La superficialité ou l’absence du Saint Esprit

Homélie pour le 3ème dimanche de Pâques | Lc 24, 35-48

La soeur Amélie refuse la superficialité de ce monde
Soeur Amélie Daras. Source photo: Jeunes cathos.fr

Introduction : La vie superficielle

… d’Amélie Daras

« Jusqu’à mes 16 ans, confie Amélie Daras au journal La Croix, le 24 mars dernier, j’ai été complètement athée et anticléricale. Cette année-là, marquée par le décès de mon grand-père, m’a amenée à me poser toutes les questions existentielles de la vie. Jusqu’à mes 24 ans, j’ai cherché Dieu, sans trouver dans mon entourage des personnes qui pouvaient m’aider. Je L’ai cherché dans le sport, la fête, les voyages, les études, je ne L’ai pas trouvé. Je L’ai cherché dans toutes les religions – sauf chrétienne – sans succès. Et puis, à 23 ans, alors que j’étais en échange universitaire aux Etats-Unis, j’ai rencontré des Chrétiens – pour la plupart protestants – et ma vie a été bouleversée. J’avais rencontré Jésus. À mon retour en France, alors que j’étais prête à travailler et à m’engager dans une relation, je me suis rendu compte que j’avais d’autres projets dans le cœur. J’ai décidé de partir, pendant un an, en volontariat. Dans une lettre de refus à mes services, un post-scriptum a pourtant retenu mon attention :  « Peut-être pouvez-vous essayer “Vides“. »

Quelques mois plus tard, en septembre 2002, je prenais l’avion pour me rendre à Puerto Montt, dans le sud du Chili, dans un lycée professionnel pour jeunes filles pauvres, géré par les huit Sœurs de S. François de Sales. Là, j’y ai aidé pendant un an la responsable de l’internat, j’ai remplacé des professeurs absents, j’ai donné des cours de sport, d’anglais, d’informatique… À ce moment-là, je ne pouvais pas mettre des mots sur ce qui m’arrivait. Après avoir découvert la joie d’être aimée de Dieu, je découvrais le bonheur de servir. Je me rendais compte que c’était finalement moi, la plus pauvre de tous, là-bas, parce que je ne parlais pas très bien espagnol, parce que je ne connaissais rien à la culture chilienne, parce que tous souriaient constamment… Alors je priais en silence, et je lisais la Bible.

J’ai été si bien accueillie, que je me suis sentie comme dans une famille. Sœur Mirta, la responsable de l’établissement, m’a aidée à traverser certains moments difficiles en m’apprenant à verbaliser mes peines, mes joies, mes tristesses. Pendant les grandes vacances chiliennes, ma soif du service m’a poussée à prendre la route pour partir plus au nord, à Santiago, dans un orphelinat tenu lui aussi par les Sœurs salésiennes. Parmi tous les enfants que j’ai rencontrés là-bas, une petite orpheline m’a bouleversée. Elle m’a prise un jour par la main, et m’a montré une statue de la Vierge en me disant : “Je te présente ma maman.“ Cette foi extraordinaire, couplée à ce profond manque d’affection, m’ont transformée.

Le retour à Paris a été difficile. J’avais l’impression d’avoir vécu un rêve, j’étais si heureuse là-bas. Je me souviens avoir fondu en larmes, sur un quai de métro, en lisant un slogan publicitaire vantant « la vie, la vraie » et incitant à la consommation. Tout me paraissait d’un coup si superficiel… Peu à peu, la vie a repris son cours. J’ai trouvé du travail à Grenoble, dans un cabinet de brevet d’invention. Mais le soir, je priais en disant : « Seigneur, donne-moi un endroit où je puisse Te servir, sinon je vais mourir ! »  Après plusieurs années de réflexion, c’est finalement au sein de la congrégation salésienne que j’ai décidé de vivre mon engagement. Mon expérience chilienne a bien sûr été au fondement de ce choix… Je suis, depuis, tellement heureuse de faire, au quotidien, la volonté de Dieu, en attendant de prononcer, dans deux ans et demi, mes vœux définitifs. »

…des apôtres

Cette superficialité était celle de Pierre, aussi rappelle-t-il à ses « bien-aimés » que ce n’est pas  « par des biens corruptibles » qu’ils ont été rachetés de leur « conduite superficielle », mais par le sang précieux du Christ. (1 P. 1, 18) En quoi Pierre était-il « superficiel » ? En quoi pouvons-nous l’être ? Et comment réagir à notre superficialité ? C’est la question que pose l’évangile de ce jour.

1. La superficialité…

La superficialité des hommes ne consiste pas simplement dans un accaparement de l’esprit aux choses d’ici-bas. Elle est plus grave que cela. Elle vient de l’aveuglement de l’intelligence par :

  1. Le dieu de ce monde. Paul, quoique s’en remettant à l’intelligence de tout homme, rencontre l’incrédulité, à cause du dieu de ce monde : « Que si notre Evangile demeure voilé, c’est pour ceux […] dont le dieu de ce monde a aveuglé l’entendement (νοήματα).» (2 Co. 4, 3-4)
    • C’est ce qui se passe pour Amélie. Elle cherche Dieu, mais le dieu de ce monde l’aveugle en la conduisant sur de fausses pistes : « J’ai cherché [Dieu] dans le sport, la fête, les voyages, les études, je ne l’ai pas trouvé. »
    • C’est ce qui se passe pour les Apôtres, qui, au soir de la sainte Cène, se demandent qui est le plus important ! « Il s’éleva aussi entre eux une contestation : lequel d’entre eux pouvait être tenu pour le plus grand ? » (Lc. 22, 24)
    • Les richesses. C’est ce qui se passe pour « ceux qui veulent amasser des richesses, ils tombent dans la tentation, dans le piège, dans une foule de convoitises folles (νοήτους) et funestes. » (1 Tm. 6, 9)
  2. L’absence de méditation.
  • Aux disciples d’Emmaüs, Jésus dit : « Esprits sans intelligence (νόητοι)! Comme  votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et Jésus se fait catéchiste pour ces sans cervelle : « Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, Il leur interpréta, dans toute l’Ecriture, ce qui Le concernait. » (Lc. 24, 26-27)
  • Amélie, coupée de tout, est contrainte de méditer: « Je me rendais compte que c’était finalement moi, la plus pauvre de tous, là-bas. Parce que je ne parlais pas très bien espagnol, parce que je ne connaissais rien à la culture chilienne, parce que tous souriaient constamment… Alors je priais en silence, et je lisais la Bible. »

2. La nécessité d’une révélation…

La réponse à cette terrible cécité ou superficialité, c’est principalement :

Une rencontre.

  • Les disciples d’Emmaüs saisissent qui est en face d’eux lorsque Jésus marche avec eux, leur explique les Ecritures et, finalement, rompt le pain : « Et il arriva, comme Il était à table avec eux, qu’Il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils Le reconnurent; mais Il avait disparu devant eux. » (Lc. 24, 30-31)
  • Amélie, « complètement athée et anticléricale », rencontre de vrais témoins de la foi qui la conduiront à « rencontrer Jésus ». « A 23 ans, alors que j’étais en échange universitaire aux États-Unis, j’ai rencontré des Chrétiens – pour la plupart protestants – et ma vie a été bouleversée. J’avais rencontré Jésus. »

Une révélation ou une illumination, œuvre toute particulière du Saint Esprit.

  • A Pierre qui a su répondre à Jésus demandant qui Il était, Jésus dit : « Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est Mon Père qui est dans les cieux. » (Mt. 16, 17) Nous avons donc une superficialité « congénitale » !
  • A Nicodème qui s’aventure dans une timide profession de foi, en disant à Jésus qu’Il vient sûrement « de la part de Dieu comme un Maître », (Jn. 3, 2) Jésus répond que cette confession de foi est insuffisante pour entrer dans le Royaume de Dieu. Il faut l’illumination du Saint Esprit : « Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. » S. Thomas d’Aquin, commentant ce verset, précise l’absolue liberté du Saint Esprit dans la révélation de Dieu à un cœur humain : « C’est en vertu [de la liberté] de Sa puissance que [le Saint Esprit] souffle où Il veut et quand Il veut, en illuminant les cœurs des hommes. » (Commentaire sur le chapitre 21)

Conclusion : Dépasser la superficialité…

 … avec la sainte Vierge

Sur la chaîne KTO, chaîne de télévision catholique, une question rituelle est demandée par un journaliste à ceux qu’il interroge : « Que diriez-vous à quelqu’un qui souhaite rencontrer Dieu ? » En un mot, que dire à quelqu’un qui se bat contre le dieu de ce monde, cherchant à aveugler son intelligence, à le maintenir dans les ténèbres ? Les réponses sont diverses et souvent très belles. L’une d’elles a retenu mon attention en ce mois de Marie qui commence, celle d’un ancien footballeur, Florian Boucansaud. « Quand on est aveugle, on est aveugle, reconnaît-il humblement en parlant de sa cécité spirituelle passée. Je dirais à une personne qui veut rencontrer Dieu, de solliciter la Sainte Vierge. Tous les matins, tu vas prier la sainte Vierge par un petit “Je vous salue Marie“, en lui demandant qu’elle te fasse connaître son Fils. »

… avec l’Esprit de Dieu

Il faut savoir, en effet, comme les disciples d’Emmaüs, « retenir » Jésus. « Jésus fit semblant d’aller plus loin, mais ils s’efforcèrent de Le retenir. » ( Lc. 24, 29) Sa miséricorde se laisse toujours faire. Retenir Jésus, cela veut dire, pour nous aujourd’hui, retenir Son Esprit au fond de nos cœurs en confessant la désolation de notre cœur quand Il n’est pas là. « Les Apôtres, dit S. Séraphin de Sarov, savaient toujours si, oui ou non l’Esprit de Dieu était avec eux. » Pourquoi ? Parce que quand leurs cœurs  étaient vides, ils le sentaient, comme chacun de nous. Ils savaient alors pleurer, prier, pour que le Saint Esprit ne les quitte jamais. Il n’est plus permis de manquer de sagesse, de manquer du Saint Esprit, alors que le Seigneur a promis de Le donner à ceux qui le Lui demanderaient : « Si vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-Il l’Esprit Saint à ceux qui L’en prient. » (Lc. 11, 13)

Prions : « Seigneur, nous étions comme des brebis errantes, « des insensés (ἀνόητοι), des rebelles, des égarés, esclaves d’une foule de convoitises et de plaisirs […] mais poussé par [Ta] seule miséricorde, [Tu] nous a sauvés par le bain de la régénération et de la rénovation en l’Esprit Saint. »  (Tt. 3, 3-4) Nous T’en rendons grâce.

Question : A quoi est dû la superficialité de l’homme ?

Suggestion : Découvrir à Dieu sa superficialité, son vide du Saint Esprit.

Oraison jaculatoire : « Viens, Esprit Saint, Père des pauvres, en mon cœur. »

Imprimer
Geoffroy de Lestrange
A propos Geoffroy de Lestrange 74 Articles
Le père de Lestrange, curé dans le monde rural, a fait ses études supérieures aux États-Unis. Il y a découvert le Renouveau charismatique catholique ainsi que les églises évangéliques. Bénédictin, puis profès simple chez les frères de Saint-Jean, il a découvert par ces contacts divers, l'importance de la prière pour une nouvelle Pentecôte dans l'Église, souhaitée par tant de papes.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire