“Que cherchez-vous? Maître où demeures-tu?”

Le Seigneur nous donne un choix à faire

Résumé : “Que cherchez-vous? Maître où demeures-tu?” (Jean 1, 38) L’Église du Québec devrait s’inspirer de l’exemple de Jésus dans sa pastorale d’initiation à la vie chrétienne.

“Que cherchez-vous? Maître où demeures-tu?” (Jean 1, 38) Ce sont les toute premières paroles de Jésus dans l’évangile de saint Jean. Elles expriment bien le sens de toute la pastorale de Jésus dans les évangiles. Car Jésus s’adresse tout d’abord à des hommes et des femmes qui sont en recherche personnelle. Il avait dit ailleurs dans l’évangile : « Celui qui cherche, trouve » (Matthieu 7, 8). Mais cette locution sous-entend aussi que celui qui cherche doit savoir ce qu’il cherche car autrement s’il ne cherche rien de particulier, il risque fort de ne rien trouver de particulier non plus.

“Que cherchez-vous? Maître où demeures-tu?” : un constat désolant

Le constat que nous faisons des résultats de notre pastorale sacramentelle est très désolant. Nous le constatons hélas depuis des décennies, car dès que les gens ont reçu le sacrement qu’ils voulaient recevoir, c’est terminé! On ne les revoit plus à l’église. Alors, la question est : comment changer cette mentalité?

“Que cherchez-vous? Maître où demeures-tu?” : il est nécessaire que l’initiation chrétienne ne se limite pas à la préparation aux sacrements

À notre avis, la pastorale sacramentelle des paroisses aurait grand avantage à se baser sur cette question du Maître : « Que cherchez-vous? » Cela devrait être en fait la première question à poser à ceux et celles qui frappent à la porte des paroisses en vue d’obtenir la célébration d’un sacrement. Il nous semble important d’amener les personnes désirant recevoir un sacrement de l’Église à réfléchir sur le sens de leur démarche. Car les sacrements ne sont pas des marchandises spirituelles que l’on distribue à tous ceux et celles qui se présentent indépendamment de leurs attentes et de leurs désirs. Le problème de la pastorale sacramentelle des paroisses est que l’on a détaché la préparation aux sacrements du cheminement fondamental de la vie chrétienne de telle sorte que la préparation aux sacrements est devenue une fin en soi. Dans l’esprit des gens, on devient chrétien par la simple réception des sacrements. Ainsi, la formation chrétienne est réduite à la seule préparation aux sacrements de l’initiation chrétienne : baptême, confirmation et eucharistie. Et l’esprit simplificateur des gens pressés par la vie moderne fait en sorte qu’ils en viennent à croire que pour être un bon catholique, il s’agit simplement d’avoir son nom inscrit dans le registre des baptêmes de la paroisse indépendamment de la foi vécue dans la vie réelle.

“Que cherchez-vous? Maître où demeures-tu?” : un dialogue de sourds

Le problème selon nous se trouve donc dans le dialogue de sourds que les paroisses entretiennent avec les candidats qui désirent recevoir les sacrements. Ceux-ci demandent à l’Église de recevoir un sacrement pour des raisons très formelles telles que : « afin que je puisse me marier plus tard » ou « pour pouvoir devenir marraine ou parrain du baptême de mon neveu ». Et l’Église, elle, veut comprendre cette demande comme l’expression du désir de la personne de devenir chrétien et de faire partie de la communauté qui se rassemble dans la foi au Christ ressuscité. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que l’Église soit extrêmement déçue et frustrée par les résultats de ce dialogue de sourds et que les candidats aux sacrements soient aussi réticents et peu disposés à participer à de trop nombreuses rencontres de préparation au sacrement auxquelles ils vont se soumettre de mauvaise grâce avec comme résultat qu’ils vivront très peu de changement spirituel sinon une augmentation d’un mécontentement face à l’institution de l’Église.

“Que cherchez-vous? Maître où demeures-tu?” : les premiers disciples avaient soif de vérité et d’amour. Voilà le véritable désir qui ouvre à la foi

À la toute première question de Jésus à ses futurs apôtres : “Que cherchez-vous?”, les disciples de Jean Baptiste répondent par une autre question : “Maître, où demeures-tu?”. Cette dernière question des disciples de Jean Baptiste démontre leur ouverture d’esprit et leur désir sincère de mieux connaître Jésus. Ils appellent Jésus : « Maître ». C’est le signe indubitable que déjà ils considèrent Jésus comme quelqu’un d’important qui pourra certainement répondre à leur soif de vérité et d’amour. Malheureusement, les personnes qui demandent un sacrement de nos jours n’ont pas cette même soif de vérité et d’amour qui brûlait dans le cœur des disciples de Jean Baptiste. Et surtout, ils ne reconnaissent pas vraiment Jésus comme le « Maître » qui pourrait répondre à leur quête de vérité et d’amour si elles en avaient une. Ici, nous touchons à l’une des caractéristiques de la « foi » d’une grande partie des québécois.es qui ont une image très floue de l’identité de Jésus qu’ils entrevoient le plus souvent comme un homme important de l’histoire qui a parlé de Dieu mais qui en réalité, n’est pas le Dieu fait homme tel que le croit l’Église.

Avoir le désir de connaître Jésus en vérité et d’établir une relation d’amitié à long terme

“Que cherchez-vous? Maître où demeures-tu?” : La réponse des disciples : “où demeures-tu?” laisse entrevoir qu’ils ne désirent pas simplement faire un petit brin de jasette avec Jésus mais qu’ils veulent initier une relation à long terme avec lui car s’ils désirent savoir « où il demeure » cela traduit un désir d’entrer dans son intimité profonde. C’est à ce niveau en fait qu’ils pourront découvrir l’identité réelle de Jésus. Mais pour cela, il faut être prêt à passer beaucoup de temps ensemble dans le désir d’amorcer une amitié profonde car c’est seulement au niveau de l’amitié que l’on peut connaître une personne en vérité. Pour la formation à la vie chrétienne, les personnes qui désirent entrer en relation avec Jésus afin de le mieux connaître doivent donc s’attendre à poursuivre un long cheminement qui les conduira petit à petit à découvrir progressivement le mystère de la personne de Jésus. Dans ces conditions, il n’est pas possible d’envisager une petite formation chrétienne à la sauvette comme beaucoup le souhaiteraient.

Le défi de l’Église au Québec : aider les personnes à approfondir leur désir de Dieu

Donc, le défi de l’Église spécialement au Québec, selon nous, est d’établir d’entrée de jeu les conditions de base pour entrer dans un cheminement de foi chrétienne authentique. La première condition sera alors d’approfondir le désir de ceux et celles qui demandent de recevoir un sacrement puisque c’est la raison principale pour laquelle les gens sollicitent l’Église aujourd’hui. Notre réponse spontanée devrait être calquée sur celle que Jésus a faite à ses premiers disciples :  “Que cherchez-vous?”

Pour aller plus loin…

  • Comment réagissez-vous à ce point de vue?
  • Comment voyez-vous l’application concrète de la question : « Que cherchez-vous » dans la pastorale d’initiation chrétienne afin que les personnes de la paroisse puissent vraiment se sentir interpellées?
  • Voyez-vous d’autres raisons pour lesquelles les gens ne reviennent pas à l’église après avoir reçu le sacrement désiré?
  • Voyez-vous d’autres moyens de changer la mentalité actuelle qui veut que l’on ne revienne plus à l’église après avoir reçu le sacrement désiré?
Imprimer
Gérald Lajeunesse
A propos Gérald Lajeunesse 296 Articles
Le père Gérald Lajeunesse est prêtre et membre de la Congrégation des Oblats de la Vierge Marie (omv). Il est curé de la paroisse St Enfant-Jésus de la Pointe-aux-Tremble, à Montréal.

Soyez le premier à commenter