« Celui-ci est mon Fils, le bien-aimé : en lui j’ai placé ma complaisance »

Homélie du Baptême de Jésus A (2026)

Jesus Juge

Résumé : « Celui-ci est mon Fils, le bien-aimé : en lui j’ai placé ma complaisance. » Dieu notre Père nous aime d’un amour gratuit et inconditionnel.

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« Celui-ci est mon Fils, le bien-aimé : en lui j’ai placé ma complaisance » : Sommes-nous aimés gratuitement ?

Il y a quelque temps, j’ai lu un beau livre d’Henry Nouwen (professeur de théologie et auteur de livres spirituels). Le titre de ce livre est : « Ma foi comme une histoire. » Dans ce livre, Nouwen raconte la transformation spirituelle qu’il a vécue lorsqu’il était dans une communauté de l’Arche de Jean Vanier à Toronto. Dans cette communauté, Nouwen a rencontré Adam : un jeune homme très handicapé parce qu’il ne pouvait pas parler ni se déplacer sans aide. Ce grand professeur qu’était Henri Nouwen dit qu’Adam était pour lui « un ami, un professeur et un guide ». En particulier, Adam a aidé Nouwen à résoudre une question fondamentale qu’il se posait depuis très longtemps : « Sommes-nous bons à cause de ce que nous faisons et possédons, ou à cause de ce que nous sommes ? » Bien sûr, depuis notre enfance, nous avons l’habitude d’être appréciés par nos parents et nos enseignants pour ce que nous faisons. Par exemple : si tu réussis l’examen final de l’année à l’école, tu auras un vélo ou si tu m’aides à faire du rangement dans la maison, je te donnerai en récompense la permission d’aller au cinéma, etc… Ainsi, le système scolaire ne récompense que ceux qui arrivent les premiers à l’examen. Et, sur le marché du travail, les entreprises vont encourager les employés qui travaillent dur, de sorte qu’ils vont donner des primes qu’à ceux qui vendent le plus. Ainsi, dans notre société, tout peut nous faire croire que nous sommes aimés et appréciés (en d’autres termes, que nous sommes bons) seulement parce que nous avons réalisé de bonnes performances ou parce que nous avons des qualités ou des talents spéciaux. Mais si nous ne performons pas bien et si nous n’avons pas de grandes qualités (beauté, courage, intelligence, force) nous ne serons pas aimés pour qui nous sommes. Adam, dans son extrême pauvreté humaine, a révélé la réponse à Henry Nouwen: « Oui, je suis aimé pour qui je suis et comme je suis parce que j’ai de la valeur à ses yeux. » Cette réponse, c’est Dieu qui l’a insufflée dans le cœur et l’esprit d’Henri Nouwen comme il l’avait fait pour Jésus dans le Jourdain : « Celui-ci est mon Fils, le bien-aimé : en lui j’ai placé ma complaisance. » C’est cette parole que Dieu notre Père a prononcé sur chacun de nous lors de notre baptême. Mais en raison du conditionnement de notre société individualiste et matérialiste dans laquelle règnent la compétitivité, la force et les habilités, nous avons du mal à croire que nous sommes bons et aimables, même si nous ne faisons pas de grandes choses. Cela me fait penser à un film que j’ai vu il y a quelques années : il se réfère à la vie d’Alexandre le grand, le célèbre conquérant grec. Je ne sais pas si le film est fidèle à l’histoire, mais il y a un point qui m’a beaucoup impressionné dans le film : on y voit Alexandre le Grand comme l’exemple typique de l’homme qui est malheureux car il n’est pas aimé pour ce qu’il est. Ainsi, Alexandre fera l’impossible afin « d’acheter l’amour des autres » en essayant de faire de grands et extraordinaires exploits. En fait, toutes ses réalisations étaient pour lui une façon d’être reconnu par les autres et d’être aimé. De la même manière, nous pouvons aussi rechercher l’amour des autres à travers les bonnes actions que nous accomplissons.

« Celui-ci est mon Fils, le bien-aimé : en lui j’ai placé ma complaisance. » : croyons-nous vraiment à son amour gratuit et inconditionnel ?

Nous devons donc nous souvenir de la Parole que le Père a dite à Jésus et à chacun de nous lors de notre baptême : « Celui-ci est mon Fils, le bien-aimé : en lui j’ai placé ma complaisance. » Mais notre défi est maintenant d’accueillir cette Parole d’Amour inconditionnel de notre Père afin de nous libérer de nos conditionnements humains. Pour ce faire, nous devons faire comme Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui qui est descendu dans le Jourdain. Comme vous le savez, peut-être, le mot « Jourdain » signifie en hébreu : « celui qui descend ». En fait, le Jourdain est le seul fleuve au monde qui tombe aussi bas sous le niveau de la mer. Géographiquement, le Jourdain prend sa source sur le mont Hermon à plus de 500 mètres de haut et se retrouve dans la mer Morte à près de 400 mètres sous le niveau de la mer. Par conséquent, le Jourdain est un symbole important qui indique que nous devons descendre de nos grandes ambitions humaines et de nos prétentions orgueilleuses qui nous font désirer l’indépendance, les honneurs mondains et les richesses. Par conséquent, nous devons descendre au fond de nous-mêmes au niveau du cœur et de la vérité profonde sur nous-mêmes. Là où nous nous sentons vulnérables, pauvres et même peut-être honteux. Car ce n’est qu’en ce lieu que nous pourrons vraiment accepter la Parole de l’Amour Libérateur du Père Éternel et ainsi remplir notre mission de baptisés comme Jésus l’a fait.

C’est pourquoi, dans cette fête du baptême de Jésus, demandons la grâce de pouvoir refaire une fois de plus le chemin de notre baptême et de descendre au niveau de notre cœur afin d’accueillir l’Amour libérateur de Dieu notre Père. Alors nous pourrons aller vers nos frères et sœurs et leur dire qu’ils sont aimés gratuitement et sans condition. C’est la grâce que je souhaite à chacun de nous.

A propos Gérald Lajeunesse 414 Articles
Le père Gérald Lajeunesse est prêtre et membre de la Congrégation des Oblats de la Vierge Marie (omv). Il est curé de la paroisse St Enfant-Jésus de la Pointe-aux-Tremble, à Montréal.