Le péché vient d’une illusion à plusieurs facettes

Homélie du 4° Dimanche Carême C : Luc 15, 11-32

Surce image: Clip Éternelle est ta miséricorde chant Emmanuel

Résumé : Le péché vient d’une illusion à plusieurs facettes. La parabole de Jésus nous révèle deux facettes de l’illusion dans laquelle se trouvent les pécheurs.

Le péché vient d’une illusion à plusieurs facettes : une illusion qui nous coupe de la joie de Dieu

Traditionnellement, ce quatrième dimanche de Carême s’appelle: « Laetare: Réjouis-toi ». En fait, aujourd’hui, nous ne nous réjouissons pas, parce que le printemps approche et parce que nous espérons que la neige disparaîtra bientôt. Nous ne sommes pas non plus heureux aujourd’hui parce que nous n’avons plus de problèmes ou aucune difficulté. Mais si nous nous réjouissons aujourd’hui, c’est à cause du message du Seigneur: « Dieu est notre Père miséricordieux. Il est patient et bon. Il nous aime et veut nous pardonner nos péchés afin que nous ayons la joie. » Malheureusement, trop peu de gens aujourd’hui croient en cette Bonne Nouvelle de Jésus. C’est pourquoi beaucoup de gens vivent dans la tristesse. À l’époque de Jésus, il y avait des pharisiens et des scribes qui étaient tristes et qui murmuraient contre Jésus en disant: « il accueille les pécheurs et mange avec eux. » Ils ne pouvaient pas comprendre et accepter que Jésus, qui affirmait venir de la part de Dieu, puisse accueillir et manger avec les pécheurs. Pour eux, Dieu ne pouvait pas accueillir et être proche des pécheurs. C’est pourquoi Jésus enseigne cette parabole appelée la « parabole du fils prodigue ».

Le péché vient d’une illusion à plusieurs facettes qui fait qu’on ne voit pas l’Amour fou de notre Père du Ciel

En fait, par cette parabole, Jésus veut expliquer son comportement envers les pécheurs. En même temps, il veut nous révéler le sens du péché. À première vue, nous pourrions concentrer notre attention sur le fils cadet (le fils appelé « prodigue »). Mais je pense que cela n’est pas tout à fait juste car le véritable centre de la parabole, c’est le père. Parce que en fait, le père représente Dieu. « Un homme avait deux fils. » Cet homme, père de deux enfants, est vraiment un père spécial. Ainsi, ce père est prêt à se dépouiller totalement pour ses enfants. Il aime tellement ses enfants qu’il est prêt à donner l’héritage au fils cadet qui le lui demande, même s’il vit toujours (car normalement, l’héritage n’est donné que lorsque le père est décédé). Il respecte la liberté de son fils. Il le laisse partir de la maison, gardant toujours dans son cœur l’espoir que son fils revienne peut-être un jour. C’est pourquoi il pense toujours à son fils et vit toujours dans l’espérance de son retour à la maison.

Le péché vient d’une illusion à plusieurs facettes qui nous fait croire que l’on est le centre de l’univers et que l’on peut être heureux sans Dieu

Dans cette parabole, nous pouvons clairement voir les deux attitudes principales des hommes pécheurs devant l’Amour de Dieu notre Père. La première attitude du pécheur devant Dieu qui l’aime est la révolte. C’est un peu comme l’adolescent en crise qui se révolte contre l’amour de ses parents. Il dit à ses parents: « Je veux vivre ma liberté. Je ne peux plus tolérer votre amour protecteur. Je veux vivre ma vie comme je l’entends sans avoir à vous rendre des comptes.» En fait, ce garçon vit dans une grande illusion. Il croit être au « centre de l’univers ». Il pense que son père est obligé de lui donner immédiatement son héritage. Il se croit libre, mais en fait, il est prisonnier de ses passions. Cela l’amènera à « dilapider sa fortune en menant une vie de désordre ». Mais c’est précisément au moment où il était sans le sou et sans aucune ressource que la grâce de Dieu a pu toucher son cœur. En fait, nous le voyons souvent dans la vie de tant d’hommes et de femmes, c’est quand ils ont touché le fond de leur malheur qu’ils vont enfin s’ouvrir à la grâce de Dieu et ainsi sortir de l’illusion de penser pouvoir être heureux seuls et sans l’amitié de Dieu.

Le péché vient d’une illusion à plusieurs facettes qui nous fait croire que nous sommes parfaits et que nous méritons l’Amour de Dieu qui nous est dû

La deuxième attitude de l’homme pécheur devant l’Amour de Dieu est représentée dans la parabole par le « fils aîné ». Nous pourrions appeler cette attitude: le péché des « personnes honnêtes ». Ce fils aîné est toujours demeuré chez son père. Il est du genre à travailler dur et à vivre (en apparence du moins) en bons termes avec son père, non pas parce qu’il aime vraiment son père, mais par orgueil afin d’être fidèle à ses « principes personnels ». Sa fierté lui fait croire qu’il est le fils parfait qui mérite l’héritage de son père à cause de son travail et de sa fidélité apparente. En effet, il considère sa relation avec son père comme une relation donnant-donnant. Il dit à son père: « J’ai travaillé pendant tant d’années pour toi, maintenant tu me dois tout l’héritage. » Or, je crois que cette dernière attitude du fils aîné n’est pas meilleure que celle du frère cadet. En fait, le fils aîné n’aime pas son père car son cœur est loin de lui, et ce, même s’il habite près de lui à la maison. À mon avis, le fils aîné est lui aussi dans une profonde illusion : il pense être fidèle à l’amour de son père sous l’apparence des beaux principes du travail bien fait et de la loyauté apparente d’une vie ordonnée et réglementée chez son père. Mais il refuse d’entrer dans la fête de la Miséricorde et du pardon que son père a organisée pour le retour de son frère cadet. Le fils aîné refuse de se réjouir avec son père car il a un regard de condamnation vis-à-vis de son frère.  «  Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »

Le péché vient d’une illusion à plusieurs facettes qui fait en sorte que nous refusons d’entrer dans la joie de la miséricorde de Dieu

C’est à cette fête de la miséricorde que nous sommes tous conviés aujourd’hui. Dieu notre Père nous invite à sortir de l’illusion du péché par la conversion de notre cœur afin que nous puissions célébrer dans la joie notre retour dans la communion de la Famille de Dieu. Demandons donc au Seigneur l’humilité de reconnaître la grande illusion dans laquelle nous sommes en croyant ne pas avoir besoin de la Miséricorde de Dieu afin d’entrer dans le Royaume de la joie qui nous est promis par notre Père du Ciel. Par conséquent, le Seigneur implore chacun de nous de nous laisser toucher le cœur par sa miséricorde afin d’entrer dans la joie de son amour.

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Gérald Lajeunesse
A propos Gérald Lajeunesse 234 Articles
Le père Gérald Lajeunesse est prêtre et membre de la Congrégation des Oblats de la Vierge Marie (omv). Il est curé de la Mission italienne San Domenico Savio, à Montréal.

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