L’amour, substance de la loi

l'obéissance de Martin de Porrès

Introduction : La loi accomplie …

… par S. Martin de Porrès                        

Chers frères,                                                  

Une paroissienne m’appelle. Elle est en pleurs. N’a-t-elle pas été désobéissante? Je lui fais écrire mentalement, en grosses lettres, le mot : DESOBEISSANCE. Je lui demande d’effacer mentalement ce mot, lettre par lettre. Je lui demande ensuite d’écrire mentalement le mot qui lui vient à l’esprit. Elle me dit : AMOUR. Je lui demande alors d’écrire mentalement ce mot lettre par lettre, puis je lui raconte l’histoire de S. Martin de Porrès qui avait manqué à l’obéissance.

Martin était avant tout un religieux rempli de charité. Cette charité était agissante. Enfant, sa mère l’envoyait faire des courses avec le peu d’argent qu’elle avait gagné. Il rentrait de ses commissions avec beaucoup de retard. En chemin, il avait « perdu du temps » à l’église pour y passer de longs moments, agenouillé et en silence devant le crucifix ou devant la statue de la Vierge Marie. Il avait aussi « perdu du temps » avec les pauvres mendiants dans les rues de Lima à qui il avait donné bien souvent la quasi-totalité de son panier. A l’âge de 15 ans, il entre au couvent des Dominicains du Saint Rosaire et demande à être accepté comme familier, au bas de l’échelle.

Au couvent, il accomplit des tâches très humbles. Adolescent, il avait été « barbier ». A l’époque le barbier était aussi infirmer. En dehors du couvent, il s’occupe donc des malades de la ville. En outre, il organise une soupe populaire qui nourrit quelques centaines de Péruviens par jour. Pour faire face à la dépense, il quémande auprès des riches qui lui font entière confiance. Véritable « apôtre de la charité » (un titre donné par Jean XXIII à sa canonisation), il est vraiment l’ami de Dieu, des hommes et de la création toute entière. Alors que des souris viennent manger le linge de la sacristie, il ordonne à l’une d’entre elles qu’il a surprise, d’aller chercher toutes les autres souris pour aller dans le jardin. Il promet d’y nourrir toute sa cohorte. Quelques minutes après,  une légion de souris se met en rang pour se rendre au jardin. Elles y creusent des trous pour y faire leur nouvelle demeure. Martin leur apporte à manger tous les jours comme il le leur avait promis.

Un jour, sa charité le met devant une situation difficile. Amenant les malades et les blessés des rues de Lima pour les soigner dans sa cellule, ses frères sont indisposés par les odeurs et s’en plaignent auprès du Prieur. Celui-ci ordonne à Martin de ne plus soigner les déshérités au couvent. Martin obéit, mais un soir, il rentre au couvent lorsqu’il aperçoit un Indien blessé qui saigne abondamment. Martin se souvient de l’ordre reçu. Mais il faut agir vite : cet homme, sans soin, va mourir. Il soigne le malade dans sa cellule, panse sa blessure, le lave  et le fait manger. Tôt le matin, il le congédie. Mais un frère l’a vu et le dénonce au Prieur. Martin avoue sa faute. Le Prieur le punit.  Une fois les passions calmées, Martin retourne voir le Prieur qui le supplie de lui expliquer sa désobéissance. Martin est un religieux parfait. En s’excusant, il répond : « J’ignorais que le vœu d’obéissance avait préséance sur le précepte de la charité. » Le Prieur demande pardon à Martin de l’avoir puni et lui dit à la fin : « Vous avez bien agi, cher frère ; la prochaine fois vous pouvez recommencer de la même façon. »

… expliquée par Jésus

« Je ne suis pas venu abolir [la loi], mais accomplir (πληρῶσαι). » (Mt. 5, 17) Le verbe accomplir pourrait être traduit par « remplir ». Jésus utilise ce verbe pour parler de la fin du monde : « Quand [le filet] est plein (ἐπληρώθη), dit-Il, les pécheurs le tirent sur le rivage, puis ils s’asseyent, recueillent dans des paniers ce qui est bon, et rejettent ce qui ne vaut rien. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde.  » (Mt. 13, 48) Jésus vient  pour « remplir » et non pas pour « vider » la loi de sa substance. Vider la loi de sa substance, c’est exactement ce que faisaient les Pharisiens et les scribes. Jésus leur dit : « Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui acquittez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, après avoir négligé les points les plus graves de la Loi, la justice, la miséricorde, et la bonne foi. » (Mt. 23, 23)

… par le disciple

Aussi, la question de ce jour est de savoir en quoi consiste la substance de la loi et comment remplir la loi de sa substance au lieu de la vider.

1. La substance de la loi…

La substance de la loi, c’est l’amour. Jésus « remplit » la loi de cette substance quand Il propose d’aller plus loin que ce que la loi édicte :

  • La loi édictait de ne pas tuer. C’était un minimum. Jésus donne toute sa substance à cette loi en proposant la réconciliation, la communion avec un frère qui a du ressentiment contre vous. Ainsi, Martin de Porrès entend-il qu’un frère est fâché de ce qu’il lui a mal coupé les cheveux. Il va trouver le frère avec un cadeau – des fruits – et lui demande pardon. Ce frère, qui avait médit, en est bouleversé.
  • La loi édictait d’aller devant le juge pour un différend financier. C’était un minimum. Jésus donne toute sa substance à cette loi en demandant de régler ce genre d’affaires sans traîner. Martin de Porrès, ayant appris que son couvent était en grande difficulté financière, va vite voir le Prieur en proposant de se vendre comme esclave pour couvrir les dettes.
  • La loi édictait de ne pas commettre l’adultère. C’était un minimum. Jésus donne toute sa substance à cette loi, en enseignant à ne pas regarder la femme pour la désirer, mais pour l’aimer comme une sœur. Jean XXIII disait de Martin de Porrès que : «  Il aima les hommes parce qu’il les voyait comme […] ses propres frères et sœurs.» En d’autres termes, autrui était un autre lui-même.

La charité…

… nécessite l’oraison

Saint Martin de Porrès était arrivé à la perfection de la loi : la charité parfaite. Comment en était-il arrivé là ? Le Père Garrigou Lagrange dit qu’un tel état est impossible sans l’oraison : « Sans la parfaite oraison on n’arrivera pas à la pleine perfection de la vie chrétienne (La Charité parfaite et les Béatitudes, dans la Vie spirituelle, n°196, 1936). Saint Martin de Porrès,  avant même de rentrer au couvent, se levait avant le jour pour aller à l’église afin de servir la Messe. Après son travail, il s’enfermait dans sa chambre pour prier. Au couvent, la nuit,  Martin priait beaucoup, passant de longues heures devant le Saint Sacrement. Le jour il s’arrêtait pour de courtes et profondes oraisons devant toutes les images pieuses du monastère.

… nécessite l’obéissance au Saint Esprit

A cette vie de prière, Martin ajoutait l’obéissance ponctuelle aux inspirations du Saint Esprit. Il s’était exercé à l’art :

  • De profiter des occasions de la vie pour y trouver Dieu. Le Saint Esprit avait enseigné à Martin le respect des voies de Dieu. A cause de sa peau noire, Martin de Porrès avait été beaucoup humilié. Il avait grandi alors dans l’amour de ceux qui étaient humiliés et de ceux qui humiliaient.
  • D’aimer son prochain. Le Saint Esprit lui inspirait la douceur à l’égard du prochain.  « Le roseau à demi rompu, c’est parfois, dit Bossuet, le prochain en colère, brisé par sa propre colère ; il ne faut pas achever de le rompre… La mansuétude […] parvient à tout dire, à faire passer les conseils, même les reproches, car celui qui les reçoit sent qu’ils sont inspirés par un grand amour. » (Père Garrigou Lagrange, O.P., ibidem) C’est ainsi que Martin de Porrès parvint à convertir son couvent tout entier à la charité par sa bonté à l’égard de ses frères et par sa sagesse.
  • Des larmes. Le Saint Esprit inspirait à Martin les larmes. A ses frères qui lui reprochaient la vermine qu’apportaient les pauvres, Martin aurait dit : « La compassion est préférable à la propreté; faites réflexion qu’avec un peu de savon je nettoierai facilement mes couvertures mais avec un torrent de larmes je ne pourrais effacer de mon âme la tâche qu’y aurait faite la dureté à l’égard des malheureux. » Il pleurait devant Dieu de la dureté des « conquistadors » à l’égard des Amérindiens, des métisses et des Noirs, et en demandait pardon à Dieu en leur nom.

Conclusion : L’incarnation de la charité dans l’âme se fait par…

…  le Christ donné à l’homme

La façon dont Martin de Porrès meurt explique le mystère de l’incarnation de la charité dans cette âme.  C’est alors qu’on pose sur lui le crucifix qu’il expire. En d’autres termes, le Christ Lui-même s’était donné à lui. Le Christ épris d’amour pour Martin, lui avait donné Sa substance, l’Amour. Le Christ s’était incarné en l’un de ses fils, l’un des plus petits de ses fils, comme souvent… 

la contemplation

Si Martin de Porrès était devenu le Christ, c’est parce que lui-même avait saisi le Christ dans la contemplation. Il aimait contempler la croix. Là, il y contemplait l’amour infini du Christ pour lui, pour tous et en était saisi : « Je poursuis ma course, dit S. Paul, pour tâcher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus. » (Ph. 3, 12)

de petits actes

S. Martin de Porrès avait voulu être un « donna », c’est-à-dire un domestique à qui on donnait en compensation la nourriture. Il se plaisait à mettre en pratique cet aphorisme que ma mère me répétait dans ma jeunesse : « La vie humble, aux travaux ennuyeux et faciles, est une œuvre de choix qui veut beaucoup d’amour. » (Paul Verlaine) Sa charité était inséparable d’actes de prévenance, d’attention. Veux-tu, à ton tour, donner la substance de l’amour à la loi ? Veux-tu que l’amour dans ta vie ait préséance sur toutes choses ? Fais les actes de l’amour.

Prions : Seigneur, donne-moi Ta charité, je T’en prie. Amen. »

 

Oraison jaculatoire : « Fais-moi brûler de charité ! »

Question : Par quels actes ai-je rayonné l’amour du Christ, cette semaine ?

Suggestion : Inviter quelqu’un à table ou se faire inviter.

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Geoffroy de Lestrange
A propos Geoffroy de Lestrange 75 Articles
Le père de Lestrange, curé dans le monde rural, a fait ses études supérieures aux États-Unis. Il y a découvert le Renouveau charismatique catholique ainsi que les églises évangéliques. Bénédictin, puis profès simple chez les frères de Saint-Jean, il a découvert par ces contacts divers, l'importance de la prière pour une nouvelle Pentecôte dans l'Église, souhaitée par tant de papes.

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