La foi face à la maladie

Extrait du livre "Le toucher de la foi"

Source image: Clip "Miséricordieux comme le Père" de Richard Vidal in: ECDQ TÉLÉ

Samedi dernier, après une journée bien pleine, il m’est demandé d’aller voir d’urgence un malade à l’hôpital. Il est dans un état critique. Je lui donne l’Onction des malades. Se relèvera-t-il de sa maladie ? Que veut dire « se relever » de sa maladie ? Est-ce nécessairement le retour à la santé ? Ne nous posons-nous pas la question alors que nous demandons au prêtre le sacrement des malades ? L’évangile d’aujourd’hui répond d’une manière claire à ces questions.

Dans les versets qui précèdent l’évangile que nous venons d’entendre, Matthieu rapporte, en cascade, douze miracles de Jésus :

  1. Celui d’un lépreux. Il demande à Jésus si celui-ci veut le guérir et Jésus l’affirme sans hésiter (8, 1-4).
  1. Celui du serviteur du Centurion, qui, lui aussi, demande à Jésus, avec beaucoup de déférence, de dire « seulement un mot » pour que son serviteur guérisse (8, 8) et Jésus répond favorablement.
  1. Celui de la belle-mère de Pierre (8, 14) où aucune demande n’est faite.
  1. Ceux de nombreux possédés et malades qui lui sont « amenés » et Jésus guérit « tous ceux qui étaient malades »: « Le soir venu, on Lui amena beaucoup de possédés. Par sa parole, Il en chassa les esprits et guérit tous ceux qui étaient malades » (8, 16).

Nous pouvons déjà déduire, de ce chapitre, que Jésus, d’une manière ordinaire veut guérir.

Ces premières actions laissent Jésus insatisfait : Il veut aller au-delà de sa région. Son amour veut se manifester par le nombre, – « tous » sont guéris (8, 16),- mais aussi par l’extension. Jésus veut aller partout.

Au passage, l’évangéliste en profite pour nous dire pourquoi Jésus peut faire tant de miracles. La raison en est une « substitution » (Jean-Paul II, Salvifici Doloris, n°17) : « Ainsi devait s’accomplir l’oracle du prophète Isaïe : ‘Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies’ » (Mt.8, 17).

Cette substitution est expliquée aussi par Paul dans son épître : « Le Christ… est mort pour les coupables que nous étions » (Rm.5, 6). « Le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs » (Rm.5, 8).

Jésus passe donc « sur l’autre rive » (Mt.8, 18).

Il apaise alors une tempête qui risque d’engloutir les apôtres. Jésus en profite pour reprendre ses disciples qui manquent de foi. N’avait-Il pas donné l’ordre d’aller « sur l’autre rive » ? Alors pourquoi douter de son accomplissement, quand bien même une tempête se lève ? Il ne faut pas se fier à ce qui soulève le trouble et l’émotion mais à la parole de Dieu.

Une fois arrivé dans le pays des Gadaréniens, Jésus expulse de nombreux démons des deux démoniaques en leur permettant d’aller dans des « porcs » (8, 32). Ceux-ci n’étaient pas même en état de demander la guérison mais Jésus l’a procurée, comme pour la belle-mère de Pierre.

Expulsé du pays, Jésus retourne « dans sa ville » (9, 1). Des gens Lui amènent aussitôt  un paralytique. Ce geste de foi d’autrui suffit à Jésus qui pardonne au paralytique ses péchés et le guérit (cf. 9,1-7).

Le répit dans l’œuvre de guérison n’est pas long : voici un chef de synagogue qui le supplie pour sa fillette gravement malade. Jésus lui demande de croire quand bien même on lui annonce qu’elle est morte. Il ne faut pas se fier à la mort elle-même mais à la compassion de Jésus plus forte que la mort.

Mais sur le chemin une hémorroïsse le « touche » (9, 21). Ce simple geste suffit pour que Jésus accorde la guérison.

A sa porte, il guérit encore deux aveugles qui ont simplement fait appel à sa compassion : « Aie compassion de nous ! »(9, 27) et affirmé croire qu’Il peut « faire cela » (9, 28). Alors Jésus les guérit.

Enfin, Il n’est pas plutôt sorti à nouveau de sa maison, qu’on lui présente « un possédé muet » (9, 32). La charité d’autrui a suffi pour que Jésus expulse le démon et guérisse.

Ce « service » de guérison et d’enseignement est d’une amplitude sans précédent.

L’évangéliste conclut en notant que la compassion de Jésus le pousse à aller partout pour guérir « toute maladie et toute langueur » : « Jésus parcourait toutes les villes et les bourgades, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute langueur » (9, 35).

Ces miracles nous enseignent :

  • A mettre davantage notre confiance en Jésus que dans des évènements, mêmes « affolants », comme une tempête qui risque de nous engloutir ou la mort d’une fillette.
  • A croire qu’un simple geste ou une simple confiance exprimée suffisent à Jésus pour guérir, comme la femme atteinte de pertes de sang ou les aveugles de Jéricho.
  • A croire que la compassion pour un tiers malade suffit à Jésus pour le guérir, comme le serviteur du Centurion ou le possédé muet.
  • A croire que Jésus veut guérir « tous ceux qui (sont) malades » (8, 16), « toute maladie et toute langueur » (9, 35).
  • A croire que Jésus est tellement compatissant qu’Il veut guérir et délivrer même des âmes qui ne le demandent pas.

Cependant, Jésus veut aller encore plus loin dans l’étendue de sa compassion. Il sait que des multitudes ne seront  pas atteintes par son seul effort : « A la vue des foules, Il fut ému de compassion envers elles parce qu’elles étaient fatiguées et abattues comme des brebis sans berger » (9, 36).

La solution sera :

  • La prière des disciples pour des « ouvriers à la moisson »: «Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (9, 38). 
  • Son pouvoir déféré aux disciples: « Il leur donna autorité sur les esprits impurs avec pouvoir de les expulser et de guérir n’importe quelle maladie et langueur » (10, 1).
  • L’exercice de ce pouvoir. Il ne s’agit pas, pour les disciples d’avoir un pouvoir sans qu’il soit exercé, comme les monarchies représentatives : « Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons » (10, 8).

Les prêtres pardonnent les péchés et oignent les malades. Certains d’entre eux sont exorcistes et, aujourd’hui, la prière de délivrance est même partagée par les fidèles, tout comme le ministère de guérison. Mais pour que la guérison soit l’expérience ordinaire des croyants que nous sommes, il faut :

  • Croire en la compassion du Christ, toujours aussi actuelle qu’elle l’était il y a 2000 ans, toujours aussi « débordante », toujours aussi prête à se manifester.
  • Croire en la délégation du Christ. Quand un frère impose les mains à un malade au nom de Jésus, il faut croire que Jésus Lui-même vient d’imposer les mains.
  • Croire en la substitution du Christ : « En sa blessure, nous sommes guéris» (Is.53, 5). Jésus est mort pour nos maladies, nos douleurs, nos péchés, nos iniquités, notre paix, notre guérison (cf. Is.53, 4-5).

L’attitude fondamentale face à la maladie est donc la foi dans laquelle il nous faut « croître ». Jésus reproche souvent à ses disciples leur manque de foi. En quoi consiste la foi ?

  • La foi consiste à croire que nous avons reçu ce que nous demandons au moment même où nous le demandons : « Tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez déjà reçu, et cela vous sera accordé » (Mc.11, 24), nous dit Jésus.
  • La foi consiste à s’appuyer sur la Parole de Dieu et à la garder dans son cœur. Jésus avait dit « passons sur l’autre rive » (Mc.4, 35) mais les disciples n’y avaient pas prêté attention.
  • La foi consiste à demeurer ferme dans la confiance en Jésus sans s’occuper d’une situation impossible à vue humaine. Jésus incite le chef de la synagogue à ne pas se laisser troubler par ceux qui lui conseillent de ne pas « déranger le Maître » puisque sa fille est désormais morte (Lc.9, 49).
  • La foi consiste à louer Dieu quand bien même l’évidence du miracle n’est pas encore là. Jésus dit à son Père, alors qu’Il n’a pas encore ordonné à Lazare de sortir de son tombeau : « Père, Je te rends grâces de m’avoir exaucé » (Jn.11, 41).

Ces dispositions étant acquises, il arrive que la maladie demeure. Elle peut être alors :

  • Un appel à se « corriger », à se « convertir » (ibid. n°12).
  • Un appel impératif du Christ à Le suivre dans sa Passion. « Le Christ n’explique pas abstraitement les raisons de la souffrance, mais avant tout, Il dit : ‘Suis-Moi’ » (Ibid. n°26). Cet appel a pour but de :
    • Soutenir « les forces du bien, en ouvrant la route au triomphe de ces forces salvifiques »(n°27).
    • Achever la Rédemption : « J’achève en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est l’Église» (Col.1, 24).
    • « Témoigner » pour montrer la « justice » du souffrant, comme Job (ibid. n°11), sa « maturité intérieure » et « sa grandeur spirituelle » (ibid. n°26).

Que ce soit dans la santé ou dans la maladie, le disciple est appelé à « glorifier » Dieu dans son corps (1 Co.6,20).

Je prie : Seigneur, donne-nous de Te glorifier en toutes choses.  Amen. »

Je crie :  «Seigneur, je crois, mais augmente ma foi !»

1 Je veux Te célébrer, Seigneur, Roi; je veux Te louer, ô Dieu Sauveur, je célèbre Ton Nom.

2 Car Tu as été pour moi un protecteur et un secours; Tu as sauvé mon corps de la ruine, du filet de la langue calomnieuse, des lèvres de ceux qui pratiquent le mensonge; et, en face de mes adversaires,

3 Tu  as été mon soutien et Tu m’as délivré, selon la grandeur de Ta miséricorde et de Ton nom, de ceux qui grinçaient des dents, prêts à me dévorer; de la main de ceux qui en voulaient à ma vie, de toutes les tribulations dont j’étais assiégé;

4 de la suffocation du feu qui m’entourait, du milieu d’un feu que je n’avais pas allumé;

5 de l’abîme profond du schéol, de la langue impure et de la parole mensongère adressée au roi, de la calomnie d’une langue injuste.

6 Mon âme s’approchait de la mort, et ma vie touchait au schéol en bas.

7 Ils m’entouraient de toutes parts, et il n’y avait personne pour me secourir; je regardais après le secours des hommes, et il n’y en avait aucun.

8 Alors je me suis souvenu de Ta miséricorde, Seigneur, et de Tes œuvres dans les temps antiques; je me suis souvenu que Tu sauves ceux qui espérent en Toi, et que Tu les délivres des mains des nations idolâtres.

9 Et, prosterné contre terre, j’ai fait monter ma prière, et je T’ai conjuré de me sauver de la mort.

10 J’invoquai le Seigneur, Père de mon Seigneur, pour qu’Il ne m’abandonne point aux jours de ma détresse, au temps des orgueilleux, où il n’y a pas de secours:

11 «Je louerai sans cesse Ton nom, et je Le chanterai dans ma reconnaissance.» Et ma prière a été exaucée,

12 car Tu m’as sauvé de la ruine, et Tu m’as délivré au temps du malheur. C’est pourquoi je Te célébrerai et je Te  louerai, et je bénirai le Nom du Seigneur. (Si.51,1-12)

Imprimer
Geoffroy de Lestrange
A propos Geoffroy de Lestrange 75 Articles
Le père de Lestrange, curé dans le monde rural, a fait ses études supérieures aux États-Unis. Il y a découvert le Renouveau charismatique catholique ainsi que les églises évangéliques. Bénédictin, puis profès simple chez les frères de Saint-Jean, il a découvert par ces contacts divers, l'importance de la prière pour une nouvelle Pentecôte dans l'Église, souhaitée par tant de papes.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire