Mes épreuves sont trop dures – 1

La paix que Jésus promet à ses disciples n'est pas celle du monde

« Tout est grâce! » Il y a des moments où nous avons vraiment l’impression que Dieu exagère: les difficultés s’amoncellent et nous ne pouvons nous empêcher de crier: « Trop, c’est trop, Seigneur! Tu devrais t’arranger pour que les tuiles ne tombent pas toujours sur les mêmes. Comment puis-je, dans ces conditions, obéir encore à l’exhortation de l’Apôtre: « Soyez toujours joyeux! »? « 

Depuis plus d’un siècle Thérèse a aidé des millions de chrétiens à répondre à cette question, car c’est au milieu de souffrances multiples qu’elle a offert à Dieu des milliers de sourires. En scrutant l’Écriture et en méditant l’imitation de Jésus-Christ, elle a découvert le secret de rester en paix en toutes circonstances, malgré les blessures de son affectivité et les souffrances de son corps.

Descendre dans le fond de mon coeur

Pour comprendre la coexistence possible de la souffrance et de la joie dans l’âme des saints, il faut se rappeler que cette joie – qu’il vaut peut-être mieux désigner par le mot paix (Ph 4, 7) – est vécue au niveau de ce que la Bible appelle le coeur, c’est-à-dire à un niveau plus profond que: 

  • la zone corporelle, qui est peut-être alors toute plongée dans une souffrance physique particulièrement pénible;
  • la zone affective, qui est peut-être alors tout envahie par une peine qu’on n’arrive pas à oublier. 

La paix que Jésus promet à ses disciples n’est pas « celle du monde » (Jn 14, 27); elle n’est pas la tranquillité que procure l’absence de tout souci personnel ou familial, mais la paix profonde du coeur que procure la certitude que Dieu est là, qu’Il nous aime et que la généreuse acceptation de cette souffrance va contribuer au salut du monde. 

Très grande déception et très grande paix

Comme tous les saints, Thérèse a souvent fait l’expérience de la coexistence dans son âme d’une très grande déception et d’une très grande paix. Le 31 octobre 1887, elle se rend avec son père à Bayeux pour y rencontrer Mgr Hugonin et lui demander la permission d’entrer au Carmel deux mois plus tard. La réponse négative qu’elle reçoit de l’évêque n’entame pas sa paix profonde. 

« Mon âme est plongée dans l’amertume , écrira-t-elle plus tard, mais aussi dans la paix, car je ne cherchais que la volonté de Dieu ». Même expérience le 20 novembre suivant après l’échec de sa demande auprès de Léon XIII: « Au fond du coeur je sentais une grande paix, puisque j’avais fait absolument tout ce qui était en mon pouvoir pour répondre à ce que le Bon Dieu demandait de moi, mais cette paix était au fond et l’amertume remplissait mon âme, car Jésus se taisait ». 

Un an et demi plus tard, alors qu’elle vient de prendre l’habit du Carmel sous le nom de soeur Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face, elle apprend que son papa chéri vient d’être enfermé à l’asile du Bon Sauveur de Caen. Elle expérimente avec encore plus de force qu’à Bayeux ou à Rome que la paix reste possible, alors qu’une immense tristesse envahit son âme. « Souffrons en paix! écrit-elle le 4 avril 1889 à sa soeur Céline. J’avoue que ce mot de paix me semblait un peu fort mais, l’autre jour, en y réfléchissant, j’ai trouvé le secret de souffrir en paix… Qui dit paix ne dit pas joie, ou du moins joie sentie… Pour souffrir en paix, il suffit de bien vouloir tout ce que Jésus veut ». Trois semaines plus tard, le 26 avril, elle écrit dans le même sens: « Souffrons avec amertume, sans courage! Jésus a souffert avec tristesse! Sans tristesse, est-ce que l’âme souffrirait? Et nous voudrions souffrir généreusement, grandement!… Céline! Quelle illusion! ». 

Imiter Jésus en souffrant

Thérèse reprend ici littéralement une formule chère au Père Pichon, son père spirituel: « Jésus a souffert avec tristesse… Sans tristesse est-ce que l’âme souffrirait ». Thérèse avait pu lire cette sentence dans le cahier où soeur Marie-Joseph avait recopié le canevas des causeries données par le père jésuite au cours de la retraite qu’il avait donnée à Lisieux en octobre 1887. 

Très jeune, Thérèse a donc parfaitement compris qu’il était tout à fait possible d’être à la fois triste et en paix. Plus tard elle fut heureuse de découvrir dans son Imitation de Jésus-Christ une réflexion de Félicité de Lamennais qui affirmait que Jésus lui-même avait connu en son âme cette coexistence de la souffrance et de la joie: « Notre Seigneur au jardin des Oliviers jouissait de toutes les délices de la Trinité et pourtant son agonie n’en était pas moins cruelle ». Citant cette parole le 6 juillet 1897, Thérèse ajoutait: « C’est un mystère, mais je vous assure que j’en comprends quelque chose par ce que j’éprouve moi-même ». 

Bienheureux et souffrant

Dans sa lettre du 6 janvier 2001 sur le troisième millénaire, Jean-Paul II cite cette réflexion de Thérèse pour nous rappeler que la souffrance indicible que le Christ a connue face au péché du monde ne l’a jamais empêché de rester toujours joyeux tout au fond de son être. Et le pape d’ajouter: « Bien souvent les saints ont vécu quelque chose de semblable à l’expérience de Jésus sur la croix, dans un mélange paradoxal de béatitude et de douleur ». Dans le dialogue de la Divine Providence, Dieu montre à Catherine de Sienne que dans les âmes saintes peuvent être présentes à la fois la joie et la souffrance: « Et l’âme est bienheureuse et souffrante: souffrante pour les péchés du prochain, bienheureuse par l’union et l’affection de la charité qu’elle a reçue en elle. Ceux-là imitent l’Agneau immaculé, mon Fils Unique, lequel sur la Croix était bienheureux et souffrant ». 

Le sourire de Thérèse – comme d’ailleurs celui de tous les saints – ne doit donc pas nous faire illusion. C’est tout au fond de son coeur qu’elle a pu rester joyeuse au milieu de ses épreuves physiques et morales. Le 30 juillet 1897, deux mois avant sa mort, elle disait tout en montrant un verre qui contenait un remède très amer mais qui ressemblait à une délicieuse liqueur de groseilles: « Ce petit verre est l’image de ma vie. Aux yeux des créatures, je buvais des liqueurs exquises… et c’était de l’amertume. Je dis « de l’amertume » mais non! Car ma vie n’a pas été amère, parce que j’ai su faire ma joie et ma douceur de toute amertume ». (…)

Quels sont donc les aspects de la Bonne Nouvelle que méditait Thérèse pour vivre en paix toutes ses épreuves?

(À suivre)

Cet article est extrait de la revue « Sainte-Rita » du mois de Juin 2017. 
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Pierre Descouvemont
A propos Pierre Descouvemont 5 Articles
Pierre Descouvemont est un prêtre du diocèse de Cambrai et docteur en théologie. Il est auteur de nombreux ouvrages, poursuit actuellement un ministère d’enseignement (conférences, retraites) et anime des chroniques sur différentes radios chrétiennes. Il a ouvert en 2015 un site internet où il met à disposition nombre de ses enseignements.

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