La nature du Carême

Homélie pour le mercredi des Cendres - 1er mars 2017 - Mt 6, 1-18

Le Carême est un temps de grâce
Le Père René-Luc. Source: Aleteia.fr

Introduction : la vocation sainte …

…dans la vie de René-Luc

Chers frères, 

Le Père René-Luc a 20 ans, en 1986… Il est en première année de séminaire à Rennes et revient chez lui pour les vacances. Prenant le train, il s’installe dans un compartiment vide. Entre une jeune étudiante. Elle désire parler et engage la discussion. Rien ne distingue René-Luc comme étant séminariste. Il l’interroge sur ses études. Elle fait une fac de droit. Et lui ? Il lui laisse deviner. Séminariste. Elle n’en revient pas. Ils en parlent. Tout y passe et, en particulier, le célibat des prêtres. « Pourquoi, si tu veux devenir prêtre, ne peux-tu pas te marier ? Vraiment, ça, je ne le comprends pas ! — Ne t’en fais pas, c’est tout à fait normal ! Jésus lui-même a dit que c’est normal que tu ne comprennes pas ! — Tu rigoles ? me demande-t-elle étonnée. — Non, c’est vrai. Regarde ! » Et René-Luc sort son petit Nouveau Testament de sa poche et lit la phrase où Jésus dit que certains seront célibataires en vue du Royaume des cieux, mais que « tous ne comprennent pas cette parole ». (Mt. 19, 12)
 « Je sors mon petit Nouveau Testament de ma poche et je vais m’asseoir à côté d’elle. Je cherche le chapitre 19 de l’Évangile de Matthieu et pose le doigt sur le verset 12. — Et qui te dit que tu ne vas pas tomber amoureux ? » René-Luc explique la différence entre l’attraction et l’amour. Tout commence par une attraction : « Marié ou prêtre, nous devons tous gérer nos attractions, de façon à respecter notre premier engagement, celui que nous avons transformé en un pacte d’amour pour la vie ! Voilà, tout simplement. » On arrive en gare, Sophie doit descendre. Sophie, en catimini, fait une bise sur la joue de René-Luc. Un an après cette rencontre, une deuxième, plus délicate. Dans un groupe, une jeune fille se confie à René-Luc. Elle a rompu avec son petit ami. La complicité va grandissant entre elle et lui. Il se rend compte qu’il est en train  de tomber amoureux. Il gère, mais dans le groupe d’amis personne n’est dupe et on le charrie gentiment. Le voilà donc arrivé à Toulouse pour sa deuxième année de séminaire. Là, catastrophe : à  sa grande surprise, il se rend compte qu’elle lui manque énormément. Cela dure quelques jours. Il est complètement perdu, triste, angoissé. Et puis un matin, pendant son temps de prière personnelle, il se pose la question : « — René-Luc, dans quelle situation aimeras-tu le plus ? La réponse est tout de suite évidente pour moi : — C’est en devenant prêtre que j’aimerai le plus ! — René-Luc, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? — Seigneur, tu sais tout, tu sais que je suis un pauvre type, mais tu sais combien je t’aime ! » C’est ainsi qu’il dit de nouveau oui à Jésus, oui à la prêtrise ! « En quelques heures, l’étau s’est desserré, la joie est revenue. La vocation est comparable à la réalisation d’une icône. Il faut passer plusieurs couches pour que l’image prenne forme. Je crois que la couche de l’expérience de l’amour humain est nécessaire. Je ne parle pas ici de relations sexuelles, mais d’expérimenter profondément que l’on est aimable et capable d’aimer. Cette expérience, loin de remettre en cause un appel à la consécration, peut au contraire lui donner une plus grande dimension », écrit-il.

… en temps de Carême

Le carême, c’est cela : l’image du Christ n’a pas assez pris forme en nous, Ce temps est donc un appel à considérer à nouveau notre vocation sainte pour que « la grâce de Dieu » ne soit pas sans effet en nous. (2 Co. 6, 1)          

1. Le Carême, un temps de remise en question …

Les uns et les autres, baptisés ou futurs baptisés, jeunes ou moins jeunes, nous avons été appelés à la lumière de Dieu. (1 P. 2, 9) C’était une grâce. Peut-être s’est-elle un peu effacée. Il faut que « l’image reprenne forme », comme dit René-Luc, l’image que Jésus a formée en nous au baptême. Mais cela passe par un moment de tristesse.

  • René-Luc s’assombrit, il se sent « complètement perdu, triste, angoissé », selon ses propres termes. Il a reçu un saint appel, va-t-il le remettre en question ?
  • Je suis triste, assombri, perdu, angoissé. J’ai pourtant reçu un appel merveilleux à mon baptême. Vais-je choisir cet état de « Christ » comme tout à nouveau ou l’enfouir ?
  • Le temps du Carême est dans un premier temps, un moment de tristesse.
  • L’Esprit pousse Jésus au désert. Il vient de vivre un moment unique avec Son Père où Il a entendu Sa voix : « Tu es Mon Fils bien-aimé, Tu as toute Ma faveur. » (Mc. 1, 11), Mais l’Ecriture nous dit que : « Aussitôt, l’Esprit le poussa au désert. Et Il était dans le désert quarante jours, tenté par Satan. » (Mc. 1, 12-13) Ce n’était pas très agréable… 
  • Jésus aura encore à se remettre face à Son appel à l’agonie. Échapper à la croix, faire Sa volonté, ou faire la volonté du Père : « Père, si Tu veux, éloigne de Moi cette coupe ! Cependant, que ce ne soit pas Ma volonté, mais la Tienne qui se fasse. » (Lc. 22, 42)

Le début du Carême est donc un temps difficile. Se remettre en question n’est jamais très agréable

2. Le Carême, un temps de mémoire…

Après ce temps de tristesse où l’âme est bousculée, la grâce propre au Carême « intervient » : « Souviens-toi… » L’Esprit Saint rappelle à René-Luc, à Jésus, à nous-même, l’appel reçu :

  • L’Esprit Saint fait se poser une question à René-Luc par une amitié féminine : « Dans quelle situation aimeras-tu le plus ? » Et la réponse vient d’elle-même : « C’est en devenant prêtre. »
  • L’Esprit Saint fait se poser une question à Jésus par les tentations sataniques : « Es-tu bien sûr de renoncer au pouvoir, pour sauver par le bois de la croix ? »Et la réponse est donnée : « Retire-toi, Satan ! » (Mt. 4, 10)
  • En ce temps de Carême, l’Esprit Saint pose aussi une question à notre conscience : « Veux-tu que l’image reprenne forme ? Veux-tu à nouveau rayonner Mon image dans le monde ? » Et la réponse vient d’elle-même : « Oui, Seigneur. » 

Le carême, un temps de grâce visible…

 Le Carême est un temps de grâce.

  • La fin du « carême » de René-Luc se passe bien. Il retrouve sa joie, son élan, son sourire et sa vocation… Il choisit à nouveau le célibat pour le Royaume. « En quelques heures, l’étau s’est desserré, la joie est revenue. »
  • La fin du « carême » de Jésus se passe bien également. Saint Luc nous dit que « Jésus, retourna en Galilée, avec la puissance de l’Esprit et une rumeur se répandit par toute la région à son sujet. Il enseignait dans leurs synagogues, glorifié par tous. » (Lc. 4, 14)
  • La fin du carême aboutira pour certains ici, au baptême, pour d’autres, à la profession de foi, pour d’autres, à un fruit inattendu. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus raconte, dans son « Manuscrit Autobiographique » une épreuve de carême et son fruit. Une novice lui fait part de son désir d’écrire une lettre pour inviter une de ses amies à devenir Carmélite. « Moi, sans en penser plus long, écrit S. Thérèse, je lui dis qu’elle pouvait bien essayer mais avant, qu’il fallait en demander la permission à Notre Mère. Comme le carême était encore loin de toucher à sa fin, vous avez été, Mère bien-aimée, très surprise d’une demande qui vous parut trop prématurée ; et certainement inspirée par le bon Dieu, vous avez répondu que ce n’était point par des lettres que les carmélites doivent sauver les âmes mais par la prière. En apprenant votre décision, je compris tout de suite que c’était celle de Jésus et je dis à Sr. Marie de la Trinité : “Il faut nous mettre à l’œuvre, prions beaucoup. Quelle joie si à la fin du carême, nous étions exaucées !…“ Oh ! miséricorde infinie du Seigneur, qui veut bien écouter la prière de ses enfants… A la fin du carême, une âme de plus se consacrait à Jésus. C’était un véritable miracle de la grâce, miracle obtenu par la ferveur d’une humble novice ! » Il a suffi que ces deux religieuses se remettent face à leur vocation – la prière – pour qu’une merveilleuse grâce leur soit faite.

Conclusion : Le Carême, ce temps où l’âme se retrouve…

Dans l’histoire très simple que relate S. Thérèse, il est clair que ces deux religieuses ont retrouvé leur vocation. Le Carême n’est pas autre chose que cela. Pour beaucoup, le Carême consistera en cette petite histoire de Sr. Marie de la Trinité et de S. Thérèse : il s’agira de reprendre avec plus d’ardeur leur vocation ordinaire :

  • Pour René-Luc, il s’agissait de reprendre ses études et sa vie de prière avec plus d’ardeur.
  • Pour chacun ici, il s’agit de reprendre le cours de son devoir d’état : sa vie professionnelle, sa vie familiale, sa vie dans l’église, etc., avec plus de conscience.

Cela peut être ardu, peu « glorieux ». S. Thérèse nous parle ainsi de sa vie de prière difficile : « la récitation du chapelet me coûte plus que de mettre un instrument de pénitence… Je sens que je le dis si mal ! J’ai beau m’efforcer de méditer les mystères du rosaire, je n’arrive pas à fixer mon esprit… […] Quelquefois lorsque mon esprit est dans une si grande sécheresse qu’il m’est impossible d’en tirer une pensée pour m’unir au Bon Dieu, je récite très lentement un «Notre Père» et puis la salutation angélique ; alors ces prières me ravissent, elles nourrissent mon âme bien plus que si je les avais récitées précipitamment une centaine de fois… » Cette absence de gloire n’empêche pas les fruits… S. Thérèse est devenue patronne de missions, patronne secondaire de la France, Docteur de l’Eglise…

 

Prions : « Seigneur, merci des appels que tu nous as adressés, donne-nous de les retrouver avec force et d’y répondre généreusement. Amen. »

 

Oraison jaculatoire : « J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ? » (Ps. 85,9)

 

Suggestion : Prendre un temps de silence pour écouter les appels que Dieu nous a faits et y répondre généreusement, en disant : « Me voici ! »

 

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Geoffroy de Lestrange
A propos Geoffroy de Lestrange 75 Articles
Le père de Lestrange, curé dans le monde rural, a fait ses études supérieures aux États-Unis. Il y a découvert le Renouveau charismatique catholique ainsi que les églises évangéliques. Bénédictin, puis profès simple chez les frères de Saint-Jean, il a découvert par ces contacts divers, l'importance de la prière pour une nouvelle Pentecôte dans l'Église, souhaitée par tant de papes.

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