L’emprise du désir passionné (concupiscence) dans le Christianisme

Résumé: L’emprise du désir passionné (concupiscence) dans le Christianisme en particulier chez saint Paul et saint Augustin

L’emprise du désir passionné (concupiscence) dans le Christianisme

… chez S. Augustin

Saint Augustin est né à Thagaste, en Numidie (une partie de l’Algérie actuelle), le 13 novembre 354. Son père était païen et sa mère – S. Monique – chrétienne. Il eut une jeunesse dissipée. Professeur de rhétorique à Thagaste, à Carthage, puis à Milan, il y connut S. Ambroise, qui réunissant ses efforts à ceux de S. Monique, réussit à le convertir. Il se fit baptiser à l’âge de 32 ans et retourna à Thagaste. Prêtre, puis évêque d’Hippone, il y mourut durant le siège de la ville par les Vandales.

L’emprise du désir passionné (concupiscence) dans le Christianisme: dans les Confessions d’Augustin

Dans un livre intitulé « Les confessions », Augustin raconte sa vie intime avant sa conversion. Ce livre exerce depuis seize siècles une influence considérable qui fait qu’Augustin est le seul théologien chrétien qui soit toujours resté populaire. Il y raconte qu’il aimait le jeu plus que l’école, la gourmandise plus que l’austérité. Au sortir de l’adolescence, il résume ses fortes concupiscences en ces termes : « Cherchant à contenter les ardeurs que je ressentais pour les voluptés les plus grossières, je me livrais à une infinité de passions qui, pullulant de jour en jour dans mon cœur, y firent comme une forêt épaisse. » Cette crise prend toute son intensité en sa seizième année, une crise aggravée par l’oisiveté. A Carthage, où il arrive vers l’âge de 17 ans, il confesse qu’il désire surtout aimer et être aimé. A 19 ans, il vit en concubinage, un état qu’il impute à l’ardeur folle de son impudicité. Il a, de cette liaison, un fils dont il fit d’abord hommage à Dieu en le nommant Adéodat (A Deo datus : donné par Dieu).

Après 13 années de vie commune, il renvoie la concubine d’une manière assez indigne. Ses amis le décident à aller s’établir à Rome, espérant pour lui plus de profit, plus d’honneur et des élèves plus convenables qu’à Carthage. Il y tombe malade. Pour s’assurer un salaire plus certain qu’à Rome, le voilà à Milan où il découvre S. Ambroise. La chasteté, la continence qu’enseigne l’Eglise le retiennent loin du baptême. Grâce à S. Ambroise, il reprend la lecture de la Bible et découvre S. Paul. Il y découvre les merveilles de la conduite de Dieu sur les humains. Quel état choisir ? Son ami Pontitien lui donne l’exemple de S. Antoine, ermite. Il en résulte une crise décisive qu’Augustin évoque comme « une furieuse tempête suivie d’une pluie de larmes. » Une voix venue du ciel le pousse à ouvrir la bible. Il y lit : « Point de ripailles, ni d’orgies, pas de luxure ni de débauche, pas de querelles, ni de jalousies, mais revêtez-vous de Jésus Christ et prenez garde de ne pas satisfaire les désirs déréglés de la chair. » (Rm. 13, 13-14)

Aux fêtes de Pâques 387 il est baptisé et se décide pour le célibat. Retourné à Thagaste, il fonde une communauté dans une simple maison de campagne, partageant son temps entre la prière, le travail et l’étude. Sa réputation le conduit à être consacré évêque en 395. Il sera évêque d’Hippone en 396.  Il y meurt le 28 août 430 après avoir mené ses grands combats contre les manichéens, les donatistes et les pélagiens.

L’emprise du désir passionné (concupiscence) dans le Christianisme… chez S. Paul

La concupiscence (concupiscentiam) ou le désir passionné (πιθυμία) des biens terrestres jusqu’à en être esclave est puissant :

  • Augustin est longtemps empêché de demander le baptême à cause de la force de ses désirs passionnels.
  • Paul éprouve une véritable angoisse devant la puissance du péché (ou du désir mauvais) « Je me complais dans la loi de Dieu du point de vue de l’homme intérieur ; mais j’aperçois une autre loi dans mes membres qui lutte contre la loi de ma raison et m’enchaîne à la loi du péché qui est dans mes membres. Malheureux homme que je suis ! » (Rm. 7, 23-24)
  • Cette tendance au péché reste même après le baptême, comme en convient S. Augustin. Cependant il s’agit d’un « dérèglement » du désir. Comment donc, comme le demandera plus tard S. François de Sales, « mettre ordre à nos désirs » ? Voilà la question de S. Paul dont la réponse nous est donnée dans l’Evangile d’aujourd’hui.

    L’emprise du désir passionné (concupiscence) dans le Christianisme :

Le désir passionné…  Ce qu’est un désir passionné peut être compris par l’étymologie du mot.

Dans la langue grecque le mot est construit à partir du préfixe « sur » (« ἐπί ») et du substantif « désir passionné » (« θυμός »). Ce désir passionné « vers » ou « sur » est toujours Ainsi :

  • Du désir des richesses ou autres biens : « La séduction (ἐπιθυμίαι) de la richesse et les autres convoitises (ἐπιθυμίαι) […] pénètrent et étouffent la parole. » (Mc. 4, 19)
  • Du désir de Jésus de manger la Pâque une dernière fois avec Ses disciples. « J’ai ardemment désiré (Ἐπιθυμίᾳ ἐπεθύμησα: avec désir, j’ai désiré) manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. » (Lc. 22, 15)
  • Du désir homicide des Juifs de Jérusalem : « Ce sont les désirs (ἐπιθυμίας) de votre père que vous voulez accomplir. Il était homicide dès le commencement. » (Jn. 8, 44) Le « père » en question est le diable dont les Juifs sont la progéniture.

L’emprise du désir passionné (concupiscence) dans le Christianisme : Ce qu’est un désir passionné peut être compris par l’Ecriture.

Pour S. Paul, le désir est une forte impulsion du cœur. Le désir peut être excellent ou foncièrement pervers, mais il a toujours son origine dans le cœur. Ainsi :

  • De la passion homosexuelle. « Aussi Dieu les a-t-il livrés selon les convoitises (ἐπιθυμίαις) de leur cœur à une impureté où ils avilissent leurs propres corps, eux qui ont […] adoré et servi la créature de préférence au Créateur. » (Rm. 1, 24)
  • Le désir du cœur se répand dans le corps. « Que le péché ne règne plus dans votre corps mortel de manière à vous plier à ses convoitises (ἐπιθυμίαις). » (Rm. 6, 12)

Ce qu’est un désir mauvais peut être compris par l’Ecriture encore. Le désir mauvais est « capricieux » et a sa source dans « les pensées coupables ».

  • Paul se rappelle cet état dans lequel il vivait, un état excité par « le Prince de l’empire de l’air » : « Nous tous d’ailleurs, nous fûmes jadis de ceux-là, vivant selon nos convoitises charnelles (ἐπιθυμίαις τῆς σαρκὸς), servant les caprices de la chair et des pensées coupables. » (Ep. 2, 3)

L’emprise du désir passionné (concupiscence) dans le Christianisme : Le remède à la convoitise mauvaise…

Pour S. Paul, le remède à la convoitise mauvaise consiste à :

  • Ne pas se soucier de ses désirs passionnés. « Revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ et ne vous souciez pas de la chair pour en satisfaire les convoitises (ἐπιθυμίας). » (Rm. 13, 14)
  • Renouveler sa manière de penser : « Il vous faut abandonner votre premier genre de vie et vous dépouiller du vieil homme, qui va se corrompant au fil des convoitises (ἐπιθυμίας) décevantes, pour vous renouveler par une transformation spirituelle de votre jugement. » (Ep. 4, 21-22)
  • Se rappeler que la chair avec ses passions et ses convoitises a été mis à mort, crucifié à la croix : « Ceux qui appartiennent au Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises (σὺν τοῖς παθήμασιν καὶ ταῖς ἐπιθυμίαις) » (Gal. 5, 24)
  • Se laisser conduire par l’Esprit. « Or, je dis : laissez-vous mener par l’Esprit et vous ne risquerez pas de satisfaire la convoitise charnelle (ἐπιθυμίαν σαρκὸς) » (Gal. 5, 16) Il y a d’un côté la chair avec ce qu’elle produit : « fornication, impureté, débauche, etc. » (Gal. 5, 19) Et de l’autre, l’Esprit.  (Gal. 5, 14.18.22)

L’emprise du désir passionné (concupiscence) dans le Christianisme : Conclusion : Changer l’âme-même du désir… 

Dans l’évangile, Jésus suggère à ceux qui Lui appartiennent :

  • D’abandonner leur fardeau. « Venez à Moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau. » (Mt. 11, 28)
  • De prendre Son joug. « Prenez sur vous Mon joug, devenez Mes disciples, car Je suis doux et humble de cœur. […] Oui, Mon joug est facile à porter, et Mon fardeau, léger. » (Mt. 11, 29-30)

… selon S. Jean

Saint Jean évoque ce joug comme étant les commandements du Christ. Ils ne sont pas « pesants ». (1 Jn. 5, 4) En effet, ils se résument à l’unique commandement de l’amour, (cf. 1 Jn. 3, 11) nous le savons. C’est évidemment moins pesant que le fardeau de la loi mosaïque dont les préceptes se montent à plus de six-cents !

… selon S. Paul

Le « fardeau » peut aussi être celui du « désir ». Le désir peut être un fardeau insupportable. Saint Paul s’exclame : « Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps qui me voue à la mort ? » (Rm. 7, 24) Ce corps dont Paul parle est celui d’un corps esclave des désirs mauvais. Jésus libère de ce désir mauvais par le baptême dans l’Esprit Saint. Grâce à Lui, le désir est transformé. L’arbre (le désir) est donne de bons fruits, le premier étant « l’amour » (Gal. 5, 22)

… est de venir au Christ

La mauvaise tactique, pour échapper à l’inclination au péché (fomes peccati) est de compter sur sa volonté, comme les Galates qui comptent se sortir des désirs mauvais en se protégeant avec la loi mosaïque. Jésus suggère plutôt de « venir à Lui ». Venir à Lui c’est accueillir « le désir de l’Esprit » (Rm. 8, 6), plutôt que « le désir de la chair ». Il est « inimitié contre Dieu » et ne peut se soumettre à la loi de Dieu.  (Rm. 8, 7) C’est de l’Esprit que nous sommes « débiteurs ».  (Rm. 8, 12) De Ses désirs, non de ceux de notre « corps de péché ». (Rm. 6, 14)

 

Prions : « Seigneur, fais-nous la grâce de toujours accueillir les désirs de l’Esprit et non ceux de la chair,  nous T’’en prions. Amen. »

Question : Comment échappez-vous au fardeau de vos propres désirs ?

Suggestion : Prendre un temps d’adoration, de lecture biblique.

Oraison jaculatoire : « Mon âme a soif de Toi ! » (Ps. 63, 2)

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Geoffroy de Lestrange
A propos Geoffroy de Lestrange 75 Articles
Le père de Lestrange, curé dans le monde rural, a fait ses études supérieures aux États-Unis. Il y a découvert le Renouveau charismatique catholique ainsi que les églises évangéliques. Bénédictin, puis profès simple chez les frères de Saint-Jean, il a découvert par ces contacts divers, l'importance de la prière pour une nouvelle Pentecôte dans l'Église, souhaitée par tant de papes.

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