Le sacrifice « propitiatoire » de Jésus

Homélie pour le Jeudi Saint, Année «A», Jn. 13, 1-15

Source image: Clip: vie religieuse.fr

Introduction : Le propitiatoire …

… expliqué à Jérôme

S. Jérôme avait voulu, dans une première période de sa vie, être ermite. Jérôme se demande pourquoi cet essai est infructueux, quand Jésus lui parle :

– Jérôme,dit-Il, qu’as-tu à Me donner ? Que vais-Je recevoir de toi ?

– La solitude dans laquelle je me débats, Seigneur, répondit-il.

– Excellent, Jérôme, répondit Jésus. Je t’en remercie. Tu as vraiment fait de ton mieux. Mais as-tu quelque chose de plus à M’offrir ?

– Naturellement, Seigneur, reprit-il, mes jeûnes, la faim, la soif : je ne mange qu’au coucher du soleil. 

– Excellent Jérôme, je t’en remercie. Je le sais, tu as fait de ton mieux. Mais as-tu encore autre chose à Me donner ?

Jérôme évoque alors ses veilles, son étude, son célibat, sa pauvreté, etc… Mais Jésus demande encore :

– Jérôme, as-tu quelque chose de plus à Me donner ?

De guerre lasse, Jérôme répond :

– Seigneur, je t’ai déjà tout donné, il ne me reste vraiment plus rien !

Alors il se fit un grand silence dans la grotte et jusqu’aux confins du Désert de Juda, et Jésus répliqua une dernière fois : « Si Jérôme, tu as oublié une chose : donne-Moi encore tes péchés, afin que Je puisse te les pardonner… » Jérôme n’avait pas besoin d’apaiser Jésus par une vie héroïque. Jésus attendait davantage que Jérôme vienne à Lui avec ses faiblesses, son péché. C’était la raison-même de ce sacrifice que nous offrons ce soir, un sacrifice dit « propitiatoire », une expression peu appréciée des Protestants.

…expliqué aux Protestants

Messieurs Vigne et Gibert, convertis au Catholicisme, le savent si bien qu’ils se proposent de leur en expliquer le sens:

« La seule chose que vous ne pouvez souffrir, c’est ce terme propitiatoire. Qu’est-ce que signifie ce terme de propitiatoire ? L’on entend généralement par ce mot tout ce qui nous rend quelqu’un propice et favorable, qui apaise sa colère, et qui nous attire les témoignages de sa bonté. Selon l’idée de ce mot, peut-on trouver de la difficulté à donner à l’Eucharistie le nom de Sacrifice de propitiatoire, puisque, dans la célébration de ce Mystère, non seulement l’on offre à Dieu le cœur et le corps des fidèles en sacrifice vivant, mais on Lui présente le Corps de son Fils qui est mort une fois sur la croix, et son Sang comme répandu pour les péchés des hommes, ce qui est sans doute capable d’apaiser sa colère. […] Il n’est plus nécessaire que Jésus-Christ verse son sang, ou qu’Il soit égorgé pour satisfaire les droits de Sa justice et apaiser Son courroux, cela a été fait une fois pour toutes sur la croix. Mais comme ce paiement ne nous profiterait de rien, s’il ne nous était appliqué, […] non seulement Il s’offre immédiatement dans le ciel par son intercession, […] mais encore il s’offre médiatement par le ministère des Prêtres. » (Lettres, Ed. André Roux, 1685, pp. 82 à 85)

1. Le propitiatoire de l’ancienne alliance…

Dans la religion juive, le propitiatoire était le dessus de l’arche d’alliance. Deux anges, appelés chérubins, couvraient de leurs ailes le propitiatoire. Ce propitiatoire était encore appelé « siège de la miséricorde, « lieu de l’expiation ». Ce lieu était :

  • Un lieu de rencontre. C’est là que le Seigneur rencontrait Moïse, « du haut du propitiatoire, entre les deux chérubins placés sur l’arche du témoignage, Je te donnerai tous mes ordres pour les enfants d’Israël ». (Ex. 25, 22)
  • Un lieu de pardon. Alors que le peuple d’Israël vient d’adorer un veau d’or, Moïse dit au peuple : « Vous avez commis un grand péché. Je vais maintenant monter vers l’Eternel : j’obtiendrai peut-être le pardon (Kaphar) de votre péché. » (Ex. 22, 30)
  • Un lieu de sanctification. «  Pendant sept jours, tu feras des expiations (Kaphar) sur l’autel, et tu le sanctifieras; et l’autel sera très saint, et tout ce qui touchera l’autel sera sanctifié. » (Ex. 29, 37)
  • Un lieu de rachat. « Tu recevras des enfants d’Israël l’argent du rachat, et tu l’appliqueras au travail de la tente d’assignation; ce sera pour les enfants d’Israël un souvenir devant l’Eternel pour le rachat (Kaphar) de leurs personnes. » (Ex. 30, 16)
  • Un lieu de purification. « Le sacrificateur fera pour celui qui se purifie l’expiation (Kaphar) devant l’Eternel. » (Lv. 14, 31)

… une préfiguration

Ce propitiatoire était une préfiguration du Christ, un Christ inaccessible :

  • Les chérubins de gloire [couvraient] d’ombre le propitiatoire. (He. 9, 5)
  • Les chérubins gardaient déjà Jésus, l’Arbre de vie en Eden, empêchant l’homme de Le manger : «Voilà que l’homme, dit l’Eternel, est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal ! Qu’il n’étende pas maintenant la main, ne cueille aussi de l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours. Et Yahvé Dieu le renvoya du jardin d’Eden pour cultiver le sol d’où il avait été tiré. Il bannit l’homme et il posta devant le jardin d’Eden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l’arbre de vie. » (Gn. 3, 22-23)

une préfiguration efficace

Néanmoins, malgré les restrictions attachées au Saint des Saints – le grand-prêtre ne pouvait y entrer qu’une fois par an – ce propitiatoire restait un lieu de la présence de Dieu. Quand le rideau du Temple se déchira, à la mort de Jésus (cf. Mt. 27, 51), l’effroi dût être immense parmi les prêtres. Cela ne signifiait-il pas que la sainte Présence de Dieu avait quitté le Temple ?

… Jésus ?

Cette tragédie se passe au moment où Jésus expire : « Jésus poussa de nouveau un grand cri, et rendit l’esprit.  Et voici, le voile du Temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent… » (Mt. 27, 50-51) Que signifie cette coïncidence entre le voile déchiré et Jésus qui expire ? Voilà la question que pose le Sacrifice de ce soir.

2. Le Propitiatoire de la nouvelle alliance…

Pour S. Paul, le propitiatoire n’est pas un lieu, mais une Personne, Jésus : « Dieu l’a exposé, propitiatoire par son propre sang. » (Rm. 3, 25). Mais Jésus ne devient « propitiatoire » qu’au moment où Il expire. C’est pourquoi, Il clame, avant de mourir : « C’est achevé. » (Jn. 19, 30)

 Le propitiatoire nouveau, Jésus :

  • Est ouvert.
  • Jusque-là, le rideau du Temple était une séparation entre le peuple et Dieu : « Dans [ce sanctuaire] seul le grand-prêtre pénètre, et une seule fois par an, non sans s’être muni de sang qu’il offre pour ses manquements et ceux du peuple. L’Esprit Saint montre ainsi que la voie du sanctuaire n’est pas ouverte. » (He. 9, 7-8)
  • Le rideau du Temple déchiré  symbolise le Corps ouvert par la lance à la croix.
  • Le sang avec lequel le grand-prêtre entrait dans le lieu saint était « absolument impuissant à enlever des péchés », (He. 10, 11) ne pouvait « rendre parfait l’adorateur en sa conscience ». (He. 9, 9)
  • A l’inverse, le sang de Jésus est un sacrifice unique : « Par une oblation unique, Il a rendu parfait pour toujours ceux qu’Il sanctifie. » (He. 10, 14)
  • Purifie et permet un culte authentique à Dieu.
  • Son sang est sans tache. « Qui pourra me convaincre de péché ? » (Jn. 8, 46) dit Jésus à ses détracteurs.
  • Le sang de Jésus, parce qu’il est sans tache, a le pouvoir de purifier. « Combien plus le sang du Christ, qui par un Esprit éternel s’est offert Lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes pour que nous rendions un culte au Dieu vivant. » (He. 9, 14)
  • Met la loi de Dieu dans les cœurs.
  • La loi, extérieure, écrite, était souvent transgressée, vécue comme un fardeau.
  • La loi nouvelle est désirée par ceux qui en vivent : « Telle est l’alliance que Je contracterai avec eux après ces jours-là, le Seigneur dit : “Je mettrai Mes lois dans leur cœur et Je les graverai dans leur pensée. “ » (He. 10, 16)

Conclusion : Le propitiatoire nouveau exige…

… la foi

Le propitiatoire nouveau exige la foi : « Dieu L’a exposé, propitiatoire par son propre sang, moyennant la foi. » (Rm. 3, 25)

… l’esprit de pauvreté

En d’autres termes, Jésus nous répète, comme à la Samaritaine, qui est loin d’être une sainte : « Si tu savais le don de Dieu, et qui est Celui qui te dit : “donne-moi à boire“, c’est toi qui L’en aurais prié et Il t’aurait donné de l’eau vive. » (Jn. 4, 10) Jésus, dit à la croix : « J’ai soif » (Jn. 19, 28) Il a soif de nos demandes.

… la pratique de la pauvreté

L’Eucharistie, c’est ennuyeux, toujours la même chose. Déjà les Hébreux se plaignaient de la monotonie de la manne dans le désert. Ils préféraient les oignons d’Egypte, les concombres, etc. Serons-nous identiques au peuple Hébreux, nous qui savons que cette nouvelle manne n’est autre que Jésus Christ ?

… la pratique de l’humilité

Jésus propose dans ce sacrifice la pratique de l’humilité. Si nous venions devant ce sacrifice « propitiatoire » comme des pécheurs, nous le désirerions toujours. Ce « propitiatoire » seul peut satisfaire notre désir de sainteté.

 

Prions : « Seigneur,  Tu veux nous  prodiguer Ta sainteté. Donne-nous d’avoir une foi vive en Ta propitiation, de nous en réjouir toujours. Amen. »

 

Oraison jaculatoire : « Je Te mange, je vis aussi par Toi. » (Jn. 6, 57)

Question : Qu’est-ce qu’évoque pour vous le sacrifice « propitiatoire » de Jésus ?

 

Suggestion : Prendre un temps d’action de grâces pour la propitiation de Jésus dans nos vies.

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Geoffroy de Lestrange
A propos Geoffroy de Lestrange 75 Articles
Le père de Lestrange, curé dans le monde rural, a fait ses études supérieures aux États-Unis. Il y a découvert le Renouveau charismatique catholique ainsi que les églises évangéliques. Bénédictin, puis profès simple chez les frères de Saint-Jean, il a découvert par ces contacts divers, l'importance de la prière pour une nouvelle Pentecôte dans l'Église, souhaitée par tant de papes.

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