d’aimer! Prier, c’est se laisser envahir par le fleuve d’eau vive qui vient du Père et passe par le côté transpercé de Jésus.

Tantôt nous nous laissons emporter par ce même Esprit vers le Père, en répétant avec amour et confiance le mot même que Jésus ne cesse de dire à son Père : Abba (Mc 14, 16)! Tout au fond de nous-mêmes, dit Paul, l’Esprit-Saint se joint à notre cœur pour qu’à notre tour nous disions : Abba! (Rm 8, 15).

On retrouve ainsi dans la prière – respiration de notre âme – le double mouvement de la respiration de nos poumons. Tantôt j’accueille l’Esprit qui vient combler mon cœur et le régénérer de fond en comble : phase d’inspiration. Tantôt, emporté par ce Souffle divin, je me laisse entraîner vers le Père : phase d’expiration.

L’action de l’Esprit-Saint dans nos cœurs : l’Esprit nous dirige : les dons du Saint-Esprit

Il arrive même que le chrétien perçoive dans le fond de son cœur une impulsion de l’Esprit-Saint. C’est l’expérience que faisait Ignace d’Antioche sur le bateau qui l’emmenait à Rome pour y être livré aux bêtes de l’amphithéâtre : « J’entends une eau vive murmurer au-dedans de moi : ‘Viens vers le Père’. » À ce moment-là on peut dire que le chrétien n’est plus seulement animé par l’Esprit, mais qu’il est mû par Lui. Alors se réalise pleinement ce que Paul écrit aux Romains : « Les vrais fils de Dieu sont ceux qui sont mus par l’Esprit de Dieu » (8, 14). À ce moment-là, plus besoin de ramer à la force des poignets pour avancer vers Dieu : le vent souffle dans les voiles.

La Tradition chrétienne appelle « dons du Saint-Esprit » ces « voiles » qui, bien déployées, permettent aux disciples du Christ de profiter pleinement des « motions » de l’Esprit. Ces dons sont aussi des radars, des antennes très fines qui permettent aux chrétiens de capter les « messages » de l’Esprit. Des antennes qui fonctionnent d’autant mieux qu’elles fonctionnent souvent : cela suppose que nous prenions l’habitude d’être à l’écoute de ce Maître intérieur qui enseigne sans bruit et qui ne se révèle qu’aux cœurs très humbles, persuadés de ne rien mériter.

Nous pouvons néanmoins nous préparer à ces messages et à ces motions de l’Esprit dans le silence de la prière. Il dépend aussi de nous d’être de plus en plus fidèles à leur inspiration. C’est ce qu’on appelle la « docilité à l’Esprit ».

Pour avoir une idée de cette emprise que l’Esprit-Saint exerce parfois dans notre vie, rappelons-nous avec quelle force il nous est arrivé certains jours d’être frappé par une parole d’évangile. Que s’est-il alors passé? L’Esprit-Saint lui-même a fait retentir en notre cœur une parole de Jésus que notre mémoire avait enregistrée sans y attacher beaucoup d’importance ou sans avoir envie de la vivre. Ce « déclic » qui se produit tout à coup dans notre cœur et qui peut changer profondément le cours de notre existence est une « motion de l’Esprit ».

Progresser dans la vie chrétienne, c’est se laisser de plus en plus envahir et transformer par cet Esprit. « La vraie fin de la vie chrétienne, disait Séraphim de Sarov, est l’acquisition de l’Esprit-Saint ». Pénétré de cet Esprit, le chrétien peut s’élancer vers Dieu et ses frères avec un « cœur dilaté » (Ps 119, 32).

SOURCE : Abbé Pierre Descouvement, Guide des difficultés de la foi catholique, Cerf, 2009, pp. 417-421.

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Pierre Descouvemont
A propos Pierre Descouvemont 9 Articles
Pierre Descouvemont est un prêtre du diocèse de Cambrai et docteur en théologie. Il est auteur de nombreux ouvrages, poursuit actuellement un ministère d’enseignement (conférences, retraites) et anime des chroniques sur différentes radios chrétiennes. Il a ouvert en 2015 un site internet où il met à disposition nombre de ses enseignements.

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