Qu’est-ce que « la vraie foi »?

Homélie pour le 26e dimanche du Temps ordinaire, Dimanche 1er octobre 2017, Mt 21,28-32, Année «A »

Introduction : La recherche de Dieu… 

… du Père Jean Dion

vie monastique
Le père Jean Dion. Source image: vie-mostique.com

Depuis sa petite enfance, le Père Jean Dion pense consacrer sa vie à Dieu. Vers l’âge de 18 ans, il s’en ouvre à ses parents. Sa maman lui dit alors, spontanément : « Puisque tu veux être prêtre, il serait bon pour toi que tu connaisses la vie monastique. » Sa mère lui dira plus tard qu’elle n’avait jamais pensé qu’il deviendrait moine. Ce « petit voyage dans l’inconnu », l’attire.  Il accepte. Il découvre l’abbaye de Solesmes par une après-midi pluvieuse. Les bâtiments sont humides, tout est noir. Sa première impression est sinistre. Heureusement, le lendemain il fait beau. Un moine, avec beaucoup de dévouement, prend du temps pour lui faire comprendre en quoi consistent la vie monastique et la vie liturgique. Il sent que les moines qui vivent là, mettent tout leur cœur à chercher Dieu.

Quelques mois plus tard, il demande à entrer au noviciat. Le Père Maître des novices le reçoit cordialement et l’interroge : « Pourquoi voulez-vous entrer ici ? » Il répond : « Pour chercher Dieu. » Le Père Maître semble étonné de sa réponse. À cette date, Jean Dion n’avait pas encore lu la Règle de saint Benoît et ignorait qu’il avait prononcé les paroles-mêmes qui figurent dans la Règle. En l’année 1946, année de son entrée, les difficultés de la guerre avaient orienté vers Dieu beaucoup de jeunes. La vie qu’il découvre lui plaît beaucoup. Il approfondit petit à petit, sans heurt, toutes les pratiques monastiques, l’étude de la liturgie, la recherche de Dieu, la vie fraternelle avec des jeunes qui avaient le même idéal que lui. Les premières années sont consacrées aux études. Après l’ordination sacerdotale, il reçoit une charge  pour faire vivre la communauté : il travaille dans un atelier, puis à la cuisine, enfin à l’économat. Il est très occupé et il ne s’aperçoit pas que le temps passe très vite. Il a déjà passé 30 ans de sa vie au monastère sans s’être aperçu que son entrée ne date plus d’hier. Il a seulement conscience d’approfondir ce pourquoi il était rentré : chercher Dieu.

Devenu âgé, le Père Abbé le décharge de son travail. Il trouve alors une vie beaucoup plus compatible avec l’idéal monastique qu’il avait toujours désiré : beaucoup plus de lectures, de prières personnelles, d’approfondissement de la vie monastique. Il fait l’expérience toujours plus grande que Dieu l’aime et lui témoigne Sa miséricorde. « C’est bien Lui et Lui seul que je désire de tout mon cœur aller rejoindre. La mort ne m’effraie pas. C’est ce simple désir de Le rejoindre au ciel qui m’habite de plus en plus. En résumé, j’ai mené à Solesmes une vie qui m’a permis d’approfondir la recherche de Dieu, et je ne regrette rien. »

…de Jésus

Cette tension du Père Jean Dion vers Dieu est celle de Jésus dans l’évangile que nous venons d’entendre. Dans quelques heures, Il ne sera plus sur terre. On peut dire qu’Il a tout dit de ce qu’Il avait à dire, mais Il va montrer par quelques gestes et d’ultimes paroles, en quoi consiste la vraie foi en Dieu.

            1° Il désire intensément que son Père soit adoré. Pour le faire comprendre, Il chassera les vendeurs du Temple une nouvelle fois : le mercantilisme mêlé à la religion lui est insupportable. « Il est écrit : “ Ma maison sera appelée une maison de prière.“ Mais vous, vous en faites un repaire de brigands », dit-Il aux marchands du Temple. (cf. Mt 21, 10-13)

            Il rappelle une dernière fois à Ses disciples l’importance de la confiance en Dieu, de la foi. Pour leur faire comprendre l’importance de cette confiance en Dieu, Il dessèche un figuier. Devant ce geste surprenant, les disciples s’interrogent. Il saisit l’occasion pour mettre les points sur les « i » : « Si vous avez foi et ne balancez pas, non seulement vous ferez comme au figuier, mais même à cette montagne vous diriez : “Enlève-toi et jette-toi dans la mer.“ […] Tout ce que vous demanderez dans la prière en croyant, vous le recevrez ! » (Mt 21, 21)

            Il rappelle à Ses propres ennemis le témoignage qui les a secoués, celui de Jean, pour leur dire à nouveau combien la confiance (ou la foi) est nécessaire : « … Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous n’avez pas cru en lui; les publicains, eux, et les prostituées ont cru en lui; et vous, devant cet exemple, vous n’avez même pas eu un remords tardif qui vous fît croire en lui. » (Mt 21, 32)

Ces prêtres et ces anciens n’auraient-ils donc pas la foi ? Qu’est-ce que cette foi-confiance que Jésus attend de Ses apôtres, des grands-prêtres et des anciens? Cet évangile nous questionne sur ce sujet. 

1. Le refus de la foi dans le monde d’hier…

Les intellectuels, les prêtres du temps de Jésus seront incapables de foi, c’est-à-dire de confiance en Jésus, et cela pour plusieurs raisons :

1° Les Juifs du Temple veulent se dispenser de la foi. Jésus multipliait les signes et les miracles, mais ils sont insatiables. Leurs cœurs restent froids. « Age mauvais et adultère ! Il recherche un signe ! » (Mt 12, 39)  Or, le miracle est une « exception » pour « confirmer » la foi, non pour s’en dispenser. (Cf. S. Thomas, Somme, I Q. 112 a.2 rép.)

  • A l’inverse, les prostituées et les publicains font confiance à Jean, alors qu’il n’a pas fait de miracles. Leurs cœurs sont immédiatement émus par sa prédication.
  • Le Père Jean Dion ne recherche pas des signes extraordinaires. Il laisse sa mère écrire à un moine qu’elle connaît. Il fait confiance aux moines qu’il rencontre.

2° Les scribes et les Pharisiens bataillent avec une intelligence bien supérieure à la leur, celle de Jésus, mais, par orgueil, ils veulent rivaliser avec cette intelligence. Or notre intelligence, « devant les plus hautes évidences [est] comme l’œil du hibou en face de la lumière du soleil », dit  Aristote. (S. Thomas, Somme I. Q.1 a.5 sol.1)

  • A l’inverse, ceux qui viennent à Jésus sont des pauvres, sans prétention.
  • Le moine Jean Dion se plie volontiers aux maîtres qui l’enseignent.

3° Les Pharisiens n’acceptent pas le principe de la foi : elle est une connaissance plus amoureuse que rationnelle : « La foi implique une connaissance en énigme », dit S. Thomas. (Somme, I. Q. 95 a. 3 obj. 5)

  • A l’inverse, l’aveugle-né, guéri, se prosterne devant Jésus, en disant : « Je crois, Seigneur », (Jn. 9, 37) alors que Jésus s’est présenté à lui de façon énigmatique, en lui disant : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » (Jn. 9, 35)
  • Dans son vieil âge, Jean Dion est tout heureux de pouvoir se livrer davantage à l’adoration, Il désire Dieu, plus qu’il ne prétend le connaître.

4° Les Juifs de Jérusalem ne désirent plus Dieu. L’intelligence ne peut croire que si la volonté de goûter Dieu est forte. Mais leur volonté est corrompue par une quantité de biens autres que Dieu.

  • A l’inverse, nous voyons le Père Jean Dion tendre vers Dieu de sa prime jeunesse à son vieil âge et plus encore dans son vieil âge qu’au commencement de sa vie monastique.

5° Les Juifs sont non seulement rebelles, mais rebelles invétérés, obstinés dans le mal. Ils veulent « pécher librement » et pour cela, ils refusent la vérité de la foi que Jésus leur propose parce qu’elle vient contrecarrer leur manière d’être. (cf. S. Thomas, Somme, I.II Q.29 a.5 rép.) Le remords de leurs péchés les tenaille, mais à la différence des publicains et des prostituées, que Jésus leur propose en exemple, ils refusent d’écouter cette voix ultime de leur conscience.

  • A l’inverse, le Père Jean Dion écoute attentivement sa conscience. « Où dois-je aller ? » Il attend l’âge de 18 ans pour répondre à cette question qu’il se posait depuis son enfance, mais il y répond…

2. La foi que demande le Christ…

Quelle « foi » demande donc Jésus ? Il y a un préalable que remplissent les prostituées et les Publicains, comme Jean Dion, c’est l’examen honnête de sa conscience. Mais cela ne suffit pas. La foi authentique demande :

  • La persévérance. Le moine Jean Dion « persévère » dans sa vie à Dieu, comme le demande la Règle sous laquelle il milite : « Ne nous écartant jamais de Son enseignement [les commandements de Dieu], et persévérant jusqu’à la mort dans Sa doctrine au sein du monastère, participons par la patience aux souffrances du Christ pour mériter d’avoir part à Son royaume. » (S. Benoît, Règle, Prologue, verset 50)
  • L’amour. Pourquoi Marie, Jean et quelques femmes suivent-ils le Christ jusqu’à la croix, alors que les autres disciples sont absents ? Parce qu’ils aiment Jésus jusque dans Sa Passion et Sa croix. Ils ne l’aiment pas seulement pour Ses miracles, ils L’aiment pour Lui-même.
  • La connaissance. « Je dois Le connaître moi-même ; je dois Le connaître pour mon compte personnel. Ce sera une connaissance intelligente, je dois Le connaître, comme la Parole Le révèle », dit Charles Spurgeon.  Pour cela  il est nécessaire de se familiariser avec la parole de Dieu, parce que, dit S. Thomas, « ce qui est dans l’intelligence est le principe de ce qui est dans les affections. » Il est impossible d’aimer Dieu de tout son cœur, s’Il n’est pas aimé de toute son intelligence. En effet : « le bien perçu par l’intelligence met en mouvement l’affection », dit encore S. Thomas. (Somme II.II Q.7, a. 2 sol. 1)

Conclusion : Les conditions de la vraie foi…

Il est clair, d’après cet évangile, que la faute principale des pharisiens, c’est la prétention de connaître Jésus sans y mettre leur cœur.  Ils veulent croire par leur seule intelligence. Mais la foi réclame tout : le cœur, l’intelligence la volonté, le désir. Tu prétends croire ? Cherche-Le de toutes tes puissances, de tout toi-même.

 

Prions : « Seigneur, fais-nous la grâce de Te cherche de tout nous-mêmes. Amen. »

 

Question : Quels sont les engagements concrets de votre foi « vraie » ?

 

Suggestion : Dire l’acte de foi et de charité.

 

Oraison jaculatoire : « Mon Dieu je Vous aime par-dessus toutes choses. »

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Geoffroy de Lestrange
A propos Geoffroy de Lestrange 65 Articles

Le père de Lestrange, curé dans le monde rural, a fait ses études supérieures aux États-Unis. Il y a découvert le Renouveau charismatique catholique ainsi que les églises évangéliques. Bénédictin, puis profès simple chez les frères de Saint-Jean, il a découvert par ces contacts divers, l’importance de la prière pour une nouvelle Pentecôte dans l’Église, souhaitée par tant de papes.

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