L’âme, propriété de Dieu, est appelée à la conversion

Homélie du 27° dimanche du Temps ordinaire «A », Mt 21, 33-43

SOURCE IMAGE: TOP MISSION TV PAIN DE VIE

Résumé: L’âme, propriété de Dieu, est appelée à la conversion. Nous ne nous appartenons pas à nous-mêmes. Nous sommes faits pour Dieu et nous devons toujours nous en souvenir.

L’âme, propriété de Dieu, est appelée à la conversion : L’Héritier de nos âmes…

… dans la vie du Père Jacques Sevin

Le Père Jacques Sevin est un « héritier ». Son père, homme d’affaires dans l’industrie textile, l’oriente vers le négoce. Mais en 1892, à 10 ans, Jacques est envoyé par ses parents au collège des Jésuites d’Amiens. Son père en est un ancien élève. En 1895, Jacques a 13 ans, il ressent le premier appel divin dans son cœur. Il entre dans la Compagnie de Jésus en 1900. Il écrit les raisons de son choix : « Pour sauver mon âme. Pour sauver des âmes. Pour avoir une règle, des supérieurs et la vie de communauté. Pour n’être pas vulgaire. » A 32 ans, il est ordonné prêtre avec 30 autres Jésuites.

Devenu le Père Sevin, il commence à réaliser un projet original : adapter à la jeunesse catholique le mouvement des « boy-scouts », fondé en 1907 par Lord Baden-Powell. Le 8 février 1918, son supérieur approuve le projet et lui précise qu’il doit s’efforcer « de former un groupe profondément catholique ». En 1921, le Cardinal Dubois, archevêque de Paris, donne son accord à une Fédération catholique des Scouts de France dont le Père Sevin devient le secrétaire général. 90% des scouts proviennent des milieux populaires. « Les enfants que nous revendiquons, écrit-il, comme plus spécialement nôtres, ce sont ceux dont les œuvres existantes ne veulent pas, ou ne veulent plus. » Avant l’heure, il veut aller « aux périphéries ».

Si le scoutisme veut faire des jeunes des adultes autonomes, le souci du Père Jacques Sevin sera toujours que chaque scout aille « jusqu’au contact intime avec Notre-Seigneur ». Il donnera, pendant 10 ans, à d’innombrables camps de formation de chefs et cheftaines, l’objectif de la sainteté en s’appuyant sur « l’Evangile, lu, relu, étudié à fond ». Dès le début des camps à Chamarande – lieu de formation des chefs – est lancée la construction d’une vaste chapelle où, à partir de 1929, chacun peut venir adorer Jésus présent au tabernacle. Le Père célèbre chaque jour la Messe en plein air. Personne n’aurait voulu y manquer, tant la manière de célébrer du Père Sevin impressionne et édifie. Très marqué par l’idéal de la chevalerie, il enseigne que « la plus fière épopée est de conquérir son âme et de devenir un saint. »

Écarté du scoutisme par jalousie, il fonde, en 1935, un cercle spirituel de jeunes filles qui sera bientôt une congrégation contemplative et missionnaire, les sœurs de la Sainte-Croix de Jérusalem. Le Père Général des Jésuites lui demande de laisser ses fonctions de directeur et de confesseur à un autre… Il s’efface encore, sans discuter. A l’occasion de l’ouverture du procès de sa béatification, le Général des Jésuites dira de lui : « Mis en demeure inopinément de céder la place, le Père acceptera de rentrer dans l’ombre. Meurtri, certes, mais sans amertume ni ressentiment, il fera sienne l’attitude de S. Jean-Baptiste : “Il faut  qu’Il grandisse et que je diminue. “ (Jn. 3, 30) Et c’est là ce qui fait sa vraie grandeur. » Il meurt le 19 juillet 1951 en serrant dans ses mains son grand crucifix de profession religieuse, murmurant : « Mon compagnon ! C’est mon compagnon ! »

… Jésus

Dans l’évangile que nous avons entendu, les prêtres et les Pharisiens ne sont pas du même acabit. Ce sont des voleurs. Le propriétaire qu’ils ont volé, c’est Jésus. La propriété qu’ils se sont appropriée injustement ce sont les âmes dont ils étaient, en principe, les serviteurs.

  • Chacun d’entre nous, ici, est un serviteur, au moins de son âme, si ce n’est de l’âme des autres, comme l’écrit le Père Sevin pour expliquer les raisons de son choix d’entrer dans la Compagnie de Jésus : « Pour sauver mon âme, pour sauver des âmes. […] Pour n’être pas vulgaire. »
  • Chacun de nous est « un vigneron de son âme », si ce n’est de l’âme des autres, et le Seigneur attend que nous Lui donnions « les fruits de la vigne » (Mt. 21, 34), Lui qui a donné Sa vie, répandu Son sang pour que Sa vigne – nos âmes – donne beaucoup de fruit. (Cf. Jn. 15, 8)

… est-il encombrant ?

Cet évangile est un évangile choc. Qu’allons-nous faire du Propriétaire de la vigne, Jésus ?   Et qu’allons-nous faire de Sa propriété, nos âmes ?  Les réponses sont diverses :

  • Il y a la réponse des prêtres et des Pharisiens du temps de Jésus, la question est réglée : Ils vont se débarrasser du Propriétaire, Jésus. « Les scribes et les Pharisiens cherchèrent à porter les mains sur Lui à cette heure-même… » (Lc. 20, 19)
  • Il y a la réponse embarrassée de Pilate : « Que ferai-je donc de Jésus que l’on appelle Christ ? » (Mt. 27, 22)
  • Il y a la réponse un peu fanfaronne de Pierre : « Dussè-je mourir avec Toi, non, je ne Te renierai pas. » (Mc. 14, 31)
  • Il y a notre réponse : Vais-je « tuer » le Propriétaire de mon âme ? Suis-je « embarrassé » par Lui ? Vais-je « fanfaronner » et dire que je suis Son ami, pour Le trahir bien vite ? La réponse à cette question, nous le voyons bien, dépend de notre attitude à l’égard de la propriété : « Que vais-je faire de mon âme et de celle des autres ? » Voilà la question que pose l’évangile d’aujourd’hui. 

L’âme, propriété de Dieu, est appelée à la conversion : Le vol de l’Héritier…

Une façon simple de « voler » l’Héritier de notre âme, Jésus, c’est :

  • De s’opposer aux disciples. Quelquefois, les prêtres et les Pharisiens s’en prennent aux disciples. C’est plus facile d’attaquer les disciples que Jésus. Ainsi fait-on aujourd’hui : c’est plus facile de « critiquer » l’Eglise que de s’occuper de Jésus et de son âme-propre.
  • De ne pas prendre position. L’Héritier, c’est Jésus, mais on se fait notre propre « politique » : ni trop, ni trop peu de Jésus. On ne s’oppose pas, mais on ne s’engage pas. On ne va pas s’ennuyer avec Jésus et ainsi, on fait ce qu’on veut de notre âme qui, pourtant, est sortie de Ses mains.
  • De renvoyer la responsabilité à d’autres. Jésus, c’est l’affaire du curé et des catéchistes qui y connaissent quelque chose, mais pas à moi, qui suis ignorant(e). Mais si Jésus n’est pas accueilli dans mon cœur, l’affaire dite du curé, des catéchistes ou des bonnes Sœurs, ne deviendra jamais la mienne !

L’âme, propriété de Dieu, est appelée à la conversion : Le vol de l’héritage…

Ensuite, la propriété – l’âme –  peut être détournée de son Propriétaire, Dieu, de multiples manières :  

  • Par le sommeil. C’est ce que dit Jésus à Claudia, une Romaine, dans la très belle œuvre de Maria Valtorta : « “L’âme est la vraie noblesse de l’homme. Tu es fière d’appartenir à la gens Claudia [une famille impériale]. L’homme est quelque chose de plus, car il appartient à la famille de Dieu. Tu as en toi le sang de la gens Claudia, une famille puissante qui a eu une origine et aura une fin. En l’homme, par l’âme il y a le sang de Dieu. Car l’âme est le sang spirituel – Dieu étant un très pur Esprit – du Créateur de l’homme : de Dieu éternel, puissant, saint. L’homme est donc éternel, puissant, saint par l’âme qui est en lui et qui est vivante tant qu’elle est unie à Dieu. »   « Je suis païenne. Je n’ai donc pas d’âme… », répond Claudia.  « Tu en as une, mais elle est tombée en léthargie. Éveille-la à la Vérité et à la Vie… » »  
  • Par idolâtrie de soi-même.L’âme veut jouir d’elle-même. C’est le cas de Satan qui était un ange magnifique et qui s’est adoré lui-même.
  • Par manque d’examen de nous-mêmes. Faisons comme le propose un Chartreux dans son livre « Le discernement des esprits » : « Regardons-nous honnêtement : par quel esprit nous laissons-nous guider habituellement dans nos actions, nos choix, nos jugements, nos désirs ? Par l’Esprit du Christ ? Ou par notre vanité, notre égoïsme, notre susceptibilité, des désirs puérils ? »
  • Par paresse. C’est ce que dit encore Jésus, dans l’œuvre de Maria Valtorta, à un vigneron, Cléophas : « L’âme parle au libre arbitre, d’une voix suave, suppliante même, pour le prier de l’orner de plantes bonnes ; d’être actif et sage, afin de ne pas faire d’elle une ronceraie sauvage, mauvaise, empoisonnée, où nichent les serpents et les scorpions et où font leurs terriers le renard et la fouine et autres quadrupèdes malfaisants. Le libre arbitre n’est pas toujours un bon cultivateur. Il ne garde pas toujours la vigne, et il ne la défend pas toujours avec une haie infranchissable, c’est-à-dire avec une volonté ferme et bonne, qui tend à défendre l’âme des voleurs, des parasites, de toutes les choses pernicieuses, des vents violents qui pourraient faire tomber les fleurs des bonnes résolutions quand elles sont à peine formées dans le désir. »   

L’âme, propriété de Dieu, est appelée à la conversion : Restituer l’héritage en revenant à l’Héritier…

… par une juste nourriture

Notre âme, dit S. Catherine de Gênes, a été faite « avec un certain instinct béatifique vers Dieu. » (Traité du Purgatoire, c. III) En d’autres termes, quand nous ne tournons pas notre âme vers Dieu, nous sommes malheureux. C’est pourquoi l’enfant est instinctivement religieux. Il sait où est son bonheur. Toute l’affaire des serviteurs que nous sommes, c’est donc d’avoir assez d’intelligence pour donner à l’âme sa nourriture excellente. S. Paul nous dit que « Ceux qui vivent selon l’Esprit goûtent ce qui est spirituel. » (Rm. 8, 5, trad. de la Vulgate). L’enfant est chez lui dans les choses spirituelles. L’adulte l’est aussi, mais il lui faut faire plus d’efforts pour se détourner de nombreuses nourritures qu’il a goûtées et qui ont abîmé son appétit des choses spirituelles.

… par une conversion des mœurs

Le jeune moine, avant d’être reçu au monastère, doit promettre publiquement de « changer – ou convertir – ses mœurs ». (S. Benoît, Règle, chap. 58 ,17) Il lui faudra une vie pour cela. Il faudra qu’il s’examine souvent, qu’il se regarde lui-même honnêtement. Mais même en cela, il faudra la grâce du Saint Esprit. Crions vers Dieu pour recevoir cette grâce d’une juste appréciation de nous-mêmes : Suis-je un bon serviteur de mon âme ? Est-ce que je la nourris de Dieu ou de mes caprices ?   

Prions : « Seigneur, notre âme T’es précieuse. Tu as versé Ton sang pour la racheter. Donne-nous de Te la rendre parée comme l’épouse pour son époux. Amen.  »

 

Oraison jaculatoire : « Mon âme exalte le Seigneur ! »

 

Question : Votre libre arbitre a-t-il sanctifié votre âme cette semaine ?

 

Suggestion : Examiner chaque soir l’usage que nous faisons de notre liberté.

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Geoffroy de Lestrange
A propos Geoffroy de Lestrange 73 Articles
Le père de Lestrange, curé dans le monde rural, a fait ses études supérieures aux États-Unis. Il y a découvert le Renouveau charismatique catholique ainsi que les églises évangéliques. Bénédictin, puis profès simple chez les frères de Saint-Jean, il a découvert par ces contacts divers, l'importance de la prière pour une nouvelle Pentecôte dans l'Église, souhaitée par tant de papes.

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