La miséricorde, ultime clé du succès de l’évangélisation

Homélie du 24° dimanche ordinaire A : Matthieu 18, 21-35

« Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois. »

Cette question de l’apôtre Pierre sous-entend que la vie de la première communauté chrétienne n’allait pas sans heurts et qu’il y avait sûrement bien des difficultés à vivre ensemble. L’Eglise, depuis ses débuts, a été constituée de pécheurs qui probablement manquaient souvent d’amour les uns pour les autres. Or, Jésus avait dit auparavant que la caractéristique principale de la communauté chrétienne qui peut garantir la crédibilité de l’évangélisation du monde était l’amour fraternel : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jean 13, 35) Alors on peut comprendre que le contre-témoignage de nos manques de charité et de fraternité constitue l’obstacle majeur au succès de l’évangélisation.

Mais Jésus avait prévu le coup. C’est pourquoi il a prévenu ses disciples que ce n’est que grâce à la miséricorde de Dieu que la mission de l’évangélisation de toutes les nations pourra réussir. En effet, sans le pardon mutuel la communauté chrétienne ne pourrait pas subsister et surmonter l’écueil naturel de la division qui ruine toute évangélisation. Or, pour être en mesure de vraiment pardonner nos frères qui commettent des fautes contre nous, il est nécessaire d’avoir reçu nous-mêmes le pardon de Dieu. C’est le sens de la parabole de Jésus : « le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. »

En fait, si le serviteur qui devait au roi 60 millions de pièces d’argent et qui avait reçu la remise totale de sa dette s’était rappelé de cette grâce immense au moment où il a rencontré son compagnon qui lui devait seulement 100 pièces d’argent, il aurait probablement été plus patient envers lui et il lui aurait certainement remis sa dette. Ainsi, cette parabole nous montre bien que nous pourrons réussir à pardonner les fautes de nos frères dans la mesure où nous aurons pris nous-mêmes la mesure des dons immenses du Seigneur et de ses pardons à notre égard. Alors, plus nous reconnaîtrons et accueillerons en profondeur la miséricorde de Dieu à notre égard, plus nous pourrons surmonter les divisions qui menacent l’existence même de la communauté chrétienne et sa fécondité évangélique en pardonnant à nos frères et sœurs leurs fautes.

Deux moyens

Pour ce faire, deux moyens s’offrent à nous. Tout d’abord, le recours fréquent et régulier au sacrement de la miséricorde (sacrement du Pardon) par lequel nous pouvons reconnaître nos péchés pour en être libérés et expérimenter la douceur et la tendresse de l’amour de notre Père Céleste.

De plus, il est aussi très important selon nous de méditer souvent la prière que Jésus nous a enseignée : le Notre Père en insistant davantage sur les mots : « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. » En réalité, nous ne demandons pas au Seigneur de nous pardonner nos offenses « en récompense » du pardon que nous accordons à nos frères. Mais nous lui disons notre désir de partager « Son Pardon » avec nos frères pécheurs. En d’autres mots, nous pourrons accorder le pardon à nos frères dans la mesure que nous aurons nous-mêmes reçu le pardon de Dieu pour nos propres fautes.

En conséquence, demandons donc au Seigneur de pouvoir expérimenter personnellement la miséricorde infinie de Dieu. Nous serons alors bien disposés pour offrir le pardon à tous nos frères et ainsi vaincre toutes les divisions qui pourraient menacer la crédibilité de l’œuvre d’évangélisation de l’Eglise pour notre monde.

Questions pour le partage

  • Qu’est-ce qui me touche plus particulièrement dans ce texte ?
  • Est-ce possible de toujours pardonner comme Jésus nous le demande ?
  • Quel est ma manière personnelle que j’ai développée pour pardonner ?
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Gérald Lajeunesse
A propos Gérald Lajeunesse 148 Articles
Le père Gérald Lajeunesse est prêtre et membre de la Congrégation des Oblats de la Vierge Marie (omv). Il est curé de la Mission italienne San Domenico Savio, à Montréal.

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