Un corps pour la gloire de Dieu

Évangile de Jean 1, 35-42

Source image: Clip "Miséricordieux comme le Père" de Richard Vidal in: Webtélé ECDQ

Le regard…

…des gens

Chers frères,

Récemment, je suis entré dans une maison où j’avais été appelé mais l’angoisse était telle que je n’arrivais à saisir le regard de personne à l’exception de la maman. Je me suis dit que la famille m’avait appelé mais qu’au fond d’eux-mêmes, ils n’avaient aucun désir que je sois là.

…du Baptiste

Regarder est, en effet, une manière de manifester son intérêt comme le prouve le regard du Baptiste sur Jésus : «Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, le Baptise dit : « Voici l’Agneau de Dieu » (Jn 1,36).

… une décision

Jean et André ont si bien compris l’importance du regard de leur Maître, que quelques mots suffisent : ils suivent  Jésus. « Les deux disciples entendirent cette parole, et ils suivirent Jésus » (Jn. 1,37).

…une décision pour le pire

Si le regard de l’homme est important, combien plus le regard de Dieu : Sept siècles avant la destruction du Temple de Jérusalem par les Romains (le 9 août 70 après Jésus-Christ), le 9 août 586, le Temple de Jérusalem est détruit et brûlé. Jérémie raconte cette destruction en écrivant que : « La face du Seigneur les dispersa, Il ne les regarda plus » (Lm.4,16).

Si l’absence de regard de l’homme peut signifier un rejet, l’absence de « regard » de Dieu peut signifier un rejet autrement redoutable…

…une décision pour le meilleur

… ou un accueil merveilleux : Ainsi, Jésus, en se retournant vers Jean et André, les accueille si bien qu’ils passent l’après-midi avec Jésus. « Celui-ci se retourna, vit qu’ils le suivaient, et leur dit … « Venez »… et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. » (Jn.1,38-39).

…jusqu’à une « élection »

Quant au regard de Jésus sur Pierre, il provoque tout simplement… une révolution. Pierre y reçoit sa mission de futur chef de l’Eglise : « Jésus posa son regard sur Pierre et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Képha » (ce qui veut dire « pierre ») » (Jn. 1,42).

… une transformation

Nous pouvons comparer cette « révolution » que provoque le regard d’amour de Dieu sur l’homme, à l’œuvre de l’artiste quand il transforme la matière. Au commencement, il n’y a qu’une matière brute : des couleurs, de la pierre. Au terme, il y a une scène, un paysage, un portrait, une sculpture. Grâce au « regard » de l’artiste sur la matière, celle-ci est devenue tout autre : « L’œuvre (de l’artiste), c’est un regard sur la matière » (M.D. Philippe, Note de cours).

 

Le regard de Dieu…

…une création

Le regard de Dieu, (parler du regard de Dieu est bien sûr une manière humaine de parler), est toujours, en effet, une création d’amour comme le laisse entendre un beau texte de St Jean de la Croix : « En répandant mille grâces, il a passé par ces bois en grande hâte; posant sur eux son regard, d’un reflet de son visage, il les laissa tout revêtus de beauté» (Le Cantique Spirituel, Strophe 5, Ve couplet).

…une rédemption

Le regard de Dieu est non seulement un regard d’amour, mais encore un regard de miséricorde qui ne peut supporter la déchéance de l’homme. Ainsi Israël était un rien : « A ta naissance, au jour où tu vins au monde, on ne coupa pas le cordon, on ne te lava pas dans l’eau pour te nettoyer, on ne te frotta pas de sel, on ne t’enveloppa pas de langes… Je passai près de toi et je te vis, te débattant dans ton sang » (Ez. 16,4-6).

… et Dieu regarde cette misère pour revêtir Israël de Sa Beauté :

« Tu fus renommée parmi les nations pour ta beauté, car elle était parfaite, grâce à Ma Splendeur dont je t’avais revêtue » (Ez. 16,14).

Le corps…

…une œuvre sans prix

L’homme a pris conscience bien tardivement du « regard » de Dieu sur la création. Il cherche maintenant à la préserver. Saura-t-il aussi avoir cette même préoccupation pour son corps ? C’est la question d’un philosophe, pourtant athée :

« Il faut souhaiter que l’humanité aura assez de sagesse pour ne pas se modifier soi, pour ne pas toucher à l’essentiel, qui est son corps… la nature humaine… dont nous découvrons de plus en plus qu’elle existe bien, qu’elle conditionne tout le reste, jusqu’à nos actions, jusqu’à notre existence, jusqu’à notre liberté » (A. Comte-Sponville, « La condition humaine au prochain siècle », Le Figaro, 4.01.2000).

…un sacrement

Dans le mariage, faut-il le rappeler, le corps participe au sacrement. Il n’y a pas de mariage « valide » sans donation des corps. Dans l’Eucharistie, c’est un « corps » qui nous est donné, le Corps du Christ.

… un appel

Ainsi, le corps a une vocation sainte.  Le corps de la femme « appelle » l’enfant, il est « fait » pour l’enfant. Le corps de l’homme appelle la fécondité.  Mais si le corps est un appel, il reste à l’homme d’en garder le sens : « Ne le savez-vous pas ? » dit Saint Paul. Il s’étonne que les Corinthiens n’aient plus l’intelligence du corps : « Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes » (1 Co. 6,19).

…une gloire

C’est qu’en effet, ce corps est un ministre, un serviteur merveilleux ! Les uns glorifieront Dieu en donnant leur corps à l’œuvre de Dieu dans la louange d’un cloître ou la mission, d’autres glorifieront Dieu en donnant leur corps à la fécondité et à l’éducation d’âmes qui loueront Dieu : « Glorifiez Dieu dans votre corps » (1 Co.6,20).

 Un corps…

…pour la gloire de Dieu

L’homme chaste que nous sommes tous appelés à être, n’est pas autre chose qu’un corps mis au service de Dieu qui dans le mariage, qui dans le célibat consacré : « Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes » (1 Co. 6, 19). Dans l’union conjugale, le corps du conjoint ne s’appartient plus. Il appartient à Dieu et au conjoint. Dans le célibat consacré, le corps du consacré ne s’appartient plus, il appartient à Dieu, et, d’une certaine façon, à tous. On dit du prêtre que c’est un homme « mangé ».

…pour le sacrifice

Notre joie, à nous chrétiens, n’est donc pas de jouir de notre corps, mais d’en faire une offrande spirituelle à Dieu, comme le dit encore Saint Paul : « Je vous exhorte donc, frères, …à offrir vos corps en hostie vivante, sainte et agréable à Dieu. » (Rm.12,1).

…pour la Volonté de Dieu

Nous n’avons donc aucun droit sur notre corps. Le corps est un appel, une vocation : « Tu m’as façonné un corps… alors j’ai dit : voici, je viens…pour faire, ô Dieu, Ta Volonté » (Hb. 10, 5,-7).

Prions : « Seigneur, nous nous sommes profondément éloignés de Toi en faisant de notre corps quelque chose qui nous appartenait. Aujourd’hui, nous voulons te l’offrir sans réserve pour que, par lui, Tu fasses Ta Volonté. Amen. »

Oraison jaculatoire :  « Tu m’as façonné un corps, alors j’ai dit : ‘Voici, je viens’ »

Homélie pour le 2ème dimanche du Temps Ordinaire Année «B »

Dimanche 16 janvier 2000

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Geoffroy de Lestrange
A propos Geoffroy de Lestrange 74 Articles
Le père de Lestrange, curé dans le monde rural, a fait ses études supérieures aux États-Unis. Il y a découvert le Renouveau charismatique catholique ainsi que les églises évangéliques. Bénédictin, puis profès simple chez les frères de Saint-Jean, il a découvert par ces contacts divers, l'importance de la prière pour une nouvelle Pentecôte dans l'Église, souhaitée par tant de papes.

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