Devant le mal que devons-nous faire?

Homélie du 16° Dimanche Ordinaire A : Matthieu 13, 24-30

Résumé : Devant le mal que devons-nous faire? Selon Jésus, nous devons accueillir l’Esprit Saint afin de discerner le mal en nous-mêmes et autour de nous et recevoir la force de l’Amour de Dieu pour obtenir l’espérance de la conversion.

Devant le mal que devons-nous faire? Première tentation : croire que le mal vient de Dieu

Jésus nous présente la parabole du bon grain et de l’ivraie afin de nous faire réfléchir sur notre réalité humaine. En effet, dans notre vie, le bien et le mal sont entremêlés. La première question qui peut surgir alors à notre esprit est : pourquoi le mal existe-t-il? Car si Dieu est bon, pourquoi le mal ? Comme disent les gens : « S’il y avait un Bon Dieu… le mal n’existerait pas ! »

Devant le mal que devons-nous faire? Croire que Dieu a créé les humains non pas comme des robots mais comme des êtres libres

Mais Dieu n’est pas responsable, nous dit Jésus, du mal que font les hommes : c’est la rançon de leur liberté. Dieu n’avait pas le choix. Ou bien, il créait des robots, bien programmés, incapables d’initiatives, ou bien il créait des êtres libres capables d’aimer. Dans le premier cas, on avait à faire à un monde « parfait », bien huilé, sans disfonctionnements. Mais un monde de machines. Dans le second cas, Dieu prenait le risque de la liberté humaine, avec toutes ses conséquences. Il a fait le second choix, et il persiste à penser que ça réussira. A preuve, les trois paraboles que nous venons de lire : elles disent toutes trois que le Royaume de Dieu est une réalité en croissance. A partir d’un commencement infime, minuscule, le résultat est remarquable. Mais il faut lire l’histoire avec le regard de Dieu, un regard confiant et un regard patient.

Devant le mal que devons-nous faire? Nous devons avoir l’espérance et la patience de Dieu

« Laissez-les pousser jusqu’à la moisson », dit Jésus. Tout le monde doit avoir sa chance. C’est encore là une question de liberté. Croire en l’homme, c’est penser qu’il peut évoluer, se transformer, se convertir. Mais, ajoute-t-il, si le jugement n’est pas pour aujourd’hui, sachez cependant qu’il y aura un jugement. A la fin, au jour de la moisson, il y aura un tri. La fin de l’histoire, la voilà. Y croyons-nous ?

Devant le mal que devons-nous faire? Nous ne devons pas succomber à la tentation d’arracher nous-mêmes l’ivraie du mal qui existe autour de nous

Ainsi, cette parabole nous révèle la patiente tendresse de Dieu qui, par amour pour nous, supporte cette ivraie qui semble envahir parfois nos vies, afin de ne pas arracher le bon grain en même temps. Notre incapacité radicale à nous débarrasser de notre péché ne doit pas nous conduire à la désespérance : le jour vient où l’ivraie sera jetée au feu. Mais le travail de la moisson ne nous appartient pas. Le Seigneur sait bien que notre tentation perpétuelle est de supprimer la tension inhérente à notre situation de pécheurs, et finalement d’arracher en nous-mêmes l’ivraie avec le bon grain. N’est-ce pas précisément l’expérience de Judas qui, parce qu’il s’est institué son propre juge, s’est condamné sans appel, et a refusé le pardon du Seigneur ? Le Christ nous aime plus et mieux que nous-mêmes. C’est cela que veut dire la parabole. C’est cela que réalise son pardon.

Devant le mal que devons-nous faire? Jésus nous dit que les apparences trompent

Les pharisiens (mot à mot : les purs) éliminaient de leurs communautés tous les “impurs”. Ils voulaient une Église sans ivraie. Jésus, au contraire, accepte dans sa communauté Matthieu le publicain, Marie-Madeleine dont étaient sortis sept démons. Pire ! Il va vers les pécheurs et les publicains et se rend ainsi lui-même légalement impur. Mais au fond, Jésus nous dit que les apparences trompent : tel “Monsieur bien” qui communie tous les dimanches est peut-être plus loin de Dieu que telle femme que nous méprisons. Dieu lui-même attend pour juger ; il patiente, il laisse à chacun sa chance et croit à l’humainement impossible : que l’ivraie se change en bon grain. Laissez-les pousser ensemble !

Devant le mal que devons-nous faire? Accueillir la lumière de l’Esprit Saint afin de discerner le mal en nous-mêmes et autour de nous et obtenir l’espérance de la conversion

À la fin de la première lecture du Livre de la Sagesse on dit : « à tes fils tu as donné une belle espérance : après la faute tu accordes la conversion. ». Et saint Paul, dans la deuxième lecture aux Romains nous dit que « l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse ». Voilà pourquoi nous sommes appelés à accueillir la lumière de l’Esprit Saint afin de discerner le mal en nous-mêmes et autour de nous et à recevoir la force de l’Amour de Dieu afin d’obtenir l’espérance de la conversion (la nôtre et celle des autres).

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Gérald Lajeunesse
A propos Gérald Lajeunesse 289 Articles
Le père Gérald Lajeunesse est prêtre et membre de la Congrégation des Oblats de la Vierge Marie (omv). Il est curé de la paroisse St Enfant-Jésus de la Pointe-aux-Tremble, à Montréal.

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