L’engagement

Homélie basée sur l’évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 25,14-30

La confiance…                                                                 

… difficile

engagement de super mamanSamedi dernier, j’écoutais les confidences d’une maman disant combien faire confiance était une chose difficile. Cette maman « organisatrice » dans l’âme, prévoyante, comme « la femme vaillante » (31,10) du Livre des Proverbes est comme le capitaine « [d’un] navire marchand » (Pr. 31,14) : aimant à planifier, à prévoir, à penser. Mais, à l’inverse de la femme du livre des Proverbes, elle ne pense pas à l’avenir « en riant » (Pr. 31,25). Sa prévoyance lui occasionne plutôt des migraines parfois très « invalidantes » selon ses propres termes. A l’égard de ses enfants, cette maman est aussi une inquiète et déjà, dans leur petit âge, les enfants réclament qu’elle leur laisse un peu la bride sur le cou. Entre laisser la bride sur le cou et tenir les rennes trop serrés, le jeu de la confiance n’est pas évident…

… de Jésus

Pour Jésus, qui livre sa dernière parabole avant sa Passion, la question ne se pose plus : il doit confier tous ses biens aux serviteurs que nous sommes, parce qu’il « part. » (Mt.25, 14) Aussi, la question de ce jour est simple : Quelle réponse le Seigneur attend-il à la confiance qu’il met en nous ?

  1. L’expression « confier » dans la sainte Ecriture… Le verbe confier (en grec : Παραδίδωμι) a des synonymes intéressants. Confier quelque chose à quelqu’un, dans l’Ecriture, peut signifier :
  2. Prendre des risques. Paul et Barnabé qui évangélisent des terres nouvelles, y risquent leur vie: « Des délégués accompagneront nos bien-aimés Barnabé et Paul, ces  hommes qui ont risqué leurs vies (παραδεδωκόσιν) pour le nom de Notre Seigneur Jésus Christ. » (Ac. 15,26)
  3. Remettre totalement. Jésus, à l’heure de sa mort, remet jusqu’à sa vie à son Père : « Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : ‘C’est achevé’ et, inclinant la tête, il remit (παρέδωκεν) l’esprit. » (Jn.19, 30)
  4. Confier jusqu’à une trahison possible. Judas que Jésus a choisi comme l’un des douze est celui qui le «livra » (παραδοὺσ). (Mt. 10,4)
  5. Faire un don qui peut se retourner contre celui à qui il est fait :
    • Ainsi en est-il des Hébreux au désert qui refusent le Dieu de Moïse et sont, dès lors : « [livrés] au culte de l’armée du ciel […] la tente de Moloch et l’étoile du dieu Rephân. » (Ac. 7,42)
    • Ainsi en est-il des hommes qui ne choisissent pas Dieu qui se laisse voir à leur intelligence et qui, dès lors, « [sont] livrés selon les convoitises de leurs cœurs à une impureté où ils avilissent eux-mêmes leurs propres corps […] Aussi Dieu les a-t-il livrés à des passions avilissantes : car leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature, pareillement les hommes. […] Dieu les a livrés à leur esprit sans jugement, pour faire ce qui ne convient pas. » (Rm. 1, 24-28)
    • Ainsi en est-il des païens qui émoussent leur sens moral et qui dès lors, « se [livrent] à la débauche au point de perpétrer avec frénésie toute sorte d’impureté. » (Ep. 4,18-19)
  6. La réponse à la confiance du mauvais serviteur… Quand Jésus confie ses biens, il prend donc un risque, celui de se voir trahir. Il peut être trahi dans sa confiance de deux manières :
  • Dans ses propres biens qui ne sont autres que les âmes, par un service négligent ou vicié rendu à ces âmes.
  • Dans ses propres biens qui ne sont autres que Lui-même dans ses Sacrements et sa Parole. Ainsi en est-il de la Parole de Dieu que le disciple peut ignorer ou de l’Eucharistie qu’il peut mépriser.

Cette trahison a deux causes manifestées par le mauvais serviteur de la parabole.  

  • Un esprit vicieux. Le serviteur est profondément « mauvais. » (Mt.25, 26) Le mot grec utilisé (Πονηρὲ) est attribué :
    • A Satan qui est le « mauvais. » (Mt. 13,39)
    • A ces vipères que sont les pharisiens : « Engeance de vipères, comment pourriez-vous dire des bonnes choses alors que vous êtes mauvais. » (Mt. 12,34)
    • A ces serviteurs jaloux et à l’œil « mauvais » (Mt. 20,15)parce que le Maître est bon.
    • Aux sujets du Malin (cf. Mt. 13,38).
    • Au tricheur et au violent, comme cet homme à qui son maître avait remis une dette énorme, qui saisit à la gorge celui qui lui doit peu, jusqu’à l’étrangler, pour le sommer de lui rendre son dû (cf. Mt.18, 32).
    • A la génération de Jésus, qu’il juge comme « mauvaise. » (Mt.12, 45)
    • Une volonté vicieuse. Le serviteur est « timoré » (Mt.25, 26). Le mot grec utilisé (ὀκνηρός) est l’opposé du zèle. Il signifie plutôt quelqu’un de nonchalant, de peureux, d’hésitant, d’indolent, de trainard, qui se réserve.

 

La réponse à la confiance du bon serviteur… La réponse attendue par Jésus à sa confiance, est celle du bon serviteur.

  • Le bon serviteur n’émet pas de jugement sur le maître. Il ne dit pas : « Je savais que tu es un homme dur… » (Mt. 25,24) Il ne rumine pas, n’analyse pas, n’ergote pas.
    • Cela signifie pour nous de ne pas « juger » la Parole de Dieu, ni ses sacrements mais plutôt de se laisser « juger » par eux. « Les talents sont pour nous, chrétiens d’aujourd’hui, la foi et les sacrements que nous avons reçus. […]Pour beaucoup, le baptême qu’ils ont reçu est vraiment un talent enterré. Je le compare à un cadeau reçu à Noël, mais oublié dans un coin sans jamais avoir été déballé et ouvert » (Père Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison Pontificale, 16.11.08)
  • Le bon serviteur rend compte simplement de son travail : « Maître, tu m’avais confié cinq talents, voici cinq autres talents que j’ai gagnés. » (Mt.25, 20) La qualité du bon serviteur est donc de se mettre tout de suite à la tâche commandée, sans discuter, avec toute la détermination d’une volonté généreuse, à la manière d’un Paul et d’un Barnabé qui risquent leurs vies au service de l’Evangile.
    • Cela signifie pour nous de ne pas se contenter d’être dans le troupeau mais de le faire multiplier, selon l’ordre du Seigneur : « Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples. » (Mt.28, 19) « Notre devoir humain et chrétien n’est pas seulement de développer nos talents naturels et spirituels mais aussi d’aider les autres à développer les leurs. Dans notre monde moderne il existe une profession que l’on désigne par un terme anglais « talent-scout », c’est-à-dire chercheur de talents. […] L’évangile nous invite à être tous des talents-scouts, des chercheurs de talents […] pour aider ceux qui n’ont pas la possibilité de s’affirmer seuls.» (Père Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison Pontificale, 16.11.08)

Comment le serviteur a-t-il acquis cette volonté prompte à servir, à faire ce qui lui a été commandé ? Il a cultivé deux vertus :

  • La bonté. Le bon serviteur est appelé « bon. » (Mt. 25,21.23) L’adjectif grec (ἀγαθὲ)  signifie que ce serviteur a un amour généreux, qui se donne.
  • La fidélité. Le bon serviteur est appelé « fidèle » (Mt. 25, 21.23). L’adjectif grec (πιστέ) signifie ici digne de confiance (cf. Lc. 16,11) et même digne d’une pleine confiance. Avec ce serviteur, le maître peut agir « les yeux fermés. »
    • Dans la durée, comme avec un Abraham qui eut foi (πιστέ) en la promesse de  Dieu (Gal. 3,6), tout un siècle, jusqu’à ce qu’elle se réalise,
    • Dans la réalisation, comme cet intendant fidèle qui distribuera les rations de blé « en temps voulu. » (Lc.12, 41)

Conclusion : S’engager ou se ménager…

J’assistais, cette semaine, à une réunion des prêtres du Secteur Missionnaire sur la nouvelle évangélisation. Un prêtre, un peu plus jeune que moi, disait vouloir « se ménager » en raison de son âge. Il avait raison si cela signifiait rendre un service plus long que celui qui risquerait le « burn out » (l’épuisement).  Mais s’il s’agit de se ménager pour éviter de risquer sa vie, il faut se poser ces questions : Le Christ se ménage-t-il ? Paul et Barnabé se ménagent-ils ? Le Pape se ménage-t-il ?

Le bon et fidèle serviteur s’engage, le mauvais serviteur se ménage, se protège, se barricade. Répondre à la confiance que Jésus fait à chacun en lui confiant ses biens suppose de s’engager, de se commettre, de s’impliquer. C’est tout le sens de l’appel à la nouvelle évangélisation que Jean-Paul II  voulait «nouvelle dans son ardeur, nouvelle dans ses méthodes et nouvelle dans son expression » (A la Conférence épiscopale latino-américaine, CELAM, Haïti, 1983). Mais il est toujours possible d’ergoter, de discuter, plutôt que de mettre la main à la pâte, plutôt que de « tout quitter », de « risquer » comme le Christ et ses apôtres. Ce sont nos exemples. Voulons-nous les suivre ?

Prions : « Seigneur, tu nous as appelés à être tes serviteurs. Nous usons de Tes biens, donne-nous de les faire fructifier, à ta gloire. Amen. »

Oraison jaculatoire : « C’est dans la gloire de ton Père que je porte beaucoup de fruits. » (Jn.15, 8)

Questions : Qu’est-ce que, selon vous, un bon serviteur ? Un mauvais serviteur ? Quel engagement prendriez-vous cette semaine pour être un « bon et fidèle serviteur », pour entrer concrètement dans l’évangélisation ?  

 

Homélie pour le 33e dimanche du Temps  ordinaire                                

Année «A »

Dimanche 13 novembre 2011                                                                  

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Geoffroy de Lestrange
A propos Geoffroy de Lestrange 74 Articles
Le père de Lestrange, curé dans le monde rural, a fait ses études supérieures aux États-Unis. Il y a découvert le Renouveau charismatique catholique ainsi que les églises évangéliques. Bénédictin, puis profès simple chez les frères de Saint-Jean, il a découvert par ces contacts divers, l'importance de la prière pour une nouvelle Pentecôte dans l'Église, souhaitée par tant de papes.

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