Aimer en expliquant

Cet article est numéro 2 d'une série de 6 Le processus d'évangélisation selon le SCPÉ

Dans sa Première Lettre, Pierre écrit: « Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous » (1 P 3, 15).  Et lorsqu’il écrit ces mots, il parle d’expérience puisque souvent il a eu à rendre compte de son espérance et de sa foi en Jésus Sauveur.  Par exemple, dès le chapitre IV des Actes des Apôtres, après que Pierre et Jean ont fait une guérison, on les arrête, on les met en prison, puis on les amène devant le Tribunal, et on leur demande « par quelle puissance, par le nom de qui avez-vous fait cette guérison ?  Alors Pierre, rempli de l’Esprit Saint leur déclara : Chefs du peuple et Anciens, nous sommes interrogés aujourd’hui pour avoir fait du bien à un infirme, et on nous demande comment cet homme a été sauvé » (Ac 4, 8-9).  Et là il poursuit en exposant l’essentiel de la foi chrétienne.

Ces deux extraits bibliques nous introduisent aujourd’hui à une quatrième manière d’aimer les gens de notre entourage, d’aimer notre Oïkos.  Et cette manière d’aimer est exprimée dans le processus d’évangélisation par un mot, le mot explication.  Après avoir prié, après avoir servi, après avoir partagé et témoigné notre foi, nous sommes invités à expliquer, c’est-à-dire à répondre à des questions.  Et c’est vrai que dès qu’on aborde la question de la foi, ça suscite plein de questions.  Les gens vont nous poser des questions, ou bien ils vont exprimer leur désaccord.  Et souvent cela nous met mal à l’aise, souvent on ne sait pas trop comment répondre aux gens.  Alors j’aimerais aujourd’hui qu’on s’arrête brièvement pour réfléchir sur cet aspect de notre processus d’évangélisation qui est un élément aussi très important.

D’abord on se rappelle que, répondre aux questions des gens, accueillir leurs questions, leurs commentaires négatifs, leurs doléances, etc, c’est une manière importante de les aimer.  C’est une manifestation d’amour extraordinaire.  Alors sachant cela, sachant, comme nous y invite saint Pierre, que nous avons à rendre compte de notre espérance, sachant que l’explication fait partie du processus d’évangélisation, nous devons être vigilants pour ne pas nous défiler.  C’est sûr que des fois, on entend des questions qui nous mettent mal à l’aise, on entend des commentaires qui nous mettent mal à l’aise, mais on est invité à ne pas se défiler.

Alors, il faut premièrement se rappeler que c’est une bénédiction.  Comme disait quel­qu’un, un jour : il vaut mieux avoir cent personnes qui nous posent des questions, même si nous n’avons pas de réponse, plutôt que cent réponses et personne pour poser des questions.  Le fait de se retrouver devant une personne qui pose des questions, ou qui exprime des commentaires sur la foi, bien c’est déjà une porte ouverte.  C’est un signe que la personne s’intéresse, que la personne est en recherche, même si sa recherche est mal partie. Donc prendre conscience que c’est une bénédiction de se retrouver devant une personne qui pose des questions.

Deuxièmement, quand on est devant une personne qui pose des questions, qui exprime ses désaccords par rapport à la foi, nous sommes invités à écouter.  Écouter patiemment, écouter avec intérêt, écouter en cherchant à comprendre qu’est-ce que veut dire la personne, qu’est-ce qu’elle est en train d’exprimer, qu’est-ce qui l’habite au fond.  L’écouter avec intérêt aussi pour faire sentir qu’on aime la personne. Ta question, peut-être qu’elle me met mal à l’aise, mais je prends le temps d’être là parce que ça m’intéresse.  Ce que tu poses comme question ça m’intéresse, le malaise que tu exprimes ça m’intéresse, parce que je t’aime. Donc prendre le temps d’écouter.  Parfois, on peut aussi poser des questions pour bien comprendre, s’assurer qu’on a bien compris ce que la personne est en train de dire. Donc une première étape, avant de répondre, on écoute, patiemment, avec beaucoup d’amour.

Ensuite vient le temps de répondre. Et il est bon de se rappeler ceci : quand on lit l’Évangile, on pose beaucoup de questions à Jésus.  Et c’est très rare que Jésus répond directement à la question. Dans la plupart des cas, à partir de la question, Jésus va donner un enseignement, va en profiter pour présenter quelque chose sur la réalité du Royaume de Dieu.  Il va en profiter pour présenter son message, son message d’amour, de pardon, de vérité, de justice, etc.  Un exemple célèbre, quand on demande à Jésus, est-ce qu’il faut payer l’impôt à l’empereur, ou ne pas payer, Jésus ne répond pas ni oui, ni non, mais il donne un enseignement qui va se conclure par : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Donc on se rappelle la manière qu’a Jésus de répondre.

Nous, on va faire la même chose.  Lorsque la personne nous pose une question, ça se peut qu’on va répondre directement à la question.  Mais la plupart du temps il faut voir derrière la question.  Et nous, on va profiter de la question pour présenter l’essentiel de la Foi.  Alors, dans notre réponse, on exprime d’abord notre admiration à la personne qui pose la question, c’est une bonne question, c’est un bon commentaire, c’est vrai, je trouve ça beau que tu t’interroges là-dessus.  S’il y a lieu on peut réajuster certaines choses, il faut faire la vérité.  S’il y a des choses qui ne sont pas vraies, dans le commentaire que la personne amène et qu’on le sait, il faut quand même réajuster les choses.  Et ensuite, nous allons présenter l’essentiel de la Foi : l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, l’Évangile du salut. Le cœur de notre Foi, il faut que, dans notre réponse, on oriente la personne vers l’essentiel de la Foi.  Dans notre réponse, nous allons dire uniquement des choses dont nous sommes certains, et convaincus.  Il vaut mieux dire peu de choses, mais des choses dont nous sommes certains et convaincus, parce nous sommes en train de poser des fondements.  On n’est pas dans un débat où il faut gagner quelque chose sur le champ, mais on est en train de poser des fonde­ments solides.  Donc on dit quelques éléments de réponse, des éléments fondamentaux dont nous sommes certains, et qui vont devenir dans le cœur et dans l’esprit de la personne des fondements, des premiers fondements.  Si on ne connaît pas la réponse, on le dit, bien sûr.  On peut dire à la personne : si ça t’intéresse, je vais m’informer et je vais te revenir là-dessus.  Mais que cela intéresse ou non la personne, pour nous, c’est une bonne occasion de chercher à s’instruire.  Si une question est posée et je n’ai pas la réponse, je dois, c’est mon devoir de chrétien, de chercher la réponse.  Ne serait-ce que pour moi-même, pour aller m’instruire, mieux comprendre ma propre foi.  La question de l’autre m’aide à approfondir ma propre foi.

Dans notre réponse aussi, c’est important de se rappeler qu’il ne faut pas à tout prix défendre l’Église.  Il se peut que l’Église, que des personnes dans l’Église aient fait des erreurs, ça se peut.  Non seulement ça se peut, c’est certain, nous sommes des êtres humains.  Alors, on n’a pas à défendre, à tout prix, l’Église ou des personnes dans l’Église.  S’il y a des erreurs, on le reconnaît, et on en demande pardon.  Et, dans tout cela, bien sûr, nous faisons confiance à l’Esprit Saint.  Nous avons vu tout à l’heure dans le récit des Actes des Apôtres, il est dit : « alors Pierre, rempli de l’Esprit Saint, se mit à leur dire ».  Et, pendant qu’on échange on peut prier, on prie intérieurement : Viens Esprit Saint éclairer ma réponse, viens Esprit Saint, m’inspirer.  Et on va prier aussi après.  Après qu’on a laissé la personne, on continue à prier pour que cet échange porte son fruit dans le cœur de l’autre personne et dans notre propre cœur aussi.  Et quand c’est possible, on va prier avant.  Si nous savons que nous allons rencontrer des personnes, et que probablement elles vont poser des questions, bien on prie avant.  On prie l’Esprit Saint qu’il prépare mon cœur, qu’il prépare le cœur de l’autre ou des autres.  Donc on vit ça dans une attitude de prière.

Alors, voila !  Ce sont quelques éléments donc, répondre aux questions, rendre compte de notre Foi et de notre Espérance, c’est un merveilleux acte de charité que nous sommes invités, que nous avons le devoir de poser envers les personnes de notre entourage lorsque l’occasion se présente.  Alors je vous invite à vous y entraîner, à partager entre vous, des expériences que vous avez vécues dans ce sens, et moi je vous bénis au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, Amen !

 

Pour approfondir l’enseignement

  • À la suite de cet enseignement, qu’est-ce qui monte dans mon cœur ?
  • Quand ai-je vécu une expérience où j’ai pu « rendre compte de mon espérance» ?
  • En quoi l’explication contribue-t-elle à l’évangélisation ?

 

Enseignement 239 – 6 novembre 2016

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Nicolas Tremblay
A propos Nicolas Tremblay 17 Articles
Nicolas Tremblay est prêtre dans le diocèse de Joliette.

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