Racines amères de jugement

Pour que l’amour circule, nous sommes invités à laisser le Seigneur libérer en nous cette source de l’amour, la source de l’Esprit Saint, la vie de l’Esprit Saint en nous.  Et une des choses qui obstrue cette source de l’amour, qui encombre cette source de l’amour, c’est ce qu’on appelle les inclinations au péché. Plusieurs d’entre vous avez en mains le chapelet au Cœur Immaculé de Marie pour la libération des inclinations au péché, dans lequel j’évoque cinq inclinations au péché, cinq des principales inclinations au péché. Aujourd’hui, j’aimerais revenir sur la première qui est la plus connue, qui est la plus répandue, et qui est la plus tenace, qu’on appelle « les racines amères de jugement« .

Et d’ailleurs il y a quelques jours, je méditais dans un texte de saint Jean de la Croix, saint Jean de la Croix décrit les plus hauts niveaux spirituels, ce qu’on appelle les fiançailles spirituelles, et ensuite le mariage spirituel.  Et il disait qu’au niveau des fiançailles spirituelles, donc qui est un niveau très très élevé, l’âme souffre encore beaucoup et éprouve toutes sortes de douleurs et il dit ceci : « Tant que l’âme n’a pas encore été élevée au mariage spirituel, elle garde quelques racines amères et n’assujettit pas complètement sa nature ». Donc les racines amères sont très tenaces, en particulier les racines amères de jugement. Alors, ce que je propose, je vous fais simplement entendre dans la suite de cet enseignement, un extrait de ce que j’avais proposé à l’occasion d’un ressourcement de carême, dans le diocèse d’Amos, c’était en 2015 je crois. Alors, voici je vous le propose tout simplement. Bonne écoute.

Alors première, on appelle ça : « des racines amères de jugement« , racines amères de jugement.  Une racine, c’est dans la terre, c’est pas visible mais c’est là, amère, de jugement, qui m’amène à porter des jugements.  Je ne sais pas si ça vous arrive vous autres des fois.  Alors deux textes bibliques pour éclairer ça : Hé 12,14-15. Ça dit ceci, écoutez bien : « Recherchez la paix avec tous, et la sanctification sans laquelle personne ne verra le Seigneur.  Veillez à ce que personne ne vienne à se soustraire à la grâce de Dieu; qu’aucune racine amère ne se mette à pousser, à causer du trouble et à infecter ainsi la communauté ».  Que personne ne se soustrait à la grâce de Dieu.  Et là, les racines amères se mettent à pousser, et causent du trouble qui infectent toute la communauté. 

Et le deuxième texte, des racines amères il peut y en avoir de toute sorte, mais on s’arrête à la racine amère de jugement.  Donc, un texte que vous connaissez par cœur, Matthieu 7,1 à 5, donc on est dans le Sermon sur la montagne : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés, car le jugement dont vous vous servez pour les autres, servira aussi pour vous.  Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans le tien, tu ne la vois pas.  Comment peux-tu dire à ton frère : attends je vais enlever la paille, mais tu ne vois même pas la poutre qui est dans ton œil.  Homme au jugement perverti, enlève d’abord la poutre et alors tu verras clair pour enlever la paille de l’œil de ton frère ». Alors, racine amère de jugement ! 

Jugements

Donc, dans nos vies, on porte des jugements, la plupart d’entre nous.  Encore une fois, je ne connais pas chacun d’entre vous là, mais c’est une des inclinations au péché la plus répandue.  On porte des jugements, ça monte spontanément.  C’est pas quelque chose qu’on a réfléchi longtemps, on a étudié la personne, puis là après mûre analyse… ça monte spontanément.  En général, c’est toujours envers le même type de personnes qu’on porte des jugements.  Les jugements que moi je porte, c’est pas les mêmes que toi tu portes.  Moi, je vais juger tel type de personnes, toi ce n’est pas ce n’est pas ce type de personne du tout, tu vas aimer beaucoup cette personne-là, ça va être un autre type de jugement, que tu portes. Pourquoi ? Parce qu’il y a une racine, une racine de jugement qui nous porte à juger.  C’est pour cela que le jugement sort, ce n’est pas une réflexion, il y a quelque chose qui est en nous et qui fait monter le jugement.  Bon, on n’a pas besoin de se casser la tête pour savoir d’où ça vient, mais les gens qui ont réfléchi la chose nous disent : ça se passe comme ceci.

En général, quelque part dans notre vie, on a été blessé par des personnes en qui on avait confiance, et là on les a jugés, on a porté un jugement.  Et le jugement est resté là, parce qu’on est trop orgueilleux pour le reconnaître.  Et là, tout au long de notre vie, on cherche à confirmer notre jugement.  On a 2porté un jugement et là, notre jugement se généralise un petit peu, et là on cherche à confirmer notre jugement.  Les femmes sont comme ça, les pauvres sont comme ça, les dirigeants politiques sont comme ça, les prêtres sont comme ça.  Pourquoi ?  Parce que c’est un prêtre qui m’a blessé, c’est une femme, c’est… il y a un jugement qui est là. Et là, chaque fois que l’occasion se présente, up, le jugement sort, je le savais hein.  Ce n’est pas conscient, mais ça me fait du bien parce que ça me confirme dans mon jugement, vous voyez ! Bon ça c’est le mécanisme intérieur.  Mais on n’a pas besoin d’étudier tout ça, mais c’est comme ça. Ça ressemble à ça dans nos vies, hein. Le jugement, ça s’oppose directement à la charité, directement à l’amour.  Je ne peux pas, je ne suis pas en train d’aimer une personne que je juge, c’est une opposition directe.

Témoignage personnel

Je me permets de partager avec vous un témoignage personnel. Pas pour que vous partagiez mon péché, mais humblement comme exemple.  Vous savez que je suis prêtre du diocèse de Joliette, j’accompagne encore des groupes là-bas, alors régulièrement, j’y vais.  Donc je suis allé au mois de janvier faire la tournée de mes groupes, et à un moment donné je m’aperçois, je prends conscience que, quand j’entends dire qu’il y a des choses qui vont mal dans le diocèse de Joliette, je me réjouis.  Ce n’est pas drôle, ça pas de bon sens, que c’est ça.  Donc je vais au sacrement du pardon, je me confesse, et là en me confessant, le Seigneur me montre des choses, donc qu’est-ce qui s’est passé, c’est que, à un moment donné, j’ai porté un jugement.  Et là, quand je vois qu’il y a des choses qui vont mal, qu’est-ce qui se passe, ah je le savais, j’avais raison, hein ! Il n’avait rien qu’à pas faire ça !  Vous voyez.  C’est pas tout réfléchit tout ça, mais c’est là.  Ça pas de bon sens. 

Alors, on apporte ça au sacrement du pardon, on présente ça au Seigneur, et le Seigneur vient enlever ces racines de jugement.  Et là, je m’apercevais que, parce que je l’ai jugé, je suis incapable d’aller dialoguer avec lui. Je ne suis pas capable, honnêtement, d’aller le rencontrer et de partager.  On n’a pas la même opinion, puis on pourrait partager ton opinion, mon opinion, je ne peux pas faire ça.  Si je vais le voir, je vais juste chercher à confirmer mon jugement, je vais chercher à prouver que j’ai raison, il y a pas de dialogue possible, il n’y a plus de charité, je me pose en juge.  Le jugement ça appartient à Dieu.  Car chaque fois que je porte un jugement, je me fais Dieu, je me place à la place de Dieu.  Donc, je ne suis plus en dialogue fraternel avec la personne.  Le jugement s’oppose directement à la charité fraternelle, et Jésus insiste, insiste tellement : ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés.

         Marie elle est la « sans racine de jugement », racine amère de jugement, il n’y a pas en elle de racines de jugement, elle ne juge pas, elle en aurait des occasions de juger hein, tous les gens qui sont autour qui n’ont pas d’allure là.  Elle ne porte aucun jugement, ce serait contraire  à la charité. Alors, quand je prends conscience que dans ma vie je porte des jugements, c’est sûr que derrière ça il y a une racine.  Alors, chaque fois que je porte un jugement, j’en demande pardon au Seigneur, idéalement dans le sacrement du pardon, et humblement (je ne fais pas de grosse introspection, c’est pas le but), mais « Seigneur je te présente ça ».  Juste par un acte d’humilité où je demande pardon, le Seigneur à travers ça, il va s’occuper lui, lui connaît mes racines, il s’occupe de venir libérer, petit à petit, mon cœur. On n’a pas à faire d’analyse, d’où est-ce que ça vient… Mais si jamais le Seigneur me le montre, tant mieux, c’est une lumière, je l’accueille, je laisse monter, je le présente.  Si jamais, à un moment donné vient un souvenir, qui remonte à la mémoire de mon cœur, c’est toujours pareil, hein, on le prend et puis on le présente au Seigneur.

C’est très important, ce mouvement d’accueil de ma vie, chaque évènement de ma vie qui monte et d’abandon.  Il y a quelques semaines on avait l’évangile où Jésus chasse un démon dans la synagogue de Capharnaüm, et là Jésus il dit au démon, il dit: « silence et sors ». Nous autres, quand il monte toutes sortes d’affaires bizarres dans notre vie, on a tendance à dire : silence et rentre, (rires) c’est ça hein.  Ça ne donne rien il va revenir.  Quand le Seigneur rend présent à mon cœur un souvenir, quel qu’il soit heureux ou douloureux, peu importe, je l’accueille et je lui remets. On ne fait jamais rien rentrer. On remet tout à la bonté de Dieu, on dépose ça dans la miséricorde de Dieu.  C’est comme ça que le Seigneur nous aide. Ça c’est un acte de foi, c’est la foi qui sauve.  C’est par la foi qu’on est sauvé.  Donc l’acte de foi c’est : Seigneur, j’ai confiance en toi, cela fait partie de ma vie, je te dis oui, c’est l’acte de foi, voici la servante du Seigneur, le serviteur du Seigneur, ok, qu’il me soit fait selon ta parole, c’est correct, c’est dans ma vie, je te le remets.  Et là, ça conduit à la charité vous voyez, parce qu’il enlève une racine, pour que je puisse être davantage charitable.

 

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Pour approfondir l’enseignement

  • À la suite de cet enseignement, qu’est-ce qui monte dans mon cœur ?
  • Humblement, je partage un exemple de racine amère de jugement qui est en moi.
  • Comment les jugements sont-ils un obstacle à l’évangélisation ?

Pour aller plus loin cette semaine

  • Je relis ces deux passages bibliques : He 12, 14-15 et Mt 7, 1-5

Dans mon oraison du soir, j’identifie quelques occasions de ma journée où j’ai porté des jugements et je les présente au Seigneur en lui demandant pardon.

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Nicolas Tremblay
A propos Nicolas Tremblay 17 Articles
Nicolas Tremblay est prêtre dans le diocèse de Joliette.

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