Un geste d’amour fou et de foi gratuite et prophétique

Retraite de carême 2021 : 8° jour, 2° entretien

Résumé : Un geste d’amour fou et de foi gratuite et prophétique. Voilà ce qu’a fait Marie de Béthanie quand elle a oint les pieds de Jésus.

Un geste d’amour fou et de foi gratuite et prophétique posé par Marie de Béthanie

Alors, que vous en semble? Jésus est-il oui ou non le Fils de Dieu? Nous avons vu dans l’entretien précédent la réponse de Caïphe et du conseil suprême des juifs qui condamnent Jésus à la mort. Non pas après un examen sérieux des faits et l’écoute des témoins mais uniquement pour protéger leurs intérêts personnels. Alors, nous allons regarder deux autres réponses possibles qui sont données dans les deux événements qui suivent. D’abord, une réponse ferme : « oui, vraiment c’est lui le Fils de Dieu » et c’est la réponse qui sera donnée par Marie de Béthanie. On se souvient que sa sœur Marthe avait déjà confessé sa foi par des mots. Avant de ressusciter Lazare, Jésus avait amené Marthe à confesser sa foi et elle avait répondu : « Oui Seigneur, je le crois, tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde ». C’est très clair comme affirmation de foi : c’est le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. Alors, Marie sa sœur, qui est très différente va révéler le même Jésus, la même foi en Jésus mais d’une manière complètement différente. Elle va manifester sa foi en Jésus Christ qui vient dans le monde à travers un geste. Un geste d’amour fou et de foi gratuite et prophétique. Elle va le faire sans dire aucune parole. C’est ce que l’on voit au début du chapitre 12. C’est ce qu’on appelle : l’onction à Béthanie.

Cet épisode d’une femme qui verse un parfum sur Jésus à l’occasion d’un repas se retrouve dans les 4 évangiles mais avec beaucoup de variantes. Les spécialistes se demandent si c’est le même événement? Est-ce la même personne? Cela nous permet de voir ce que l’évangile de Jean veut mettre en lumière. Je retiens 4 aspects :

Un geste d’amour fou et de foi gratuite et prophétique : un geste d’amour

Premièrement, c’est un geste d’amour. À la question : Jésus est-il le Fils de Dieu? Marie de Béthanie ne répond pas par des paroles, elle répond par un geste. Un geste profondément amoureux. Rappelons-nous ce que nous avions déjà dit dans le premier jour de la retraite : pour saint Jean, la foi est une relation d’amour. La foi est une adhésion du cœur, ce n’est pas une adhésion de l’intelligence. La foi de saint Jean est une relation amoureuse. Alors Marie va poser un geste d’amour fou, complètement fou. Ce qu’elle fait n’a pas d’allure. Cela est très important car si je crois que Jésus est vraiment le Fils de Dieu venu dans le monde, et non pas un prophète quelconque alors mon amour pour lui qui est Dieu, ne peut être qu’un amour fou. La folie de Dieu qui vient à notre rencontre, on y répond par un amour fou. C’est important la folie dans la foi.

Un geste d’amour fou et de foi gratuite et prophétique : un geste de gratuité totale

Deuxièmement, c’est un geste de gratuité. Marie se situe à un autre niveau complètement que Marthe. L’Évangile précise : « Marthe faisait le service. Donc, Marthe est dans l’ordre de l’utilitaire. On reçoit quelqu’un, il faut bien faire le service. Elle est fidèle à elle-même. Et Marie aussi est fidèle à elle-même, c’est beau. Servir est une manière de manifester le mystère du Christ qui est venu pour servir. Mais Marie manifeste autre chose et elle le manifeste comment? En gaspillant : « à quoi bon prendre ce parfum. On aurait pu le vendre 300 deniers et le donner aux pauvres ». Elle se situe du côté de l’inutile, du gaspillage, du débordement. Inutile en opposition à l’utilitaire. C’est un cadeau et ce n’est pas un cadeau utile. Des fois on peut faire des cadeaux utiles, d’autres fois on a des cadeaux du pur amour. L’exemple classique c’est une fleur, on offre des fleurs coupées, dans trois jours elles vont être fanées. Cela ne sert à rien. Cela ne sert pas à rien, cela manifeste le pur amour. Et ce geste-là vient donner un sens complètement nouveau au repas qui est en train d’être servi. Vous vous souvenez, l’évangile commençait en disant : « On donnait un repas en l’honneur de Jésus ». Peut-être qu’on donnait un repas à Jésus pour le remercier : il a ressuscité Lazare, on s’en réjouit et on invite Jésus. Tu as sauvé notre frère Lazare, on te remercie beaucoup. Mais alors on risque de se situer dans l’ordre des conventions sociales, des convenances sociales. Tu as fait quelque chose pour nous et nous te remercions. Marie, par son geste complètement déplacé, elle nous sort des conventions sociales. Elle nous oblige à aller plus loin que les convenances et à chercher un sens plus profond. Qu’est-ce qui est en train de se passer? Donc, elle dépasse l’utilitaire, elle dépasse les conventions sociales et elle nous entraîne au-delà. Dans ma relation avec Jésus, quelle est la part de gratuité? Quelle est la part de gaspillage? Qu’est-ce qui va au-delà des conventions sociales? Ma foi est-elle une foi sociale? Ou bien déborde-t-elle tout cela? Il y a quelque chose de l’ordre du gaspillage de ma vie.

Un geste d’amour fou et de foi gratuite et prophétique : un geste de foi profonde

Troisièmement, c’est un geste de foi. Marie pose un geste de foi. Et pour bien montrer que c’est un geste de foi, l’évangile de Jean va utiliser un mot différent de ce qu’utilise Matthieu et Marc. Dans certaines traductions françaises comme dans la TOB ou la Bible de Jérusalem, on voit cette nuance qui peut s’exprimer en français. Pour Matthieu et Marc, pour un même événement, on va dire que la femme « versa » du parfum sur Jésus. Tandis que dans l’évangile de Jean, on va dire : la femme « oignit » les pieds de Jésus avec un parfum. « Oindre » manifeste deux choses importantes dans l’ordre de la foi. Premièrement, c’est le sens du mot « Christ » qui est celui qui a reçu l’onction. Donc, en versant l’onction sur Jésus on est en train de dire : c’est lui le Christ. C’est la même onction que nous recevons à notre baptême ou notre confirmation. Deuxièmement, l’onction c’est aussi le geste par lequel sont consacrés les rois : l’onction royale. En quelque part, Marie est en train de dire : celui-ci est le Roi. Je reconnais Jésus comme le Roi. C’est ce qui va être dit au verset suivant, la foule va dire durant l’entrée triomphale à Jérusalem. Marie va nous aider à reconnaître Jésus comme le Roi dans un esprit de foi, dans un esprit d’amour, de folie d’amour et de gratuité. Ce qui ne sera pas le cas de la foule à l’entrée de Jérusalem. On va voir tout à l’heure pourquoi et qu’est-ce que cela va entraîner. Donc, on aime à la folie, gratuitement et dans la foi Jésus notre Roi.

Un geste d’amour fou et de foi gratuite et prophétique : un geste prophétique

Quatrièmement, un geste prophétique. Oindre le corps de Jésus avec un parfum rappelle les aromates du matin de Pâques. L’ensevelissement des femmes au tombeau. Et Jésus lui-même va révéler ce sens si important du geste de Marie : « Laissez-la observer cet usage en vue de mon ensevelissement ». Donc, c’est comme si au geste d’amour, de foi, de gratuité, de folie de Marie, Jésus répond en révélant un autre sens extrêmement important : le Christ, celui qui vient dans le monde, c’est aussi celui qui va mourir par amour pour nous. La mort de Jésus fait partie de son identité. Et la foule quand il va entrer à Jérusalem va lui reprocher : pourquoi tu dis cela car nous on a appris que le Christ doit vivre pour toujours. Avec Marie, on est invité à dire oui, je crois que tu es le Fils de Dieu avec tout cet amour, cette foi, cette gratuité et en étant conscient que la mort de Jésus fait partie de son identité.

La foi des foules lors de l’entrée « triomphale » de Jésus à Jérusalem

Dernière réponse, c’est celle de la foule à l’entrée de Jésus à Jérusalem : « Oui, nous croyons mais … ». « Notre foi n’est pas une foi profonde. Elle est chancelante et elle est liée à des choses extérieures. On croit dans la mesure où tu fais ce qui fait notre affaire ». On croit parce que tu as accompli des signes. Cet événement qu’on appelle : l’entrée « triomphale » de Jésus à Jérusalem (nouvelle traduction de la TOB) tandis que dans la Bible de Jérusalem l’appelle : « l’entrée messianique ». Et la Bible en français courant va dire simplement : « Jésus entre à Jérusalem ». Moi je pense qu’on devrait s’en tenir à cette traduction. Ne mettons pas trop de triomphe à cette entrée car le triomphe de Jésus, ce n’est pas à ce moment-là qu’il va s’accomplir. Où est-ce qu’il va s’accomplir le triomphe de Jésus? À deux endroits : évidemment sur la croix où Jésus va triompher de qui? De quoi? Il triomphe du diable et du mal. Et le véritable triomphe de Jésus, où se passe-t-il? C’est ici (dans notre cœur). C’est lorsque je l’accueille dans mon cœur. Et qu’en moi il vient triompher du mal et en moi il vient triompher des fausses conceptions du Messie, de mes fausses conceptions de la religion qui font tellement de mal dans notre monde. Entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem, dans ma Jérusalem intérieure.

La véritable royauté de Jésus est incomprise par la foule

Alors, qu’est-ce qui se passe? Jésus entre à Jérusalem et là, la foule l’acclame : « Vive Jésus, Hosanna, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Béni sois le Roi d’Israël ». Ces paroles sont des paroles prophétiques. C’est vrai que Jésus vient au nom du Seigneur mais pas comme vous le pensez. Et pour bien marquer cela, le prophète l’avait déjà annoncé que ce roi, messie entre non pas sur un cheval comme les grands et les rois de ce monde, mais sur un âne. Et l’évangile de Jean précise : « Cela, ses disciples ne le comprirent pas sur le moment. Mais plus tard, quand Jésus fut glorifié, ils se rappelèrent que l’Écriture disait cela de lui ». Ils ne comprenaient pas. La foule n’a absolument pas compris ce qu’était la royauté de Jésus. Quelques jours après, la même foule, dans le même endroit, la même ville de Jérusalem où la foule a crié : « Vive Jésus », la foule va crier : « Crucifie-le ».

Et moi, est-ce que je laisse Jésus mon Roi triompher de mes doutes?

Et cela nous ramène à nous et c’est très important. On adhère à Jésus, on croit que Jésus est le Roi mais jusqu’où va aller notre foi? Lorsque ce même Jésus nous déçoit, lorsque ce même Jésus semble nous laisser tomber, lorsque à cause de Jésus on est ridiculisé, on est mis de côté, etc… Lorsqu’on entre dans des situations de ténèbres même avec Jésus, est-ce qu’on laisse Jésus triompher de nos doutes, de nos déceptions, de nos amertumes? C’est là qu’on entre dans la foi. Viens Jésus. Entre et viens triompher en moi de tout ce que moi je ne suis pas capable d’entrer. Alors on retrouve tout l’élan de Marie de Béthanie : cet élan d’amour, de foi pour Jésus. Cette gratuité, cette folie (ce qui dépasse l’intelligence). Oui Jésus, tu es notre Roi. Et c’est beau parce que dans le geste de Marie qui a versé l’onction royale sur Jésus mais elle n’a pas versé sur la tête mais sur les pieds de Jésus dans l’évangile de Jean tandis que dans les autres évangiles elle l’a versé sur la tête. Cela pour dire que la royauté de Jésus est une royauté de service. Jésus n’est pas roi à la manière du monde. Il vient renverser et chambouler notre manière de voir la royauté. Oui Jésus je crois que tu es le Roi parce que tu viens triompher en moi de mes doutes et de mes mauvaises compréhensions et tu me conduis comme toi à aimer et à servir (ce que nous verrons demain à travers le chapitre 13).

SOURCE : CHAÎNE YOUTUBE DE NICOLAS TREMBLAY

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Nicolas Tremblay
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Nicolas Tremblay est prêtre dans le diocèse de Joliette.

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