Les blocages à un amour inconditionnel du Christ

Homélie pour le 13ème dimanche du Temps ordinaire | Dimanche 2 juillet 2017 | Mt 10, 37-42

blocages à l'amour inconditionnel de Jésus
Grégoire Ahongbonon, un Béninois, issu d’une famille pauvre, mais qui a fait fortune en Côte d’Ivoire en réparant des pneus à Bouaké. L’argent était devenu si bien son premier amour qu’il avait abandonné l’Église et sa foi.

Introduction : l’amour préférentiel …

 …de la famille

Il y a quelques mois, je laissais à vos bons soins l’initiative de vous inviter les uns les autres. L’initiative « Et si on s’invitait » a permis à une centaine d’entre vous de se rencontrer. A l’issue du repas que vous organisiez, certains ont regardé, quelques minutes, une séquence du parcours « Alpha » qui posait cette question simple : « Que ferais-tu s’il te restait une journée à vivre ? » Ayant participé à un repas, je me souviens de l’une des réponses qui me fut faite : « Je rassemblerais tous mes enfants, et je passerais un bon moment avec eux. » La question me fut aussi posée : « Et vous, mon Père, que feriez-vous ? » Ma réponse n’a surpris personne : « Je me mettrais face à Dieu, je ferais un examen de conscience, lui demanderais pardon de mes péchés, et je prierais. » Ce qui m’a saisi dans les réponses, c’est que personne ne songeait à la vie éternelle ! Mes paroissiens étaient happés par un amour légitime, celui de leur famille. Le micro-trottoir du parcours Alpha donnait aussi des réponses ahurissantes, comme : « Je passerais une journée à me faire bronzer sur la plage. »

… de l’argent

Grégoire Ahongbonon, un Béninois, issu d’une famille pauvre, mais qui a fait fortune en Côte d’Ivoire en réparant des pneus à Bouaké, aurait eu ce genre de réponse. L’argent était devenu si bien son premier amour qu’il avait abandonné l’Église et sa foi. De même, la fortune conduisait une dame propriétaire d’une grande chaine de restaurants à dire, lors d’une entrevue télévisée : « Moi, je n’ai pas besoin de Dieu dans ma vie, j’ai tout ce qu’il me faut. » Seulement, Grégoire fait faillite. Il déprime et pense au suicide. Heureusement, un missionnaire l’emmène en pèlerinage à Jérusalem. Il y retrouve « l’amour du Christ de [son] enfance. » « À Jérusalem, j’ai fait trois vœux : mettre l’Évangile en pratique, faire découvrir la Ville sainte à mon épouse, obtenir la conversion de ma mère. Ces deux derniers vœux ont été exaucés. Quant au premier, j’essaie de le vivre. » Au retour, il demande à Léontine, son épouse : « Quelle pierre puis-je apporter à la construction de l’Église ? » Dans leur quartier musulman, les Ahongbonon lancent un petit groupe de prière chrétien. «Un jour, je vois un homme nu qui fouille une poubelle afin de se nourrir. Une voix intérieure me dit : “Tu Me cherches dans la prière et les sacrements, c’est bien, Grégoire. Mais Je suis aussi dans les plus pauvres”. » C’est le début d’une incroyable aventure qui le conduit à bâtir des dizaines de centres, baptisés « Oasis d’amour », afin d’accueillir « les oubliés des oubliés », les malades psychiques. « En France, vous avez deux mille psychiatres ; il n’y en a qu’un au Bénin. Et au Togo, un seul hôpital psychiatrique : les malades y sont enfermés, nus, dans des cages, au milieu de leurs déjections. C’est pourquoi nous y bâtissons quatre centres. »

…de Jésus

Comment passer d’un amour légitime pour sa famille ou d’un amour excessif pour l’argent, à un amour préférentiel du Christ ?  « Celui qui aime son père ou sa mère plus que Moi n’est pas digne de Moi ; celui qui aime son fils et sa fille plus que Moi, n’est pas digne de Moi. » (Mt. 10, 37) Comment un S. Paul est-il arrivé à considérer tout comme une perte s’il ne gagne pas le Christ ? « Je considère tout comme une perte à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus, Mon Seigneur. […] Je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ. » (Ph. 3, 8-9)

1. Les blocages…

… dus à notre confiance en nous-mêmes

Les Chrétiens qui jouissent d’une famille, Grégoire Ahongbonon, la propriétaire d’une chaîne de restaurants, ne se posent pas de questions. Ils sont heureux. Ils ont confiance dans ce que S. Jean appelle « le monde ».  S. Paul, quant à lui, a placé sa confiance en ses bonnes pratiques religieuses, mais de bonnes pratiques religieuses ne sont pas à confondre avec l’amour de Dieu et du prochain. De bonnes pratiques religieuses peuvent être aussi très « charnelles ». Notre confiance« dans la chair » (Ph. 3, 3), c’est-à-dire en nous-mêmes, peut être très diverse. Elle peut être placée :

  • Dans nos origines ethniques, comme S. Paul. Il est « de la race d’Israël ».
  • Dans notre vie morale, comme S. Paul encore : « Quant à la justice que peut donner la Loi, un homme irréprochable. » (Ph. 3, 6)
  • Dans nos biens matériels, comme Grégoire, et cette propriétaire d’une chaîne de restaurants.
  • Dans nos relations, comme ces paroissiens, heureux de leur vie familiale. Etc.

… reconnus et dépassés

Pourtant, ceci est la surface, il faut bien l’affirmer. Paul, tout zélé qu’il était, au fond de lui-même n’était pas heureux. Grégoire, tout riche qu’il était, au fond de lui-même n’était pas heureux. Tous, malgré nos dénégations, nous faisons l’expérience de « blocages ». Telle situation n’avance pas : situation familiale, financière, émotionnelle, morale, etc… Pour triompher de ces blocages, il importe :

  1. De s’arrêter un instant et de mettre un mot sur le problème, (on peut prier pour cela).
  2. De parler de son problème. « Qui cache ses transgressions ne prospère pas. Qui les avoue et y renonce, obtiendra miséricorde. » (Pr. 28, 13) La confession, la direction spirituelle, la vie fraternelle sont faits pour cela.
  3. De s’engager à changer par « un ferme propos ». Le pardon de Dieu exige non seulement la sincérité, mais un engagement déterminé à se convertir.
  4. De changer sa manière de penser, surtout si celle-ci nous fait piétiner. « Que le renouvellement de votre jugement vous transforme. » (Rm. 12, 2) C’est ce que nous faisons quand nous proclamons la Parole de Dieu. Confesser signifie « dire la même chose que quelqu’un avec lui. » (Du verbe latin confiteor, composé du verbe “fateor“: proclamer, avec le préfixe “con“ : avec.) Renouveler sa pensée, c’est  proclamer ce que Dieu dit, plutôt que de proclamer ses propres pensées. « Prenez l’épée de l’Esprit qui est la Parole de Dieu », (Ep. 6, 17) suggère S. Paul. Il est très dommageable que les Chrétiens se nourrissent d’un quotidien à grand tirage ou des nouvelles de la télévision, mais ne proclament pas de bouche ce que dit le Seigneur dans l’Ecriture.
  5. De confesser la parole de Dieu avec ses lèvres et son cœur. « Si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. » (Rm. 10, 9) Il est à noter qu’avant de croire en son cœur, Paul recommande de confesser avec sa bouche, comme si la confession de la bouche entraînait la foi du cœur.
  6. De marcher résolument sous l’étendard du Christ. Croire en Dieu, c’est bien, mais S. Jacques demande que cette foi se manifeste par des actes. « Mettez la parole en pratique », (Jc. 1, 22) dit-il. C’est ce que comprend Grégoire. Il a fondé un groupe de prière, il reçoit les sacrements, mais le Seigneur l’incite à couvrir celui qui est nu : « Si un frère ou une sœur sont nus, s’ils manquent de nourriture quotidienne, et que l’un d’entre vous leur dise : “Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous“, sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il ? Ainsi en est-il de la foi : si elle n’a pas les œuvres, elle est tout à fait morte. » (Jc. 2, 15- 17)                                  

2. La suite du Christ…

Comment « ne rien préférer à l’amour du Christ » ? (S. Benoît, Règle, 4, 21) Comment préférer Jésus à tout ? Cela ne peut se faire sans une révélation.  S. Paul parle aux Galates de « Celui qui […] daigna révéler en moi son Fils ». (Gal. 1, 15) Aux Ephésiens, il écrit : « Vous avez appris, je pense, comment Dieu m’a dispensé la grâce qu’Il m’a confiée pour vous, m’accordant par révélation la connaissance du Mystère. […] A me lire, vous pouvez vous rendre compte de l’intelligence que j’ai du Mystère du Christ. » (Ep. 3, 2-3) Il faut donc pour préférer Jésus à tout :

  • Admettre nos blocages. « Saul, Saul, pourquoi Me persécutes-tu ? » D’où s’ensuit une interrogation : « Qui es-tu Seigneur ? » (Ac. 9, 4-5) Pour Grégoire, son blocage, c’est sa faillite. Il tombe de son cheval à lui, qui n’est pas une tradition religieuse, comme pour S. Paul, mais son obsession de l’argent.
  • Un disciple qui vous aide à vous libérer. « Relève-toi, dit le Seigneur à Paul, et l’on te dira ce que tu dois faire. » (Ac. 9, 6) Ainsi, Grégoire est repêché par un missionnaire in extremis, et conduit dans un pèlerinage qu’il continue encore !
  • Un changement d’état d’esprit, et un engagement communautaire. Grégoire comprend que changer d’état d’esprit est un engagement continuel, comme le dit d’ailleurs le Catéchisme de l’Eglise Catholique. Le Catéchisme nomme cette conversion une « seconde conversion ». C’est la conversion exigée par Jésus après le reniement de Pierre. Pour débloquer sa peur de Le confesser, le Christ oblige Pierre à Le confesser trois fois devant tous les disciples. Cette seconde conversion, dit le Catéchisme, « a aussi une dimension communautaire ». Grégoire le comprend intuitivement en fondant un groupe de prière.

Conclusion : Un amour qui nous dépasse…

Pierre est bloqué dans son amour pour le Christ par pusillanimité, Jésus lui donne la clé de la confession des lèvres pour ne plus Le trahir. Confions le ou les blocages de nos vies au Seigneur pour qu’Il puisse nous donner des clés afin de L’aimer plus que tout.

 

Prions : « Seigneur, nous voulons Te laisser « débloquer » nos vies afin de T’aimer sans mesure. Amen. »

 

Question : Quels blocages vous semble-t-il nécessaire de surmonter pour ne rien préférer au Christ ? 

           

Oraison jaculatoire : « Ta grâce accroît ma vigueur ! » (Ps. 89, 18)

 

Suggestion : Prendre un moment pour noter ce qui semble ne pas avancer dans nos vies et confier ce « blocage » à Dieu et/ou à un frère (une sœur) en Dieu.

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Geoffroy de Lestrange
A propos Geoffroy de Lestrange 65 Articles

Le père de Lestrange, curé dans le monde rural, a fait ses études supérieures aux États-Unis. Il y a découvert le Renouveau charismatique catholique ainsi que les églises évangéliques. Bénédictin, puis profès simple chez les frères de Saint-Jean, il a découvert par ces contacts divers, l’importance de la prière pour une nouvelle Pentecôte dans l’Église, souhaitée par tant de papes.

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