La foi : un acte de gratitude

La seule raison de cette reconnaissance d’une foi qui sauve non seulement le corps mais l’âme, semble être la gratitude que le samaritain exprime.

Dimanche dernier, des louveteaux et des servants d’autel ont fait un jeu ensemble. A l’issue de ce jeu, j’ai donné des dragées aux deux équipes. Une équipe a su dire merci, l’autre non. Mieux, l’équipe qui ne disait pas merci était mécontente des sachets que je donnais, préférant tel ou tel paquet à ceux que je leur proposais.  

L’histoire que nous avons entendue est bien semblable, même s’il s’agit non d’enfants mais d’adultes: Neuf sur dix ne savent pas remercier et celui qui remercie est un étranger.

A cet étranger, Jésus reconnaît la foi et la foi qui fait entrer dans le Royaume de Dieu, la foi qui sauve : « Jésus lui dit : ‘Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé’ » (Lc.17, 19).  Pourquoi ?

La seule raison de cette reconnaissance d’une foi qui sauve non seulement le corps mais l’âme, semble être la gratitude que le samaritain exprime.

  • Dire merci est-il suffisant pour entrer dans le Royaume ?
  • Être reconnaissant est-il suffisant pour mériter la vie éternelle ?

1. La gratitude, en effet, n’est pas un acte de foi.

Elle est :

    • Un acte de justice (cf. S.Thomas, Somme, II.II Q.80 rép.).
    • Un acte de la vertu de religion (ibidem, II.II Q.106 a.1 sol.1).

    Mais à y regarder de plus près, la gratitude de cet homme a toutes les caractéristiques de l’acte de foi. En effet :

    • Il glorifie Dieu « à voix forte » (Lc.17, 15). Or, « l’œuvre propre de la foi, c’est la confession » (S. Thomas, Somme,II Q.3 a.1 s.c.). S. Thomas fait ici écho à S. Paul : « Si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé » (Rm.10, 9).
    • «Il se jeta la face contre terre aux pieds de Jésus » (Lc.17, 16).  Or ce geste est un geste  qui ne se fait « que devant Dieu » (Sr. Jeanne d’Arc, o.p., Les Evangiles, éd. DDB, 1993, p.141), un geste par lequel l’homme reconnaît son néant devant Dieu.
    • «Il Lui rend grâces» (Lc.17, 16). Or l’action de grâce est une confession de foi : Le samaritain « ne se replie pas sur lui-même » dans la seule satisfaction de sa guérison, il « confesse avec gratitude que Dieu a fait de grandes choses et que saint est son nom  (cf. Lc.1,46-49) », comme le dit de Marie le Catéchisme de l’Église Catholique (n°2097).

    Qu’a donc de particulier la gratitude pour être considérée par Jésus comme un acte de foi ?

    • Les neuf ont su croire en la puissance de Jésus puisqu’ils sont venus vers Lui. A l’évidence, ils avaient suffisamment de foi pour demander la guérison.
    • Mais les neuf n’ont pas su passer de la foi qui demande à la foi qui remercie. Ce passage est si capital, qu’il mérite, aux yeux de Jésus, le nom de foi.

    L’Écriture crédite l’homme de la foi « qui sauve » si celui-ci  est capable d’une des trois confessions suivantes :

    1. La confession de foi  où « la parole extérieure(…) signifie ce que l’on a dans le cœur » (S. Thomas, Somme II.II Q. 3 a.1 rép.). 
    2. L’action de grâce ou de louange qui « tend à rendre extérieurement honneur à Dieu (acte du culte de latrie) » (S. Thomas, ibidem).
    3. La confession des péchés qui tend aussi à reconnaître le néant de l’homme et la grandeur de Dieu. S. Pierre fera une telle confession, à la suite de la pêche miraculeuse: « Il tombe aux genoux de Jésus et dit : ‘éloigne-Toi de moi : je suis un homme pécheur, Seigneur’ » (Lc.5, 18).

    Le samaritain a su confesser extérieurement la grandeur de Dieu, et dès lors, Jésus lui dit qu’il est « sauvé. » A l’inverse, les neuf n’ont pas reconnu que la guérison venait de Dieu, de sa bonté, et, dès lors, se ferment à sa grande œuvre de bonté qui est le salut de l’âme donné par Jésus.  

    Il est mystérieux de penser que des hommes ont bénéficié de la bonté de Dieu et n’ont pas su L’en remercier. Jésus nous donne la clé du mystère : cet homme est un étranger. « Alors Jésus demanda : ‘Est-ce que tous les dix n’ont pas été purifiés ? Et les neuf autres, où sont-ils ? On ne les a pas vus revenir pour rendre gloire à Dieu ; il n’y a que cet étranger !’ » (Lc.17, 17-18).

    • Il n’a pas les mêmes « droits » que les compatriotes de Jésus à sa bonté.
    • Il n’a même aucun « droit » à sa bonté, comme Jésus le rappellera à la Syrophénicienne venue demander d’expulser un démon hors de sa fille : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il ne sied pas de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens » (Mc. 7, 27).
    • Cette absence de « droits » le laisse d’autant plus ému et reconnaissant de sa guérison.
    • Jésus le dira à Simon, un pharisien, peu reconnaissant envers Jésus. Une femme de mauvaise vie est entrée par surprise dans sa maison et a arrosé les pieds de Jésus « de ses larmes» (Lc.7, 44), « les a essuyés avec ses cheveux » (Lc.7, 44), les a couverts de « baisers » (Lc.7, 45) et a répandu du parfum sur ses pieds (Lc.7, 46) : elle manifeste d’autant plus sa reconnaissance que sa dette est grande.
    • Il en est de même de cet étranger: il reçoit la guérison comme un cadeau et non comme un dû, à l’inverse des compatriotes de Jésus qui « exigent » de Lui des signes (Lc.11, 16).
    • Les louveteaux qui me connaissent moins bien que les servants d’autel, trouvent que les dragées sont un cadeau, les servants d’autel trouvent que c’est un « dû » parce que M. le Curé fait des cadeaux de temps en temps.

    Le Pasteur Philippe Joret écrit qu’ « il n’existe que deux religions en ce monde : celle par laquelle ce que l’homme fait lui donnerait accès au salut et celle par laquelle ce que Dieu fait lui permet de recevoir le salut. La première est comme un dû, en réponse aux efforts moraux ou spirituels de l’homme ; la seconde est un don et on le reçoit par la foi » (Les Gdm’s, ça marche ou pas ? éd. Imprimerie Liénhart, 2003, p.27).     

    • La religion du samaritain est celle où le salut est reçu.
    • La religion des neuf autres est celle où le salut est dû. Alors :
    • Ils oublient de remercier Dieu pour ses bienfaits puisque ces bienfaits sont un dû. Israël a connu ce grand malheur de l’ingratitude que rappelle Osée : « Repus, ils se sont enorgueillis et m’ont oublié » (Os.13, 6). « Plus le pays fut prospère, plus il fut idolâtre » (Os.10, 1).
    • Ils ne veulent pas reconnaître que le bienfait vient d’un autre, par orgueil, comme le rappelle le prophète Jérémie : « Mon peuple m’a oublié… Nous voilà nos maîtres » (Jr.2, 31).

    Quels remèdes à l’ingratitude dont le cœur de l’homme est capable ?

    1. Reconnaître que tous les biens que nous possédons viennent de Dieu comme le rappelle Jésus à Marcel Van : « Regarde …ta sœur Thérèse : elle a reconnu qu’elle ne possédait rien, mais en réalité, elle possédait tout, parce que ne possédant rien, elle a tout obtenu » (Marie-Michel, L’amour me connaît, éd. Le Sarment Fayard, 1990, p.41).
    1. Se rappeler les grandeurs de Dieu, comme le fait Marie dans son Magnificat.

                 

    Je prie : « Seigneur, Marie m’enseigne le chemin de la foi : la pauvreté en esprit et la gratitude. Donne-moi de savoir être pauvre et reconnaissant. Amen ».

    Je crie : « Mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur » (Lc.1, 47).

    Seigneur, je Te dis merci :

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Geoffroy de Lestrange
A propos Geoffroy de Lestrange 74 Articles
Le père de Lestrange, curé dans le monde rural, a fait ses études supérieures aux États-Unis. Il y a découvert le Renouveau charismatique catholique ainsi que les églises évangéliques. Bénédictin, puis profès simple chez les frères de Saint-Jean, il a découvert par ces contacts divers, l'importance de la prière pour une nouvelle Pentecôte dans l'Église, souhaitée par tant de papes.

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