Mettre en pratique les dons reçus de Dieu

Les dons et les cadeaux de Dieu

Ne vous égarez pas, mes frères bien-aimés: tout don excellent, toute donation parfaite vient d’en haut et descend du Père des lumières, chez qui n’existe aucun changement, ni l’ombre d’une variation. Il a voulu nous enfanter par une parole de vérité, pour que nous soyons comme les prémices de ses créatures. (Jc 1, 16-18)

Aujourd’hui, dans le cadre de mes exercices spirituels quotidiens, je devais lire les versets 16 à 18 de la lettre de saint Jacques. En fait, j’aurais du la lire dans 4 jours, mais puisqu’aujourd’hui nous fêtons la fête des apôtres Philippe et Jacques, j’ai décidé d’en devancer la lecture afin de vivre plus pleinement cette belle journée dans la liturgie de l’Église. Ce passage a suscité tant de réflexion qu’à l’habitude que j’ai tout de suite senti que mon texte prendrait plus de place dans mon carnet que le paragraphe habituel, ce qui explique que j’aie décidé de le développer ici.

Ne vous égarez pas, mes frères bien-aimés

N’est-il pas facile de nous égarer, dans ce monde qui va à cent milles à l’heure, où l’information fait le tour du monde en quelques secondes, et où nous sommes stimulés constamment par des images et des sons (des bruits), même la nuit? Pour ma part, je peux dire que je m’égare plusieurs fois par jour. Je dis toujours que si je suis croyant et que je m’efforce de pratiquer ma religion de la manière la plus parfaite possible, c’est parce que j’ai peut-être davantage besoin d’être sauvé. Je me reconnais comme un grand pécheur, et des pensées impures traversent mon esprit à chaque minute. C’est pourquoi les premiers mots de cette lettre m’ont interpellé immédiatement: saint Jacques me donnera-t-il une recette infaillible pour ne pas m’égarer?

Tout don excellent vient du Père

L’apôtre me rappelle alors que je suis une « bibitte » bien spéciale. Ces jours-ci, j’apprends à aimer mon Trouble de la Personnalité Borderline (TPB). Car si on dit, la plupart du temps, et avec raison, qu’on souffre du TPB, je vois dans l’exhortation de l’apôtre un appel à approfondir ma relation avec cette affection, à l’apprivoiser pour mieux en retirer des bénéfices et cesser, justement d’en souffrir. Car le TPB est également un don de Dieu: il fait en sorte que je sois en moyenne 20% plus sensible que la plupart des gens, disent les cliniciens. Il me permet de ressentir davantage la joie et la douleur. Il me rend non seulement idéaliste, mais je dirais que si la plupart des jeunes dans la vingtaine le soient, il m’est permis de croire que je le demeurerai 20% plus longtemps… Et dans le domaine où je travaille, l’idéalisme est l’essence de toute action et nous garde dans l’espérance d’un monde meilleur si nous travaillons en ce sens.

Je réalise de plus en plus que lorsque je mets à profit les dons en web et en marketing qu’Il m’a donnés, je suis heureux de le faire, je me sens utile et j’ai l’impression de faire la différence. Je deviens la personne que je suis en aidant les autres. Plus je m’ouvre à sa volonté, plus supportables deviennent les épreuves parce que compensées par de multiples petites et grandes joies. Il me donne alors vraiment mon pain quotidien: sur ma table et sur l’autel.

Toute donation parfaite descend…

Le texte parle non seulement de « don excellent », mais également de « donation parfaite ». Là encore, Wikipédia m’encourage, dans un certain sens, en disant que la personne atteinte d’un TPB recherchent l’intimité et se souvient grandement de leur entourage. Il est vrai que je n’ai que très peu d’amis, car pour moi un ami est une personne à qui je peux m’ouvrir complètement et qui pourra compter sur mon soutien indéfectible, peu importe ce qui arrivera. Et il est rare de tomber sur des gens avec qui établir ce genre de relations car on doit se montrer vulnérable pour ce faire, et la vulnérabilité n’est pas très en vogue à notre époque. D’ailleurs, on encourage les gens à souhaiter leur propre mort si leur vulnérabilité s’avère fondée et inéluctable. Je considère que ce don que j’ai reçu est un cadeau de Dieu qui me permet de me donner sans compter, c’est-à-dire sans attendre rien en retour, sinon que d’être aimé pour ce que je suis. Je pense que ce don  me permettra, un jour, d’atteindre la « donation parfaite ».

… du Père des Lumières

Quand nous traversons des jours sombres, il y aura toujours une Lumière pour nous éclairer: Jésus, la Lumière du monde, Fils du Père des Lumières. En effet, dans la Genèse on raconte que les Israélites admiraient les étoiles et qu’ils avaient compris, éclairés par le Saint-Esprit, qu’il y avait un Dieu qui avait créé tous ces luminaires magnifiques suspendus très hauts dans le ciel. Quand nous nous égarons, nous pouvons nous inspirer du comportement de Jésus pour solutionner les impasses dans nos vies. Nous sommes alors illuminés de la bonne méthode: celle de l’amour de Dieu, du prochain et de nos ennemis.

L’amour de Dieu ne connaît aucun changement, ni l’ombre d’une variation

Son amour à Lui ne change pas, ne connaît aucune fluctuation due à nos errances et nos manquements. Il est constant et entier. Le simple fait de penser à l’infinité de cet amour me donne des vertiges et me fait sentir tout petit. J’imagine l’amour de Dieu comme une grande mer calme de paix et de sérénité. Une béatitude sans mot. Jean Leloup a écrit une chanson que j’aime beaucoup sur ces « moments parfaits » pouvant être vécus entre un homme et une femme: Mais si parfois deux personnes un peu seules laissent tomber les armes sans que ce soit voulu, alors ils restent un peu; un ou deux jours de plus. Comme des chiens errants qui ont trouvé un toit. Et pour la nuit ils dorment auprès des deux amants. Et on attend qu’ils reviennent toujours, mais les moments parfaits ne reviennent jamais. Chiens parfaits de l’amour ne reviennent jamais. » Combien plus parfaits encore les moments passés auprès d’une personne avec qui s’engager pleinement et devenir de moins en moins des inconnus! Combien plus excellente l’éternité béate d’un moment plus-que-parfait qui ne finit jamais!

Il nous enfante par une parole de vérité

Si le mot « parole » avait commencé par une lettre majuscule, cela nous ferait penser, à juste titre, que l’apôtre veuille parler de Jésus. Mais puisqu’elle porte une minuscule, nous devons chercher le sens ailleurs. Dieu fait de nous ses enfants par toute parole inspirée que nous entendons. Par exemple, hier j’ai suggéré à un ami d’écrire un petit mot à un de ses auteurs préférés, pour lui dire tout le bien qu’il me disait à son sujet. Et bien, cette auteure lui a répondu ce matin que son mot tombait pile poil, car elle pensait arrêter d’écrire et que ce mot d’encouragement était pour elle une réponse de Dieu à son questionnement.

Prémices de ses créatures

Les prémices, dans l’Antiquité, étaient les premiers produits de la terre qui devaient être offerts à Dieu (ou aux dieux, dans d’autres religions) en sacrifice d’action de grâces pour ses bienfaits. Lorsque nous mettons en pratique les dons que Dieu nous a donnés gratuitement, nous devenons, à notre tour, les prémices de Sa récolte. Lorsque nous travaillons à sa moisson par la donation entière de notre volonté, dans notre entourage et notre vie quotidienne, nous montrons l’exemple d’une vie pleine, entière et libre, car nous devenons pleinement la personne qu’Il nous a destinés à être. En Lui obéissant, nous sommes Ses enfants en vertu du quatrième commandement car Il nous a engendrés par la mort et la résurrection de Jésus-Christ et par le baptême. En apprenant à reconnaître et apprécier les cadeaux qu’Il nous fait, nous participons pleinement et librement à son Projet.

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A propos Mathieu Binette 29 Articles

Mathieu Binette est entrepreneur pastoral et étudiant en théologie à l’Institut de Formation Théologique de Montréal.

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