Jésus nous invite à une spiritualité du désir

Retraite de carême (5°jour : 1° entretien) : S’attacher au Christ avec saint Jean

Résumé : Jésus nous invite à une spiritualité du désir. Cette spiritualité du désir se distingue de la spiritualité du devoir et de la spiritualité du besoin.

Nous avons vu avec la Samaritaine, quelques obstacles qui peuvent rendre difficile le chemin vers la foi en Jésus. Et une grande partie de ces obstacles tient à des précompréhensions faussées de la religion. Des mauvaises manières de voir la religion et la spiritualité. Nous avons vu aussi avec l’aveugle-né, qu’après que nous soyons devenus disciples de Jésus, nous allons rencontrer des oppositions. Et ces oppositions viennent aussi de fait que nous sommes attachés à de fausses compréhensions de la religion et de la spiritualité. La foi nouvelle que Jésus inaugure dans le monde vient nous bouleverser, tous qui que nous soyons. Elle bouleverse toutes les manières habituelles de pratiquer la religion. Elle est à la fois complètement différente de tout ce à quoi nous sommes habitués et en même temps, elle correspond exactement à ce que nous cherchons. Ce pour quoi l’être humain a été créé, à ce qui habite au plus intime de son être. C’est pourquoi il est très beau de s’attacher au Christ. Alors, je vous propose un entretien qui s’intitule : Vers une spiritualité du désir car Jésus nous invite à une spiritualité du désir.

Jésus nous invite à une spiritualité du désir : et non à une spiritualité du devoir ou des besoins

On pourrait dire qu’il y a trois grandes manières de voir la spiritualité, de voir la perfection d’une vie humaine qui intègre la dimension religieuse. Il y a la spiritualité du devoir, le ou les spiritualités du besoin et la spiritualité du désir. On pourrait dire que dans un passé pas si lointain, nous avons surtout été habitué à une spiritualité du devoir. « Fais ce que tu dois faire ». La religion était souvent présentée comme cela : pour être un bon croyant, il y a des choses à faire, tu fais cela et tu es un bon chrétien, un bon catholique.

Jésus nous invite à une spiritualité du désir : 4 piliers de la spiritualité du devoir

Il y a quatre piliers dans la spiritualité du devoir : d’abord, il y a des normes universelles, des valeurs qui sont communes pour tout le monde. C’est une valeur objective et commune comme la justice, la générosité, l’oubli de soi, sobriété, humilité, renoncement à soi-même, etc….

Deuxièmement, c’est une spiritualité qui est dictée par les autorités. Il y a des autorités qui décident pour moi quelles seront les normes objectives : mes parents, mes professeurs, les curés. Il y a des règlements, il y a Dieu qui édicte des lois qu’on doit observer.

Troisième caractéristique : c’est une spiritualité du combat. On est toujours en train de lutter contre tout ce qui monte en nous (nos pulsions, nos passions, nos envies, nos désirs). Tout cela est mauvais et il faut lutter contre cela. Il faut étouffer cela pour vivre notre devoir.

Et finalement, c’est une spiritualité qui vise à correspondre aux attentes des autres. Je dois avoir le comportement qui convient pour que les autres (mes parents, la société, l’Église, etc…) soient fiers de moi. Sinon, on nous met de côté. Donc, une spiritualité du devoir.

Jésus nous invite à une spiritualité du désir par opposition à une spiritualité des besoins

En réaction à cela, on a vu surgir dans notre monde sécularisé depuis quelques décennies une nouvelle forme de spiritualité qui est une spiritualité du besoin. Donc, la spiritualité doit répondre à mes aspirations personnelles. On reconnaît cette spiritualité dans le langage : « prends soin de toi »; « pense à toi »; « écoute-toi ». Vous voyez. Donc, tout est ramené à soi. Ces spiritualités du besoin reposent aussi sur 4 piliers qui sont presqu’à l’inverse des piliers de la spiritualité du besoin.

C’est une spiritualité qui est basée sur des valeurs subjectives : mes besoins propres, c’est moi qui les décide. Chacun décide pour soi-même quels sont ses besoins. Ce ne sont pas les autorités extérieures à moi qui décident mes valeurs. Ce n’est pas une spiritualité du combat, c’est le contraire. Car le but est la réalisation de mes aspirations : tout ce qui monte en moi, cela est éminemment positif et j’ai à accueillir tout cela afin que cela puisse s’accomplir dans ma vie. Et c’est une spiritualité qui vise mon bien-être personnel peu importe ce que les autres vont en penser, indépendamment du regard des autres. Je cherche ce qui me nourrit personnellement. Alors, ce n’est pas mauvais. Ce sont un peu comme des tendances. Mais Jésus lui veut nous amener complètement ailleurs. Un disciple de Jésus, ce sera autre chose. Ce n’est pas un devoir à accomplir, ce n’est pas des besoins à combler. On ne va pas à Jésus pour combler nos besoins. On l’a déjà commencé à l’entrevoir quand on a parlé de la première rencontre de Jean (le disciple bien-aimé) et d’André son frère avec Jésus. Jésus s’était retourné et leur avait dit : « Que cherchez-vous? » Et les disciples n’avaient pas répondu dans la ligne du devoir. Ils n’ont pas dit : « Maître que devons-nous faire pour …? » Comme le jeune homme riche qui vient voir Jésus : « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle? » Ils n’ont pas répondu dans la ligne d’un besoin spirituel spécifique comme les malades qui venaient à Jésus pour obtenir une guérison. Ils ont répondu : « Maître, où demeures-tu? » Nous voulons demeurer avec toi. Nous voulons être avec toi. Et « être avec », d’une part, c’est le nom propre de Dieu : « On l’appellera l’Emmanuel, Dieu avec nous ». Et même quand Dieu donne son nom à Moïse, avant de l’envoyer libérer son Peuple en Égypte, le mot qu’il va utiliser possède différentes traductions dont l’une est « Je serai avec toi ». Et « être avec », c’est aussi une des plus belles définitions de l’amour humain : « Je serai avec toi ». Est-ce qu’il y a une plus belle parole de dire cela à la personne que j’aime? « Je serai avec toi » indépendamment de tout le reste. Et là, je rejoins ce qu’on appelle le « désir ». Le désir peut avoir différentes significations, mais le désir de tout être humain, c’est d’aimer et d’être aimé mais pas d’un amour quelconque, pas d’un amour de surface. Mais d’un amour en quelque sorte divin, d’un amour éternel. De cet amour qui appelle à « être avec » l’être aimé pour toujours. C’est ici qu’on entre dans la spiritualité du désir. Les disciples ont répondu à la question de Jésus à partir de leur désir le plus profond : on veut être avec toi.

Jésus nous invite à une spiritualité du désir : il est difficile de reconnaître notre désir le plus profond

Mais, ce n’est pas toujours facile de reconnaître c’est quoi mon désir le plus profond. Si je te demandais : « c’est quoi ton désir le plus profond? » Souvent, ce désir est mélangé. Mélangé à des peurs, des angoisses, à toutes sortes d’autres choses. Par exemple, on pourrait essayer de faire la différence entre « le besoin d’être aimé » et « le désir d’être aimé ». Ce sont deux choses très différentes. On a besoin d’être aimé et parce qu’on a besoin d’être aimé souvent on va faire des choses pour être aimé. Ce n’est pas toujours bon cela. Cela peut marcher un certain temps : on rend service et on donne et on ne dit jamais non pour être aimé. Cela peut combler un certain besoin d’être aimé mais cela ne comble pas le désir d’être aimé. Et intérieurement on sent bien qu’on est insatisfait. Le désir profond demeure insatisfait parce qu’on sent que cela est un amour de surface, c’est un amour fragile, c’est un amour qui est faux parce qu’il faut sans cesse le mériter. Et même il faut sans cesse que je renonce à mon désir le plus profond pour pouvoir être aimé parce que si je suis vraiment moi-même, la personne va arrêter de m’aimer. Vous voyez. Alors on voit bien que ce n’est pas cela que Jésus veut. Nous ne sommes pas dans cet ordre-là du tout.

Deux autres éléments pour nous aider à distinguer le « besoin » et le « désir » : les besoins sont multiples. Ils vont dans toutes les directions et souvent ils nous entraînent à entrer dans un monde de consommation pour combler nos besoins. Tandis que le désir, en général, il est unique et lorsque nous sommes attentifs à ce désir, il nous éloigne de la mentalité de consommation en nous ramenant à l’essentiel. Pour combler nos besoins, souvent il faut payer, dépenser, acheter, il faut faire ceci ou cela. Ce qui comble notre désir est toujours gratuit car autrement ce serait injuste. Vous vous souvenez peut-être, c’est une des belles prophéties d’Isaïe qui disait : « Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne rassasie pas? Venez ici sans argent et sans rien payer. » (…)

Donc, prenez quelques instants pour regarder dans votre propre vie comment votre relation avec Jésus vous aide à retrouver votre désir le plus profond et à vivre en fidélité à votre désir le plus profond.

SOURCE : CHAÎNE YOUTUBE DE NICOLAS TREMBLAY

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Nicolas Tremblay
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Nicolas Tremblay est prêtre dans le diocèse de Joliette.

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