Quelles échappatoires nous empêchent d’être témoin?

Retraite de Carême 2021: 4° jour

Résumé : Quelles échappatoires nous empêchent de croire ou d’être témoin? Il y a 5 échappatoires : nos vieilles chicanes avec Dieu; « C’est trop beau pour être vrai »; « Ma vie est trop tout à l’envers »; Changer de sujet; Remettre à plus tard.

Nous en sommes déjà au quatrième jour de notre retraite sur le thème : « S’attacher au Christ avec saint Jean ». (…) Mon souhait est que vous puissiez prendre le temps d’aller lire dans l’évangile les récits dont je vous parle. C’est la partie la plus importante qui est de méditer et de vous laisser instruire car les textes sont beaucoup plus riches que les quelques mots que je peux dire. Aujourd’hui, nous allons nous interroger : Quelles échappatoires nous empêchent de croire ou d’être témoin?

Hier, pour se résumer, on a vu quelque chose d’extraordinaire : on devient disciple de Jésus selon saint Jean qui est « le disciple bien-aimé » non pas d’abord en renonçant à des choses et surtout pas en renonçant à soi-même. Mais au contraire, en allant à une plus grande fidélité à soi-même. Vers une fidélité plus profonde et en découvrant que Jésus vient pour combler mon désir le plus profond, celui d’être aimé et d’aimer d’un amour divin. Ensuite, on a vu comment cette relation d’amour avec Jésus entraîne des changements dans notre vie. Donc, d’une part à Cana, on a vu que cette relation avec Jésus nous permet d’accueillir un vin nouveau dans des situations de nos vies qui semblaient sans issue et pour lesquelles tous nos efforts personnels étaient inutiles mais avec Jésus qui vient accomplir des choses extraordinaires dans nos vies si on le laisse agir. Et par ailleurs, avec l’expulsion des vendeurs du Temple, on a vu aussi que cet amour nouveau avec Jésus risque de nous obliger à détruire ou à laisser être détruit certains « Temples » : des manières de vivre et d’entrer en relation avec Dieu que nous avions érigées en absolu. Et en fait on découvre que le seul absolu c’est Jésus. La vie même de Jésus et notre relation avec Jésus.

Aujourd’hui on poursuit en regardant certains obstacles qui se présentent dans la vie d’un disciple de Jésus. Nous allons nous arrêter au chapitre 4 de l’évangile de saint Jean que je vous invite à aller lire si vous ne l’avez pas encore fait. On va regarder brièvement l’inépuisable récit de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine au bord du puits. Et on le regarde sous un angle particulier : quels sont les obstacles qui empêchent une personne d’accéder à la foi? Et plus précisément, quelles sont les échappatoires que les gens utilisent pour éviter d’être conduit à un acte de foi envers Jésus. C’est drôle quand Dieu vient à notre rencontre ou quand Dieu veut revenir à notre rencontre se lèvent en nous plein d’échappatoires (trucs) pour éviter et détourner l’attention et éviter d’avoir à choisir Jésus. D’une part, cela va être utile dans notre mission d’évangélisation en prenant conscience des échappatoires que les gens peuvent avoir. Mais en même temps, soyons honnêtes, et découvrons que ces mêmes échappatoires possiblement sont encore dans notre vie. Même si on est des croyants et des disciples de Jésus. Il se peut qu’il y ait des choses dans notre cœur par rapport à Dieu qui ne sont pas encore réglées. Et plus ou moins consciemment, ces échappatoires sont là et nous empêchent d’être des témoins de Jésus. Alors, il y a 5 échappatoires pour éviter d’être conduit à la foi en Jésus.

1°) Nos vieilles chicanes envers Dieu : C’est un classique, la Samaritaine est tannée de l’attitude antipathique des juifs envers les Samaritains. « Comment se fait-il que toi un juif tu me parles à moi qui suis une Samaritaine? » Avant même que la discussion commence, il y a un préjugé défavorable envers la personne qui est là et en plus, elle porte cette vague impression que la religion est toujours une source de conflit, alors il vaut mieux éviter le sujet et puis de toute façon la religion cela ne sert à rien, regarde ce qui se passe dans le monde : si Dieu existait ça n’irait pas comme cela. Vous voyez…. Donc, ce sont de vieilles rengaines qui sont là et qui s’élèvent dès qu’on aborde la question de la religion. Cela est vrai chez les autres… est-ce que cela se pourrait que cela soit vrai chez nous? Est-ce qu’il se peut que l’on porte cela un peu… à quelque part, il reste en nous cette vague impression que c’est vrai que la religion est juste une source de conflit. C’est vrai aussi que cela va tellement mal dans le monde, il me semble que cela ne se peut pas que Dieu existe. Il se peut qu’on porte cela à l’intérieur de nous-mêmes. Alors prenons le temps dans cette retraite de faire un peu le point. Alors que va faire Jésus? Jésus ne se laisse pas arrêter, mais il la ramène à son besoin personnel, immédiat : « Si tu connaissais le don de Dieu, tu pourrais recevoir une eau vive ». Elle est venue au puits pour l’eau et Jésus lui annonce l’eau vive. Alors se lève la deuxième échappatoire :

Quelles échappatoires nous empêchent de croire ou d’être témoin? « C’est trop beau pour être vrai »

2°) « C’est trop beau pour être vrai » : Oui, oui, oui, de l’eau vive, c’est ça et j’aurai plus besoin de venir ici. Cela va couler dans mon salon directement et dans ma cuisine j’aurai une source d’eau qui va jaillir. Pour qui te prends-tu? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits? Alors, quand on commence à témoigner de notre foi, il y a un deuxième vieux réflexe qui remonte qui est lié au fait que tous nous avons une vision plus ou moins « magique » de la religion. On imagine la religion comme une réalité magique. Mais puisque cela ne marche pas alors on dit que la religion ce n’est pas vrai. Tu veux me faire croire que si je me mets à suivre Jésus, tous mes problèmes vont être réglés? Et que j’ai juste à prier et tous mes problèmes vont se régler de manière magique, spontanément dans ma vie? Et en fait, cela va changer quoi que je me mette à croire en Jésus? C’est ce que les gens nous retournent. Et cela nous ramène à nous-mêmes. Est-ce que cela se peut que j’aie moi aussi une conception un peu magique de la religion? Et que dans le fond, est-ce que cela change vraiment quelque chose que j’aie Jésus dans ma vie? Que je prie? Ou bien si en fait, je prie mais pour l’essentiel de ma vie, je m’en occupe moi-même. Je fais une petite place à Jésus, mais dans le fond je ne lui ai pas vraiment donnée ma vie. Alors Jésus continue et va l’amener à un besoin plus profond : pas seulement de l’eau mais son besoin d’être aimée : « Vas chercher ton mari et revient ». Alors se lève une autre échappatoire qui est classique aussi :

Quelles échappatoires nous empêchent de croire ou d’être témoin? « Ma vie est trop tout à l’envers »

3°) « Ma vie est trop tout à l’envers » : C’est son sixième mari, imagine! Ce n’est certainement pas une fierté dans sa vie : tous ces échecs matrimoniaux. Et là, Jésus ne lui dit pas : « Remets de l’ordre dans ta vie et après cela tu viendras me voir ». Non, non. Il dit : « Vas chercher ton mari et viens avec lui ». Viens vers moi avec ta vie tout à l’envers. Je suis venu pour toi. Je suis venu pour les gens comme toi qui ont une vie tout à l’envers et non pas le contraire. Vous voyez, cela est une troisième idée que l’on se fait spontanément de la religion : on a l’impression que pour aller vers Dieu, il faut être des personnes qui sont correctes. Si je suis une personne bonne, alors je peux me présenter devant Dieu. Mais si ma vie est tout à l’envers, je ne peux pas me présenter devant Dieu. Vous voyez, c’est tous ces vieux schémas religieux que Jésus vient défaire pour nous amener vers Lui. Et là il nous enseigne que l’eau vive, la grâce de Dieu, ce n’est pas une récompense pour les gens qui ont une bonne vie. C’est le contraire! C’est un don gratuit qui nous est fait afin que notre vie devienne plus belle. Saint Augustin disait : « Ce n’est pas parce que j’agis bien que je reçois la grâce mais c’est parce que j’ai reçu la grâce que j’agis bien ». Paul dit cela aussi dans la lettre aux Galates : « Galates stupides! Vous avez reçu l’Esprit Saint pourquoi? Parce que vous obéissez à la loi? Bien non, c’est le contraire. Vous avez reçu l’Esprit Saint gratuitement afin de vous rendre capables. Alors là cela commence à se compliquer un peu pour notre chère Samaritaine. Alors elle essaie une quatrième échappatoire qui est de changer de sujet pour éviter de parler des vraies affaires.

Quelles échappatoires nous empêchent de croire ou d’être témoin? Changer de sujet

4°) Changer de sujet afin d’éviter de parler des choses personnelles. Alors la Samaritaine dit : « Je vois que tu es un prophète, justement j’ai une question : vous autres vous dîtes que c’est à Jérusalem qu’il faut adorer. Mais nous autres ont dit qu’il faut adorer sur le mont Garizim. Mais toi, qu’est-ce que tu en penses? » Alors, on voit cela souvent : quand on commence à témoigner de notre foi, au lieu d’aborder des sujets personnels, les gens vont aller vers des questions vagues : qu’est-ce que tu penses du Pape? Qu’est-ce que tu penses des prêtres mariés? Qu’est-ce que tu penses des homosexuels? Qu’est-ce que tu penses de tel sujet d’actualité qui ne me concerne pas vraiment? On essaie ainsi de détourner l’attention. Notre chère Samaritaine, que l’on adore à Jérusalem ou sur le mont Garizim, probablement que ce n’était pas son sujet personnel de questionnement de tous les jours. Mais de cette manière elle détournait l’attention. Nous, dans notre vie, quand on parle de la foi, est-ce qu’on l’aborde à partir de notre vie personnelle ou on a tendance d’entrer dans des discussions générales qui finalement ne nous concernent pas? Et finalement, cinquième échappatoire : remettre à plus tard.

Quelles échappatoires nous empêchent de croire ou d’être témoin? Remettre à plus tard

5°) Remettre à plus tard : quand le Messie viendra, il va nous enseigner toutes choses. Quand le Messie viendra, ce n’est pas demain la veille. Mais la pauvre Samaritaine n’est pas chanceuse parce que justement le Messie est là devant elle. Et Jésus la ramène à sa vie présente. Il va lui dire : « L’heure vient et c’est maintenant où les vrais adorateurs vont adorer le Père en esprit et en vérité. Le Messie, je le suis. » Tu as une décision à prendre, ma belle, maintenant et face à moi qui suis le Messie. Nous aussi on a tendance à reporter à plus tard. Et même souvent, on va faire plein de réunions, plein de discussions et finalement on n’aboutit jamais. Qu’est-ce que fait qu’on hésite aujourd’hui encore à prendre une décision radicale envers Jésus? À nous convertir et à remettre toute notre vie dans les mains de Jésus. Et comment se fait-il que la Samaritaine après cette première rencontre avec Jésus, tout de suite, elle est partie témoigner. Et nous, cela fait des années qu’on chemine avec Jésus et on hésite encore à témoigner. Notre foi est encore plus ou moins tiède. Alors, je vous invite à prendre le temps de relire ce chapitre 4 de l’évangile de saint Jean en prenant le temps de nommer tes propres hésitations, tes propres échappatoires. Et laisse Jésus t’amener pas à pas vers une foi toujours plus profonde, plus parfaite. Comme il l’a fait avec la Samaritaine. Et on voit les étapes de la foi dans le récit de la Samaritaine : elle interpelle d’abord Jésus avec mépris (« Toi un juif… »). Ensuite elle va devenir plus respectueuse et elle va dire : « Seigneur » c’est un terme pour dire Monsieur. Puis, elle va aller un peu plus loin : « Je vois que tu es un prophète ». Et finalement, elle va faire cette grande proclamation de foi : « Est-ce que ce ne serait pas le Christ, le Messie, le Fils du Dieu vivant? » Si tu as l’occasion, tu peux échanger de cela avec une autre personne pour te rendre capable de parler des choses de la foi à partir de toi, de ton expérience et non à partir de sujets vagues et généraux.

SOURCE : CHAÎNE YOUTUBE DE NICOLAS TREMBLAY

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Nicolas Tremblay
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Nicolas Tremblay est prêtre dans le diocèse de Joliette.

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