Quelle est la place de Jean dans l’Église?

Retraite de carême 2021 : 7° jour, 2° entretien

Résumé : Quelle est la place de Jean dans l’Église? Jean rappelle à l’Église deux choses importantes : Jésus est le Sauveur et l’amour est premier.

Les liens qu’il y a entre Pierre et Jean sont nombreux et profonds

Nous poursuivons notre réflexion sur l’Église selon la vision de saint Jean. Nous allons nous arrêter maintenant aux liens qu’il y a entre Pierre et Jean dans l’Église afin de découvrir: Quelle est la place de Jean dans l’Église? Pierre et Jean sont des compagnons de jeunesse. Ils étaient des pêcheurs ensemble sur le lac de Tibériade quand Jésus les a appelés. Ils ont été appelés à peu près ensemble pour devenir des apôtres. Ils ont fait partie du trio des apôtres qui étaient les plus intimes de Jésus : Pierre, Jean, Jacques. Ils ont été les témoins privilégiés de la Transfiguration et de l’agonie de Jésus. Pierre et Jean étaient assis tout près l’un de l’autre à la dernière Cène. Ils ont couru ensemble au tombeau le matin de Pâques. Ils étaient ensemble à la pêche quand Jésus ressuscité s’est manifesté sur le bord du lac. Et on les retrouve encore ensemble dans les Actes des Apôtres pour la première guérison et pour la première mission en Palestine. Donc, deux personnes qui sont très proches par leurs liens du cœur. Et qui sont en même temps très différents l’un de l’autre.

Quelle est la place de Jean dans l’Église? Parmi les autres apôtres : Pierre, Paul, André, Jacques

La question que nous nous posons aujourd’hui est : qu’est-ce que l’évangile de Jean apporte à l’Église et à notre compréhension de ce qu’est l’Église? En d’autres mots : Quelle est la place de Jean dans l’Église? Car quand on pense à l’Église, on pense d’abord spontanément à Pierre, le chef de l’Église institué pour être le roc sur lequel il va fonder son Église et qui va devenir le premier Pape, etc… Pierre est souvent représenté avec sur la tête une église et dans les mains des clés. Quand on pense à l’Église, on peut penser aussi à Paul qui a fondé toutes les communautés chrétiennes partout dans l’Empire romain et qui est associé spontanément à Pierre. Le 29 juin, on fête dans la liturgie Pierre et Paul ensemble comme deux piliers de l’Église. Quand on pense à l’Église, peut-être que les plus cultivés parmi nous peuvent penser à André qui est très important pour les Églises d’Orient parce que selon la Tradition, c’est lui qui aurait consacré le premier évêque de Constantinople. Constantinople est un peu comme la Rome des églises d’Orient. On pourrait aussi penser à Jacques qui a été le premier évêque de l’église de Jérusalem. Mais Jean, qu’est-ce que Jean vient faire dans l’Église? Quelle est la place de Jean dans l’Église?

Quelle est la place de Jean dans l’Église? Jean rappelle que le salut vient par Jésus et que l’amour a la priorité

Je vous donne tout de suite la réponse et ensuite nous irons voir comment cela s’exprime dans les textes. Donc, Jean rappelle à l’Église de tous les temps deux choses extrêmement importantes : Premièrement, le salut vient par Jésus et non pas par l’Église. C’est Jésus qui est le Sauveur, l’Église est au service du salut apporté par Jésus. Deuxièmement, la chose la plus importante dans l’Église, c’est l’amour et non pas l’autorité et non pas le Pape, et non pas les évêques et toute la hiérarchie. Et non pas toute l’organisation pastorale. L’autorité dans l’Église, c’est une autorité d’amour et toute l’organisation pastorale est au service de l’amour. Jean nous dit : « Vous pouvez faire toutes les réflexions que vous voulez sur l’Église, sur les fondements de l’Église, sur l’organisation de l’Église, mais rappelez-vous toujours que si vous ne demeurez pas dans l’amour de Jésus alors tout le reste ne sert à rien. Demeurez dans mon amour ».

Quelle est la place de Jean dans l’Église? Pierre est le chef des apôtres

Je vous donne quelques exemples comment cela est exprimé dans les textes de manière très belle et délicate. Tout d’abord, je vous propose un rapprochement de manière très personnelle entre deux textes de l’évangile : Matthieu 16, 18 : « Jésus dit à Pierre : Et moi je te le déclare : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Et la puissance de la Mort ne n’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du Royaume des Cieux ». Ce n’est pas rien. Jean, dans son évangile, ne rapporte pas cette parole de Jésus (évidemment). Il ne rapporte aucune parole de Jésus qui donne à Pierre une responsabilité quelconque dans l’Église. Ou une primauté à l’intérieur du groupe des apôtres, sauf à la toute fin de l’évangile (on y reviendra). D’ailleurs dans son évangile, Jean ne nous rapporte aucune parole de Jésus qui donne une place particulière au groupe des apôtres. Le mot « apôtre » n’apparaît pas dans son évangile. Il n’y a pas d’envoi en mission des Douze ou des 72 durant le ministère de Jésus. Et même à la multiplication des pains, là où les Synoptiques vont dire : « Jésus donna les pains aux disciples et les disciples les donnèrent à la foule ». Ainsi, il donne une mission aux disciples. Jean lui dit : « Jésus donna les pains à la foule ». Il n’y a pas d’intervention des disciples. Il n’y a pas de médiateurs. C’est directement Jésus qui partage le pain.

Quelle est la place de Jean dans l’Église? Pierre a les clés du Royaume mais c’est Jésus qui est la Porte selon Jean

On revient aux « clés ». Jésus a remis à Pierre les clés du Royaume des Cieux. Très bien. Qu’est-ce que dit l’évangile de Jean? Il rapporte les paroles où Jésus affirme solennellement : « Je suis la Porte des brebis ». C’est une drôle d’affirmation : je suis la porte. On a toujours un peu de misère à réfléchir là-dessus. Mais vous voyez le lien : Pierre a reçu les clés, bravo! Mais rappelle-toi que c’est Jésus qui est la Porte. C’est par lui et par lui seulement qu’on entre dans le Royaume de Dieu. Les évangiles précisent : « Jésus dit : Moi je suis la Porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé. Il pourra entrer. Il pourra sortir. Il pourra trouver un pâturage ». Vous voyez le lien : Jean respecte le fait que Pierre a reçu les clés mais il lui rappelle que Jésus est la Porte. L’un n’exclue pas l’autre mais il y a un ordre de priorité. Au dernier repas, au moment où Jésus annonce sa trahison, il dit ceci : « Il y avait à table, appuyé contre Jésus l’un de ses disciples, celui que Jésus aimait. Simon Pierre lui fait signe de demander à Jésus de qui il voulait parler ». Vous voyez l’image? Il y a Jésus, il y a Jean, le disciple bien-aimé et il y a Pierre. Qui est le plus proche de Jésus? Ce n’est pas l’autorité, c’est le disciple bien-aimé. Celui qui aime. Même chose le matin de Pâques : les femmes sont allées au tombeau, le tombeau est vide, les femmes courent rejoindre les apôtres, elles disent cela aux apôtres : le tombeau est vide et là, Pierre et Jean partent ensemble à la course vers le tombeau. Et Jean dit ceci : « Pierre partit donc avec l’autre disciple, celui que Jésus aimait, pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensembles mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat, cependant il n’entre pas. Simon-Pierre qui le suivait arrive à son tour, il entre dans le tombeau, il aperçoit les linges. C’est alors que l’autre disciple, celui qui arriva le premier au tombeau entra lui aussi. Il vit et il crut. » L’amour est toujours le premier. Il arrive le premier et il croit le premier. Mais l’amour respecte l’autorité. Il laisse entrer Pierre dans le tombeau pour confirmer les faits. Le rôle de l’autorité est de confirmer les faits. Mais c’est l’amour qui arrive le premier. Et ce sera la même chose à l’apparition sur le bord du lac : les apôtres sont allés à la pêche, ils n’ont rien pris et là quelqu’un arrive sur le rivage et leur dit de jeter les filets à droite de la barque et vous prendrez du poisson. Et là, Jean va dire : « C’est le Seigneur » Qui reconnaît que c’est le Seigneur? C’est Jean. Ce n’est pas Pierre. Après, Pierre s’habille, se jette à l’eau et va à la rencontre de Jésus. C’est l’amour qui reconnaît Jésus le premier et qui croit le premier.

Selon Jean, Jésus est le seul Sauveur et l’amour est toujours premier

On arrive à la fin de l’évangile et il y a ce dialogue si beau entre Jésus et Pierre, dialogue qui va nous redire une fois de plus les deux choses importantes que Jean veut nous rappeler concernant l’Église. Qu’est-ce que Jésus fait au moment de rétablir Pierre dans sa charge pastorale? Premièrement, il l’invite à confesser son amour : « Pierre m’aimes-tu? » Ce qui est premier, c’est l’amour. Oui tu peux avoir un poste d’autorité, une charge pastorale dans l’Église, mais à condition que d’abord et avant tout tu m’aimes. Si tu m’aimes, alors oui tu peux avoir cette responsabilité. Et ensuite, deuxième élément il va lui dire : « Pais mes brebis! » Rappelle-toi que ce sont mes brebis et non pas les tiennes. Donc, est-ce que Jean a une place importante dans l’Église? Est-ce que l’évangile de Jean a quelque chose d’important à nous dire concernant la vie de l’Église? Bien sûr. Deux choses super importantes qu’il ne faut jamais oublier : premièrement, c’est Jésus, c’est lui seul qui est le Sauveur. Et deuxièmement, toujours et partout, c’est l’amour qui aura la première place. Alors, laissons Jésus ressuscité nous redire, spécialement en ce temps de retraite, « demeurez dans mon amour ».

SOURCE : CHAÎNE YOUTUBE DE NICOLAS TREMBLAY

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Nicolas Tremblay
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Nicolas Tremblay est prêtre dans le diocèse de Joliette.

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