L’agir Chrétien

Source image: Clip "Miséricordieux comme le Père" de Richard Vidal in: ECDQ TÉLÉ

Le divertissement… 

…d’un homme riche

Chacun connaît cet aphorisme de Blaise Pascal : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. » Il s’avère que cela est vrai, même chez des gens religieux.  Charles Finney, un prédicateur célèbre, aimait à raconter l’histoire suivante : « Un homme de distinction, fortuné, propriétaire d’esclaves, homme gai et agréable, [était] très adonné à la pratique de divers sports et divertissements. Il fréquentait beaucoup son pasteur, et l’invitait souvent à dîner ou à l’accompagner dans ses pratiques sportives ou ses diverses excursions. Le pasteur se pliait de très bonne grâce à ces demandes. Une amitié se développa entre le pasteur et son paroissien, jusqu’au moment où cet homme jovial et riche contracta une maladie incurable.

Quand l’épouse de cet homme mondain apprit qu’il n’avait que peu de temps à vivre, elle s’inquiéta beaucoup de l’état de son âme, et lui demanda tendrement s’il ne voulait pas appeler son pasteur pour avoir un entretien et prier avec lui. Il lui répondit avec émotion : “Non, ma chérie. Ce n’est pas l’homme dont j’ai besoin en ce moment. Il a été mon compagnon, tu le sais, pour la pratique du sport et la recherche des plaisirs. Il aimait la bonne chère et la vie facile. J’ai apprécié sa compagnie. Il a été pour moi un compagnon agréable. Mais je vois à présent que je n’ai jamais eu vraiment confiance en sa piété. Et je n’ai maintenant aucune confiance en l’efficacité de ses prières. Je vais bientôt mourir. J’ai besoin des instructions et des prières de quelqu’un qui a vraiment foi en Dieu. J’ai été souvent avec lui, mais notre pasteur n’a jamais pris au sérieux le salut de mon âme. Ce n’est pas lui qui pourra m’aider en ce moment.” Son épouse fut très affectée, et lui dit : “Que dois-je donc faire ?” Il répondit : “Tom, mon cocher, est un homme pieux. J’ai confiance en ses prières. Je l’ai souvent entendu prier dans la grange ou dans les écuries. J’ai été toujours frappé par le sérieux et la sincérité de ses prières. Je ne l’ai jamais entendu dire quelque chose d’insensé. Il a toujours été un Chrétien honnête et sérieux. Appelle-le.”

Tom fut appelé, et se présenta à la porte. Il ôta son chapeau et regarda avec tendresse et compassion son maître mourant. Le mourant étendit la main, et dit : “Approche-toi, Tom. Prends ma main. Tom, peux-tu prier pour ton maître qui est en train de mourir ?” Tom mit toute son âme dans une prière sincère. » Cet homme  simple avait « accouché » de lui-même dans la solitude des écuries de son maître, comme  Rilke suggère de le faire dans ses « Lettres à un jeune poète » : « Mais surtout, plonger en soi, et pendant des heures, ne rencontrer personne… C’est à cela qu’il faut parvenir… seul, pour « se construire » et après, enfin vivre… Mais il faut, aussi dur que ce soit parfois, en passer par là pour « accoucher » de « soi » ! »

…au temps de Noé

Au temps de Noé, Jésus nous dit que les gens faisaient des actes qui, en soi, n’étaient pas tous répréhensibles : «A cette époque, on mangeait, on buvait, on se mariait. » (Mt.24, 38)

…alors que le Christ revient

Aujourd’hui aussi, le monde ne fait pas que des choses répréhensibles. Mais Jésus à notre surprise, juge différemment des gens dont les actes sont absolument identiques.

…répréhensible ?

Pourquoi cette différence d’appréciation ? En quoi manger, boire, se marier, se distraire, est-il répréhensible ? Ces actes ne sont-ils pas ceux du vivant que nous sommes ? En quoi travailler est-il répréhensible ? Ne faut-il pas gagner sa vie ? Ce sont les questions que nous pose aujourd’hui cet évangile.

 

 Agir…

… à la gloire de Dieu

La raison du jugement si différent des uns et des autres vient de ce qu’il n’existe pas de « divertissements innocents », pas plus que de « travaux innocents. » L’Ecriture nous le rappelle, les actes les plus ordinaires, même manger, boire ou dormir ne peuvent être accomplis sans Dieu : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. » (1 Co.10, 31)

 …de trois manières

En d’autres termes, il n’y a pas d’acte innocent : soit nous agissons avec Dieu, soit nous agissons avec l’Ennemi de nos âmes, soit nous agissons « charnellement », dans le but de vivre notre vie centrée sur nous-même, à la manière des épicuriens que cite S. Paul dans sa 1ère  lettre aux Corinthiens : « Mangeons, buvons, car demain nous mourrons. » (1 Co.15, 32) Dans ce dernier cas, la pensée de Dieu est totalement absente d’une telle manière de vivre.

…pour soi

La vie ordinaire peut être extrêmement pernicieuse, parce qu’il semble qu’objectivement, on puisse ne rien faire de mal. Mais, de fait, on fait de cette vie sur la terre, une idole. On s’y affectionne et, sans s’en rendre compte, le premier commandement n’est plus honoré, pas plus que le second. Dieu n’est plus « premier servi », pas plus que son prochain : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même. » (Lc. 10, 27)

 

Le Chrétien…

…ne s’appartient plus

Cela signifie qu’un agir chrétien est fondamentalement différent de l’agir du monde. Le Chrétien ne s’appartient plus, et son agir ne lui appartient pas : « Ne savez-vous pas… que vous ne vous appartenez pas ? » (1 Co. 6, 19)

…est offert

L’agir chrétien est tel que les actes du Chrétien sont des sacrifices offerts au Père, comme Jésus offrait toute sa vie à son Père : « Ma nourriture, dit Jésus à Ses disciples, est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé. » (Jn.4, 34) Jésus veut que nous l’imitions dans l’abnégation qu’Il fait de Lui-même : « Si quelqu’un veut venir à Ma suite, qu’il se renie lui-même, se charge de sa croix chaque jour, et qu’il Me suive. » (Lc.9, 23) C’est pourquoi Saint Paul recommandera de faire de nos personnes une hostie, un sacrifice : « Je vous exhorte donc, frères, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu. » (Rm.12, 1-2)

…est étranger au monde

Dans ce sens, le Chrétien est en rupture avec le monde qui vit pour lui. Cet égocentrisme du monde est si pernicieux, que S. Paul demande de s’en distancier avec précaution : « Ne vous modelez pas sur le monde présent. » (Rm.12, 1-2)

 …est sel

Jésus va même plus loin. Le Chrétien doit donner « le ton », « la note ». Jésus demande, faut-il le rappeler, que nous soyons le « sel » de ce monde : « Vous êtes le sel de la terre. » (Mt.5, 13)

 

Le Chrétien est comptable…

…de ses divertissements

 Ainsi, le Chrétien est comptable de ses divertissements. Soit ce que je fais a sa source en Dieu, est inspiré de Dieu, est voulu par l’Esprit de Dieu qui m’inspire, soit ce que je fais n’est pas de Dieu : « Un divertissement, pour être “innocent“, doit plaire à Dieu au moment où nous nous y engageons. Il doit avoir pour but de Lui rendre service. Il doit L’honorer plus que tout autre chose que nous aurions pu faire à ce moment-là. » (Charles G. Finney, La puissance d’en haut, éd. Parole de vie, 1997, p. 59)

…de son travail

Le Chrétien est aussi comptable de son travail. Il peut le  faire avec Dieu ou sans Dieu. Un médecin raconte son travail « avec Dieu » dans le journal « Voix » : « Dans ma pratique de médecine familiale, je propose de plus en plus souvent à mes patients, s’ils le souhaitent, d’avoir recours à la prière. (…) Pour citer un exemple : une dame vient à mon cabinet avec de fortes douleurs au bras droit. Le diagnostic ne révéla aucune affection organique. En la questionnant sur sa vie, j’ai compris qu’elle vivait une situation difficile dans son couple. (…) Dans la prière qui suivit et qu’elle souhaitait, elle recommanda son mari à Jésus, lui pardonna et le remit entre les mains de Dieu. (…) La dame fut guérie… » (Voix, n°4/2002, p.18)

…de son argent

Le Chrétien est comptable de son argent. Je me rappelle un routier-scout de 18 ans, de parents très fortunés, empêché de faire sa promesse parce qu’il avait payé à ses camarades routiers, un repas fastueux. Son chef de groupe lui avait expliqué que ce geste n’était pas celui d’un Chrétien.

…de son temps

Le Chrétien est aussi comptable de son temps : « La vie est courte, notre temps est précieux. Un monde de pécheurs doit être éclairé et, si possible, sauvé. Dieu nous demande de travailler tant qu’il fait encore jour. Nous ne pouvons perdre aucune minute. » (Charles G. Finney, ibidem, p.59)

Conclusion : Se réveiller…

L’Avent est un appel à la vigilance, si difficile. « L’heure est venue de sortir de notre sommeil », (Rm.13, 11) dit S. Paul dans sa lettre aux Romains.  Le Christ se tient à la porte de l’humanité, Il frappe. Est-elle prête ? Ne serait-elle pas davantage prête aux divertissements de Noël qu’à L’accueillir ? Peut-elle, au cours des semaines qui viennent, rendre compte de ses actes ? C’est la question de l’Avent.

 

Prions : « Seigneur, Tu frappes à notre porte. Puissions-nous T’entendre !  »

 

Oraison jaculatoire : « Viens, Seigneur Jésus, je T’attends ! »

 

Question : Quelle est la caractéristique d’un agir chrétien ?

 

Suggestion : Prendre le temps, chaque jour, de l’examen de conscience de nos actes. Ai-je écouté le Seigneur aujourd’hui ?

 

Père Geoffroy Delestrange

Homélie pour le 1er Dimanche de l’Avent, année «A »

Dimanche 27 novembre 2016

Mt 24, 37-44

 

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Geoffroy de Lestrange
A propos Geoffroy de Lestrange 75 Articles
Le père de Lestrange, curé dans le monde rural, a fait ses études supérieures aux États-Unis. Il y a découvert le Renouveau charismatique catholique ainsi que les églises évangéliques. Bénédictin, puis profès simple chez les frères de Saint-Jean, il a découvert par ces contacts divers, l'importance de la prière pour une nouvelle Pentecôte dans l'Église, souhaitée par tant de papes.

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