La foi chrétienne exige un cœur adulte cherchant la vérité

La foi chrétienne exige un cœur adulte cherchant la vérité : il ne faut pas confondre spontanéité et profondeur du cœur

« Je marche au ‘feeling’ » me disait un jeune que je rencontrais à un mariage. Heureusement, le « feeling » était bon avec moi, ce qui a permis un échange fructueux, autrement, il est bien probable que ce jeune m’aurait évité, ayant une appréhension à l’égard des prêtres.    

A la question que pose Jésus : « Qui dites-vous que je suis ? » faut-il répondre au « feeling ? »

J’ai posé bien des fois la question que pose Jésus, aux jeunes du catéchisme, qui, eux aussi, me répondaient au « feeling », et, la plupart du temps, leurs réponses étaient d’une rare profondeur. Alors, la réponse de foi dont Pierre et ces jeunes sont capables est-elle une réponse au « feeling », une réponse par les sentiments qui émanent du cœur ?

Nul doute que Pierre, à la question de Jésus, ait répondu avec son cœur. Cela s’accorde bien, d’ailleurs, avec son tempérament, mais ce que Jésus dit est net, la réponse de Pierre vient principalement d’en Haut : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux ! » (Mt.16, 17). 

Si le cœur, dans la réponse de foi est important, il ne suffit donc pas. Que faut-il en plus ?

Il me semble que c’est encore la personne de Pierre qui nous l’indique.

N’était-il pas étonnant que Jésus confie à un homme si fragile les clés de l’Église ? Il en connaît  la faiblesse, Il lui dira à l’avance qu’il va le trahir : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Mt.17, 18).

Pourtant Jésus confie la Foi de l’Église à Pierre. Il me semble qu’il y a deux raisons au choix de Jésus, outre l’élection qui ne repose sur rien d’autre que sur le choix divin et non sur nos capacités humaines. Ces raisons sont les suivantes :

Premièrement, Pierre ne joue pas avec sa conscience. Il est faible, certes, il est fragile, mais sa conscience est capable de se mettre en face d’elle-même, sa conscience est capable d’un rendez-vous lucide avec elle-même : Pierre pleurera d’avoir renié son Maître. Certes, Pierre est plutôt guidé par ses passions que par sa conscience, mais il sait se reprendre, il sait faire « les choix nécessaires » : « A l’horizon de l’existence, il faut savoir faire les choix nécessaires. C’est comme lorsque l’on se trouve à une croisée de chemins : quelle route prendre ? Celle qui m’est dictée par les passions ou celle qui m’est indiquée par l’étoile qui brille dans ma conscience ? » (Benoît XVI, Discours sur le parvis de la Cathédrale de Cologne, 18.08.05).

Deuxièmement, Pierre est quelqu’un « d’affectif ». Il aime Jésus avec son cœur, et, devant sa trahison, il ne sera qu’un pleur : « Il pleura amèrement » nous dit S. Luc (Lc.22, 62).

Nous sommes bien loin de l’affirmation effrayante d’Hermann Goering, membre du parti nazi et familier de Hitler qui affirmait : « Je n’ai pas de conscience, ma conscience, c’est Adolph Hitler » (Cardinal Ratzinger, Oss. Rom du 09.08.05, p.9).                          

Mais, de même que nous pourrions n’avoir pas de conscience critique à l’égard de nous-mêmes, nous pourrions avoir une conscience totalement subjective sous le prétexte que la rencontre avec le Christ doit être un «feeling », un sentiment. Il est vrai que la rencontre avec le Christ doit être une rencontre vitale qui engage toute la personne et, en particulier, son cœur. Mais l’ouverture de son cœur à Dieu suffit-il ?

La foi chrétienne exige un cœur adulte cherchant la vérité : dans la rencontre avec le Christ

Il faut, je crois, une rencontre du Christ dans l’Église. Sinon que rencontre le cœur ? Comme le dit Newmann : « notre religiosité (ne peut être réduite) à un certain état d’âme spirituel » (Card. Ratzinger, Allocution pour la commémoration du centenaire de la mort de Newman, Oss. Rom. Du 9 août 2005, p.9)

La foi chrétienne exige un cœur adulte cherchant la vérité: en se nourrissant spirituellement

Quand bien même l’engagement personnel serait généreux, comme l’est celui de Pierre qui a tout quitté pour suivre Jésus, il est nécessaire que l’acte de foi se nourrisse :

  • Des Écritures : « La paix spirituelle se nourrit des Écritures » (Newmann, ibidem, 9).
  • De l’enseignement de l’Église. Newmann, venu de l’Anglicanisme, chérissait avec raison cette Église Catholique qui, par son Pontife notamment, gardait l’intégrité de la foi. L’Anglicanisme montrait alors et a montré depuis combien l’absence d’une autorité suprême dans leur église provoque un relativisme moral aux conséquences effrayantes. Aussi, Newman disait-il sans ambages : « La défense de la loi morale et de la conscience est la ‘raison d’être’ du Pape. » (Card. Ratzinger, ibidem, p.9).
  • Enfin, l’acte de foi n’est pas fait une fois pour toutes. La conscience, notre conscience nous pose chaque jour la question : « Pour toi, qui est le Christ ? » Comme le disait le Cardinal Raztinger, aujourd’hui Pape : « La conversion est un chemin, une route qui dure toute la vie. C’est pourquoi la foi est toujours un développement, (une) maturation de l’âme vers la vérité, vers Dieu qui est ‘ plus intérieur à nous que nous-mêmes’ » (Card. Ratzinger, ibidem, p.9).

« Que disent les hommes ? » demande Jésus. En d’autres termes : « Quelle est leur opinion ? » On voit que l’opinion des hommes est diverse, et, pour le Seigneur, sujette à caution. La juste connaissance et l’expérience de Dieu n’est pas entre les mains des hommes. Elle est entre les mains de Dieu.

Il faut donc demander une foi juste. Une foi juste c’est une foi qui engage tout l’être aussi bien dans ses sentiments (le « feeling ») que dans son intelligence et sa conscience.

La foi chrétienne exige un cœur adulte cherchant la vérité: l’exemple de Piergiorgio Frassati         

Piergiorgio Frassatti
Pour tout savoir sur ce saint extraordinaire: www.piergiorgio.ca

La foi est donnée aussi au sérieux. Nous voyons cette foi forte et cette foi d’apôtre chez un Piergiorgio Frassati, parce qu’il prenait tout « au sérieux », ce qui ne signifie pas qu’il était ennuyeux. Il était au contraire le compagnon le plus agréable au monde, entraînant ses amis à des courses en montagne, faisant preuve d’un grand humour. N’avait-il pas nommé son groupe d’amis : « la société des types louches ? » Mais il était sérieux dans ce sens qu’il faisait tout à fond.

Il ne rêvait pas sa foi. Il la nourrissait des Écritures, de l’Eucharistie, du Chapelet, des adorations eucharistiques nocturnes.                                       

Il ne rêvait pas sa foi. Il servait Dieu dans le quotidien de sa vie, en ses amis, les pauvres et dans ses engagements multiples.

« Le signe d’un grand chrétien » dit le Cardinal Ratzinger, est que « pensée et vie se compénètrent et se déterminent mutuellement » (Ibidem, p.9).

Je prie : « Seigneur, je sais qui Tu es, mais donne-moi de le savoir toujours davantage avec mon cœur et mon esprit pour en témoigner par des actes dignes de foi. Amen. »

Je crie : « Seigneur, à qui irai-je ?» 

Seigneur, je veux suivre l’étoile qui brille dans ma conscience. Elle me dit :

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Geoffroy de Lestrange
A propos Geoffroy de Lestrange 75 Articles
Le père de Lestrange, curé dans le monde rural, a fait ses études supérieures aux États-Unis. Il y a découvert le Renouveau charismatique catholique ainsi que les églises évangéliques. Bénédictin, puis profès simple chez les frères de Saint-Jean, il a découvert par ces contacts divers, l'importance de la prière pour une nouvelle Pentecôte dans l'Église, souhaitée par tant de papes.

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