L’évangile est un chemin de liberté pour apprendre à aimer

Homélie du 13° Dimanche Ordinaire C : Luc 9, 51-62

Source image: Clip: Miséricordieux comme le Père de Richard Vidal

Résumé : L’évangile est un chemin de liberté pour apprendre à aimer. Jésus nous enseigne de manière concrète comment devenir des hommes vraiment libres, libres pour aimer en vérité. 
L’évangile est un chemin de liberté pour apprendre à aimer

Comme vous le savez tous, si on voulait résumer tout l’évangile en un seul mot, celui-ci pourrait se résumer dans le mot ‘Amour’. Ce mot est vite dit car, comme dit le proverbe, ‘il y a loin de la coupe aux lèvres’. Entre le dire et le faire, il y a une mer. Chaque dimanche, le Christ nous invite avec force à adopter de nouveaux comportements (des comportements d’Hommes Nouveaux i.e. d’Hommes Libres, Libres pour aimer). Mais pour vivre l’Amour tel que nous le demande le Seigneur Jésus (aimer Dieu de tout notre cœur et notre prochain comme nous-mêmes) dans le quotidien de notre vie cela n’est pas facile. Au fond, on peut se demander : qu’est-ce qui fait que nous avons tant de difficulté à vivre à la manière de Jésus?

L’évangile est un chemin de liberté pour apprendre à aimer : mais sommes-nous vraiment à son écoute?

A force d’entendre certains passages d’évangile, on risque d’être immunisés et de ne plus se laisser atteindre par la radicalité qu’ils manifestent. Souvent, nous nous contentons d’écouter poliment, gentiment, comme s’il s’agissait d’un message venant d’une autre époque, concernant des individus qui habitent sur une autre planète. Comment faire alors pour que l’appel incisif de l’évangile à une conversion radicale puisse nous atteindre?

L’évangile est un chemin de liberté pour apprendre à aimer : « Vous avez été appelés à la liberté (…) pour vous mettre, par amour, au service les uns des autres »

Je crois que fondamentalement, ce qui nous empêche le plus de nous convertir à l’amour, c’est notre manque de liberté. Car sans une vraie liberté, il nous est impossible de vraiment aimer Dieu et les autres. Or, tout l’évangile sert justement à nous aider à acquérir cette liberté authentique qui nous permet d’aimer à la manière de Dieu. C’est aussi le sens de la prédication de S.Paul (dans la 2ième lecture) : « Vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire votre égoïsme; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. » Jésus nous enseigne le chemin de la vraie liberté non pas à la manière d’un professeur qui enseigne des vérités théoriques mais à travers son propre cheminement de vie. Voyons-le à l’œuvre.

L’évangile est un chemin de liberté pour apprendre à aimer : Un tournant décisif doit s’amorcer en nous

Aujourd’hui, Luc commence par situer la scène dans le parcours de Jésus, de sa naissance à sa mort-résurrection. « Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde… », nous dit-il. C’est le tournant de son livre : après les sept chapitres consacrés à la prédication en Galilée, voici qu’en douze chapitres, Luc va raconter la longue marche du Christ et de ses disciples vers Jérusalem, c’est-à-dire vers la Pâque, le « passage » du Messie. Une longue marche qui n’est pas seulement celle de Jésus, mais aussi la nôtre, que nous le voulions ou non ! Le temps de notre « enlèvement » approche, et nous voici confrontés à un choix radical : nous comporter comme des animaux inconscients qui ne savent pas l’issue de leur vie et donc nous étourdir dans tous les « divertissements », ou au contraire, comme Jésus, envisager avec lucidité, réalisme et courage le terme de notre aventure terrestre.

L’évangile est un chemin de liberté pour apprendre à aimer : « Jésus durcit son visage »

Jésus, quant à lui, « prend avec courage la route de Jérusalem. » La traduction française édulcore le texte grec, qui nous dit, littéralement, que « Jésus durcit son visage », qu’il serre les dents, si vous voulez. Regardez le visage du coureur cycliste ou de n’importe quel sportif en plein effort : c’est le visage de Jésus que Luc nous présente aujourd’hui. Un visage tendu, contracté, parce qu’il sait que ce ne sera pas facile, qu’il aura besoin de toutes ses forces pour affronter courageusement les contradictions, la souffrance et la mort. Il sait que son Père n’interviendra pas sur cette route, ni pour envoyer « le feu du ciel », ni pour lancer « douze légions d’anges » à son secours. Jésus fait face à une décision cruciale qui va impliquer toute sa vie. « Il faut » qu’il affronte pour notre compte le mal du monde, librement, lucidement.

L’évangile est un chemin de liberté pour apprendre à aimer : Jésus attire ceux et celles qui cherchent la vérité et la vraie liberté

Or curieusement, ce Jésus attire : voici trois hommes qui se présentent. Ils sont prêts à suivre le Maître sans bien savoir où il va. A l’un, qui lui dit : « Je te suivrai partout où tu iras », il répond que « les renards ont une tanière, les oiseaux un nid, mais que le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête. » Au deuxième qui veut d’abord aller enterrer son père, il répond par cette phrase énigmatique: « Laisse les morts enterrer leurs morts », et au troisième qui veut d’abord faire ses adieux à sa famille, Jésus commande de ne pas regarder en arrière. Ces trois hommes, ces trois anonymes de l’évangile, c’est vous, c’est moi, ce sont tous les hommes et les femmes de bonne volonté qui cherchent la Vérité à qui le Christ s’adresse ce matin. Son message peut nous sembler dur – et il l’est en effet, mais, en y réfléchissant un peu, nous nous apercevrons qu’il est le seul chemin possible pour accéder à la liberté.

L’évangile est un chemin de liberté pour apprendre à aimer : un chemin qui passe par des renoncements

Pour cela, il faut des renoncements. Mais le renoncement pour le renoncement n’a pas de valeur en lui-même. On ne renonce à quelque chose que pour acquérir quelque chose de plus important. Le renoncement n’est que la face négative d’un choix. Même plus, il est la condition nécessaire de la liberté. Et le Christ nous propose la liberté.

L’évangile est un chemin de liberté pour apprendre à aimer et à nous libérer de nos possessions

Le premier degré de la liberté, c’est de ne pas avoir de « fil à la patte. » Pas même un « lieu où reposer sa tête. » Donc, indépendance vis-à-vis des « terriers » et des « nids ». Souvent, nous sommes possédés par nos possessions. L ‘amour pour les biens matériels (notre confort et nos aises) nous rend souvent esclaves de ceux-ci.

L’évangile est un chemin de liberté pour apprendre à aimer : un chemin qui éclaire la destination de notre vie

Pour être libre, il faut aussi savoir où nous allons. Jésus est un homme libre car il sait très bien où il s’en va : il va chez son Père. A celui qui s’inquiète de savoir où il va, Jésus répond qu’il ne va nulle part sur la terre. Ainsi, suivre le Christ, c’est prendre la route jusqu’au jour où nous serons « enlevés » dans la maison du Père où il y a tant de demeures. Pour le moment, nous sommes des « étrangers sur la terre », des pèlerins, des gens « de passage ».

L’évangile est un chemin de liberté pour apprendre à aimer : un chemin où il nous faut briser nos vieilles chaînes

Mais il faut reconnaître que ce n’est pas facile de nous libérer de tout ce qui nous immobilise et de remettre en question, sans cesse, ce qui nous semble bon, ce qui nous attache. C’est sans cesse à recommencer. « Le Christ vous a libérés…Ne reprenez pas les chaînes de votre ancien esclavage », nous dit saint Paul.

L’évangile est un chemin de liberté pour apprendre à aimer : un chemin où on ne doit pas regarder en arrière

De même il s’agit de ne pas nous attacher à notre passé, de ne pas « regarder en arrière ». Les chrétiens ne sont pas des vieux conservateurs qui sont constamment à décrier leur situation présente et qui pensent ‘au bon vieux temps’ comme étant le temps idéal et parfait. Pour nous, disciples du Christ, c’est aujourd’hui que le Christ Ressuscité est présent et nous appelle à la Liberté et à l’Amour. C’est aujourd’hui que Jésus nous donne des signes de sa Présence pour nous conduire sur le chemin de la Liberté et de la Vie Éternelle. Si nous ne trouvons pas le chemin qu’est le Christ, si nous ne marchons pas avec lui, nous resterons des « morts qui enterrent leurs morts. » Demandons au Seigneur cette grâce de la liberté intérieure qui fera en sorte que nous pourrons mieux vivre de son Amour.

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Gérald Lajeunesse
A propos Gérald Lajeunesse 262 Articles
Le père Gérald Lajeunesse est prêtre et membre de la Congrégation des Oblats de la Vierge Marie (omv). Il est curé de la paroisse St Enfant-Jésus de la Pointe-aux-Tremble, à Montréal.

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