2 vertus essentielles pour entrer dans le Royaume

Homélie du 22° Dimanche Ordinaire C : Luc 14, 1. 7-14

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Résumé : 2 vertus essentielles pour entrer dans le Royaume. Jésus nous enseigne que l’humilité et la charité sont nécessaires afin que nous puissions entrer dans le Royaume des Cieux.

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Souvent, on peut s’imaginer que Jésus était tellement un homme spirituel envahi par sa relation d’Amour avec son Père, qu’il était insouciant des choses pratiques et humaines. On dirait familièrement qu’il devait avoir la « tête dans les nuages ». Mais l’évangile d’aujourd’hui nous montre au contraire que Jésus avait bien les deux pieds sur terre et qu’il était attentif à tout ce qui se passait autour de lui.

2 vertus essentielles pour entrer dans le Royaume : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé »

« Remarquant que les invités choisissaient les premières places Jésus leur dit : « Quand tu es invité, ne va pas te mettre à la première place, commence par rester à la dernière place ». Ce conseil de Jésus peut, à première vue, nous paraître une leçon de sagesse assez ordinaire, comme un ‘truc’ un peu hypocrite : il s’agit de se mettre au dernier rang pour, finalement, se faire remarquer et recevoir ainsi les honneurs de la première place dans un banquet.

De quoi Jésus nous parle-t-il aujourd’hui ? Il nous parle d’autre chose que du choix des places au repas de noces. La dernière phrase nous le dit : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé ». Il s’agit donc de la logique fondamentale du Royaume des Cieux qui s’oppose à la logique naturelle de l’homme qui cherche souvent à s’élever lui-même par ses propres forces. « Vous serez comme des dieux » avait dit le tentateur à Adam et Eve. Et cela a marché, jusqu’à l’instant où « ils ont découvert qu’ils étaient nus ». Ils ont voulu s’élever par eux-mêmes et ils se sont retrouvés nus et démunis de tout.

Le Christ lui-même a connu la même tentation. Tentation d’être le premier, tentation du « paraître », tentation de faire du sensationnel pour posséder tous les royaumes de la terre. Tout cela, Jésus pouvait le réaliser grâce à sa condition divine. Mais il l’a constamment refusé parce que ce n’était pas la logique du Royaume de Dieu. Au contraire, comme S. Paul le dit : « lui qui était de condition divine, il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé… ». En effet, durant toute sa vie, Jésus a constamment choisi la dernière place (Bethléem, Nazareth, il s’est mis dans la longue filée des pécheurs pour être baptisé par Jean le Baptiste et il a été crucifié au milieu de deux brigands). Ainsi, on a dit que Jésus a tellement pris la dernière place toute sa vie que personne ne pouvait plus la lui enlever. Pour Lui, prendre la dernière place, c’était le signe qu’il accomplissait non pas sa propre volonté mais celle de son Père.

Voilà la logique du Royaume. Il s’agit, non pas de « se faire soi-même et par soi-même » comme le « self-made-man » américain. Car c’est l’humilité ce qui nous sauve. Mais qu’est-ce que l’humilité ? Le mot humilité vient du mot latin « humus » qui signifie la terre. Alors, nous vient à l’esprit le récit de la création de l’homme avec de la glaise. Or, la création n’est pas un fait du passé. Car c’est à tous les jours que Dieu continue de nous façonner et de nous créer. À condition bien sûr d’accepter de nous laisser toucher, modifier, transformer par sa grâce. L’humble reconnaît qu’il ne peut rien sans Dieu. C’est pourquoi il désire s’abandonner dans la confiance dans les mains de Dieu car il sait que Dieu l’aime et le conduit sûrement au bonheur éternel.

L’humilité n’a rien à voir avec certaines attitudes plus ou moins masochistes. Par exemple, choisir « la dernière place » n’est pas nécessairement choisir la place la moins confortable. Par exemple à l’église, quand vous arrivez en retard et que toutes les places semblent être occupées, regardez bien en avant, très souvent les premières places ne sont pas occupées. C’est cette place que le Seigneur a réservée pour vous. Comme vous le voyez, l’humilité nous permet d’accepter la place qu’on n’aurait peut-être pas choisie spontanément mais qui nous est offerte par la Providence. Charles Péguy (auteur spirituel) nous invite à discerner « entre une humilité que l’on s’est préparée soi-même avec soin et une autre humilité que Dieu dans sa Sagesse nous a préparée de ses mains. »  

Donc, la véritable humilité, c’est celle qui accepte volontiers les choses et les situations qu’on ne peut pas changer comme étant la Volonté de Dieu. Au fond, l’humilité nous permet de nous laisser guider par l’Esprit Saint jusqu’au Royaume des Cieux. Pour cela, il nous faut développer l’attitude du vieux sage Ben Sirac dans la première lecture : « L’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute ». Dieu nous guide et nous parle à travers notre conscience et à travers les gens qui vivent avec nous. Il nous faut donc les écouter. L’orgueilleux est celui qui n’a rien à apprendre des autres. Il se suffit à lui-même et n’écoute ni Dieu ni personne. L’humilité est le seul moyen de nous situer en vérité vis-à-vis de Dieu et des autres et ainsi de pouvoir construire un monde plus fraternel.

2 vertus essentielles pour entrer dans le Royaume : l’humilité et la charité qui n’attend pas de retour

Enfin, Jésus dans l’évangile nous donne un autre conseil afin de nous aider dans notre discernement pour savoir si nous nous laissons vraiment guider et inspirer par l’Esprit Saint. Il nous dit : « Quand tu donnes un déjeuner ou un diner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi t’inviteraient en retour. » Au fond, Jésus nous dit que le signe certain que l’Esprit Saint nous guide, c’est la charité. Et pour être authentique, la charité doit être gratuite i.e. sans attente de retour. Donc, si nous vivons notre vie quotidienne guidés par l’humilité et la gratuité de la charité, nous pouvons être certains que nous sommes vraiment sur la voie qui mène au Bonheur et à la Vie Éternelle.

A propos Gérald Lajeunesse 371 Articles
Le père Gérald Lajeunesse est prêtre et membre de la Congrégation des Oblats de la Vierge Marie (omv). Il est curé de la paroisse St Enfant-Jésus de la Pointe-aux-Tremble, à Montréal.