La relation d’aide et l’Église

De l’aide dans l’Église ! Tu blagues ?

  • Veux-tu bien me dire pourquoi tu vas encore à l’église ?
  • Qu’est-ce que tu trouves là-dedans ?
  • Plus personne ne va à l’église de nos jours ! Tu n’as rien à faire de mieux ?

Si comme moi, vous fréquentez régulièrement une église, et que vous vivez au Québec, c’est le genre de questions que l’on vous pose régulièrement. À moi, lorsqu’on me pose ce genre de question, la plupart du temps, en accord avec mon caractère, les réponses qui me viennent à l’esprit sont pleines de franchise et spontanées. Des réponses simples, tel que :

  • Parce que, parfois je ressens un vide incommensurable dans ma poitrine, et seul Dieu peut le combler !
  • Parce que j’allais mal, et depuis que je vais à l’église, je me sens beaucoup mieux !
  • Je vais à l’église, parce que je suis malade spirituellement, et que j’y trouve des soins et de l’aide !

« Ces réponse ne sont-elles pas un peu trop mélodramatiques ? », me direz-vous. J’en conviens, c’est un discours que l’on n’entend pas souvent. Assumer ouvertement sa sensibilité est un luxe que bien des gens n’osent plus se permettre. Ce genre de réponse pas très « à la mode » au sujet de son église d’appartenance provient de personnes qui font un choix particulier : celui de rester en contact avec leurs émotions, d’être « vraies », peu importe le « prix à payer ». Et si ces personnes peuvent sembler bizarres, elles font preuve de courage en laissant entendre qu’elles fréquentent une église, parce qu’elles y cheminent, parce que de l’aide y est disponible, et parce qu’elles y trouvent de la guérison.

Le cœur

Ici, le terme cœur est utilisé dans le sens où il l’est à maintes reprises dans la bible. En effet, le mot cœur, Lebab en Hébreu, est utilisé dans plus de 225 versets de l’ancien testament. Son équivalent en Grec, Kardia, se retrouve dans plus de 150 versets du nouveau testament.

Le dictionnaire « em‑Bible » définit Kardia, utilisé dans ce contexte, ainsi :

  • Le centre et le siège de la vie spirituelle :
  • Âme ou esprit, la source et le siège de tous les désirs, envies, buts, efforts ;
  • Compréhension, faculté et siège de l’intelligence ;
  • De la volonté et du caractère ;
  • De l’âme affectée et mise en mouvement, dans un bon ou mauvais sens, l’âme ; siège des sensibilités, affections, émotions, désirs, appétits, passions». (Référence)

Il est donc parfaitement approprié, pour un chrétien qui s’assume et qui aspire à calquer sa vie sur les écritures, de faire amplement usage de ce terme, de vivre à ce niveau et de chercher à s’entourer de personnes qui partagent cette vision.

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Vivre au niveau du cœur

Dans un monde ancré dans le matérialisme, où « le temps est de l’argent » et où « tout se monnaie », les valeurs humaines et la délicatesse n’ont plus la cote. On se soucie peu du mal que l’on peut causer autour de nous ; ce qui compte, c’est de payer les factures à la fin du mois. Conséquemment, une grande proportion de personnes en quête d’acceptation et d’approbation choisit de vivre à un tout autre niveau, négligeant besoins affectifs et sociaux, en échange de reconnaissance populaire et professionnelle et « laissent les émotions de côté ».

Aussi, la violence omniprésente, et un manque de confiance et de respect mutuel, contraignent plusieurs personnes en manque « d’outils » et de « moyens » pour gérer leurs émotions, à se protéger en se « refermant comme une huître ». Conséquemment, en se coupant ainsi de leurs émotions, ne sachant qu’en faire, elle se coupent aussi par la même occasion de tout sentiment d’empathie, de compassion et d’altruisme et deviennent parfois très « nocives » pour ceux et celles qui gravitent autour d’elles. Elles blessent, souvent sans même s’en rendre compte, et poussent leur entourage à se couper à leur tour de leurs émotions, pour se protéger à leur tour. Cela crée ce que nous pourrions appeler « un cercle vicieux » contagieux, qui se propage tel une épidémie dans l’environnement de chacun de ces individus. Et si une aide pouvant permettre la « réouverture du cœur » et l’apprentissage de la gestion des sentiments est de plus en plus disponible, ces personnes la refusent presque systématiquement, paralysées par l’orgueil, par une éducation rigide, axée sur la performance et le paraître, où le langage du cœur est perçu comme le langage des faibles, ou par la peur de ce qui pourrait surgir de cette « boîte de Pandore », et du grand ménage qu’elles pourraient avoir à faire dans leur vie !

Le langage du cœur

C’est un langage dans lequel la teneur des propos importe plus que les mots. Où les paroles prononcées peuvent changer, pour s’adapter à l’autre, mais où le contenu reste le même. Un langage rempli d’authenticité, que tout chrétien qui se respecte devrait utiliser, surtout quand il est question de Dieu, d’Église et d’évangile; lorsqu’il cherche à propager la Bonne Nouvelle.

Quand on nous pose ce genre de questions sur notre Église, une opportunité nous est offerte, et le langage du cœur est le meilleur outil à privilégier pour la saisir. Il arrive à s’infiltrer par la plus infime brèche et à toucher la personne « mûre » pour l’évangélisation. Toutefois, pour parler ce langage, il faut vivre à ce niveau, et pour ce faire, il faut être prêt à en assumer le prix et savoir s’entourer de personnes capables de nous aider, quand les coups sont trop durs à assumer seul.

Peu importe à quel niveau la personne qui nous adresse ce genre de questions sur notre Église se situe, elle possède un cœur. Et si interagir au niveau du cœur peut parfois être délicat et épuisant, c’est rarement en vain que nous le faisons. Aussi, en général, ce genre de réponses sincères et authentiques « clouera » le bec aux plus vilains et méchants : ceux qui posent ce genre de question aux chrétiens avec pour seul but de semer le doute en eux, ou de les rabaisser. Devant ce genre de réponses franches et dépourvues d’orgueil, où nous assumons le fait que nous allons à l’Église à la recherche d’une aide particulière, et que nous l’y trouvons, elles restent bouche bées et désarmées. Avec elles, la plupart du temps, la discussion se terminera là.

Une autre catégorie de personnes, plus ouvertes, et conscientes d’un « besoin affectif », sera plus sensible à nos réponses. Mais, en raison de l’idée qu’elles ont de l’Église, ou de ce qu’elles en ont connu, elles seront bien difficiles à convaincre. Pour elles, il n’y a pas de solution à la souffrance de l’homme dans une Église. Pour elle, les églises sont des endroits où seuls les « besoins de Dieu » et des prêtres sont comblés. Des endroits où les sols de marbre sont arides et où l’on trouve bien peu de substance pour apaiser la faim et la soif. Elles ne peuvent croire dans la véracité de notre discours et nous voient comme de pauvres victimes, manquant de discernement et faciles à manipuler. Pour elles, fréquenter une église, c’est un peu comme se livrer volontairement en esclavage au service d’une quelconque institution dénuée de valeurs, qui ne cherche qu’à s’enrichir sur le dos des pauvres gens. Elles voient les chrétiens comme des personnes qui vivent dans la peur, qui « font du temps », en attente de l’enlèvement, s’accrochant à l’idée qu’en servant et en donnant aveuglement, sans rouspéter, elles pourront éviter l’enfer. À défaut de s’en prendre à nous, ces personnes s’en prendront à l’institution et aux pasteurs. Toutefois, avec elles, un échange sur le sujet sera possible.

Quand le message passe

Toutefois, en d’autres occasions, en répondant de la sorte aux questions que l’on nous pose, concernant notre appartenance à une Église, une autre catégorie de personnes acceptera humblement nos réponses. Elles resteront, souvent avec étonnement, muettes devant des réponses aussi simples et sincères, puisqu’à des degrés différents, elles se reconnaîtront et s’identifieront dans notre discours. Mises à nues, devant leur propre questionnement, elles se retrouveront alors devant un choix possible. Si, parmi elles, plusieurs décideront d’en rester là, satisfaites de l’état de leur vie « pour le moment », d’autres choisiront d’aller plus loin dans leur quête. Pour elles, notre audace aura été le plus beau des cadeaux : la possibilité d’entreprendre « de grands changements ». Celles qui voudront en savoir plus nous suivront de tout cœur. Pour elles, un besoin d’accompagnement se fera alors sentir. Ici la relation d’aide prendra tout son sens.

La relation d’aide

Ces individus, entreprenant progressivement une remise en question, se retrouveront inévitablement à la recherche de réponses. Bien sûr, certains pasteurs pourront en aider plusieurs, mais dans certains cas, ils auront besoin de support. Plusieurs de ces chrétiens en devenir, assoiffés de Vérité, auront besoin de temps et d’accompagnement si l’on veut qu’ils prennent du mieux et avancent dans le cheminement que l’Eglise propose, qu’ils se greffent à Jésus et qu’ils en viennent à porter du fruit. Des cœurs fermés depuis maintes années voudront revenir à la vie et s’épanouir, ramenant à la lumière des blessures vives et non‑soignées. Bien des insatisfactions, frustrations refoulées et secrets honteux auront besoin d’être entendus. Tant de soins devront être disponibles, dans une Église digne de ce nom, où l’amour et l’accueil de Jésus est la norme.

Si plusieurs d’entre eux trouveront leur nourriture dans la prédication des pasteurs, dans la prière et au contact du Saint-Esprit et des saintes écritures, d’autres auront besoin de soutien de la part des leaders et des anciens, et dans certains cas, de personnes formées en relation d’aide. Parfois aussi, ce seront les pasteurs et les chrétiens plus anciens qui auront besoin du soutien des professionnels en relation d’aide. Les conseillers pourront aussi les aider à trouver de nouveaux outils et de nouvelles avenues pour accompagner et aider les derniers arrivés dans leur famille chrétienne. Et finalement, ce sera l’Église toute entière qui aura bénéficié de l’aide apportée aux « nouveaux nés », lorsque ces derniers pourront dire à leur tour : « Je vais à l’église parce que je cherchais une vie meilleure et que je l’y ai trouvée ! »

Michel Francoeur

Montréal, 2016

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