Vous voulez faire revenir les « milléniaux » à l’Église? Arrêtez d’essayer de la rendre cool!

Les milléniaux veulent une Église inclusive et authentique

christianisme authentique
Source image: (John Jay Cubuay/pour le Washington Post)

Rachel Held Evans est bloggeuse et auteur de « Searching for Sunday: Loving, Leaving, and Finding the Church. »

Caffè macchiato, appelé également espresso macchiato, est un café expresso surmonté d’une petite couche de mousse de lait, à l’instar d’un café noisette. Il s’agit d’un expresso sur lequel on verse une couche de mousse de lait chaud fouetté. (Wikipedia)

Les notes de bass résonnent encore sur le plancher alors qu’un pasteur barbu s’arrête pour inviter l’assemblée, baignée par la lumière de deux écrans géants, à tweeter #IlEstVivant. L’odeur du café frais arrive du lobby, où vous pouvez commander des macchiatos et acheter de jolies tasses arborant un logo au design élégant. Les chaises sont confortables et la musique sonne comme celles qui font les palmarès des radios commerciales. À la fin de la célébration, quelqu’un gagnera un iPad. 

C’est, selon plusieurs Églises, ce que veulent les milléniaux tels que moi. Pas étonnant que les pasteurs le pensent aussi. La fréquentation de l’Église a perdu des plumes auprès des jeunes adultes. Aux États-Unis, 59 pour-cents des 18-29 ans de culture chrétienne ont, à un moment ou un autre, laissé tomber la pratique. Selon le Forum Pew sur les religions et la vie publique, parmi ceux qui sont devenus adultes autour de l’an 2000, un solide quart se réclament d’aucune religion, ce qui fait de ma génération une génération encore plus déconnectée de la foi que la « Génération X » ait pu l’être à cet âge, et deux fois plus détachée que ne le furent les baby-boomers à cette étape de leur vie. 

En réponse, plusieurs Églises ont cherché a attirer les milléniaux par un style plus jeunes: des groupes de musique plus cool, une liturgie plus hip, une programmation plus élaborée, des technologies impressionnantes. Bien que tout cela ne soit pas de mauvaises idées en soi et qu’elles puissent être dans certains cas efficaces, ce n’est pas la clé pour attirer les milléniaux à un retour vers Dieu d’une manière durable et signifiante. Les jeunes ne veulent pas simplement un meilleur show. Et tenter d’être cool pourrait empirer les choses. 

Vous avez autant de chances d’entendre les mots « parts de marché » et « commercialisation » dans des réunions d’équipe d’Églises ces jours-ci qu’au cours de n’importe quelle autre réunion de bureau. Les Méga-Églises telles que celle de Saddleback in Lak Forest, en Californie, et celle de Lakewook, à Houston, Texas, ont des départements complets de marketing dédiés à séduire de nouveaux membres. Kent Shaffer, de Churchrelevance.com fait régulièrement le palmarès des meilleurs logos et sites web et proposent des consultations stratégiques à des organisations telles que que Saddleback et LifeChurch.tv

De plus en plus, les Églises offrent des séries de sermons sur iTunes et des services de concerts liturgiques aux noms tels que « Vine » (La Vigne), ou « Gather » (Rassembler). Le groupe de jeunes adultes à l’Église Fraternelle du pasteur Ed Young, basée à Dallas, s’appelle « Prime », et un groupe de parents de leur Église-mère à Houston s’appelle « Vertical ». Les Églises ont fait la une des journaux ces dernières années pour avoir donné des tablettes électroniques, des télévisions et même des voitures pour Pâques. Malgré tout, la fréquentation des jeunes ne lève pas. 

Comment enlever le Christ du christianisme

Une recherche récente du Groupe Barna et du « Cornerstone Knowledge Network » conclut que 67% des milléniaux préfèrent une Église « classique » à une Église « tendance », et 77% choisiraient un « sanctuaire » plutôt qu’un « auditorium ». Pendant qu’on essaie de réconcilier le mot « traditionnel » (seulement 40% le préfèrent au mot « moderne »), les milléniaux manifestent une aversion croissante pour les communautés exclusives et étroites d’esprit maquillées en « endroits le plus tendance en ville ». Pour une génération bombardée par la publicité et les discours de vente, et pour qui la charge de « non-authentique » est aussi blessante qu’insultante, les efforts de « rebranding » peuvent en fait produire l’effet contraire, spécialement lorsque les jeunes sentent qu’on met plus d’emphase sur le marketing de Jésus que sur Le suivre. Les milléniaux « ne sont pas désillusionnés de la tradition; ils sont frustrés des expressions lissées ou peu profondes de la religion », fait valoir David Kinnaman, qui a interviewé des centaines d’entre eux pour le Groupe Barna et qui a compilé sa recherche dans « You Lost Me: Why Young Christians Are Leaving Church… and Rethinking Faith« . 

Mon amie et bloggeur Amy Peterson le voit de comme ça:

« Je veux une célébration qui n’est pas sensationnel, tape à l’oeil ou particulièrement « pertinent ».Je peux me divertir n’importe où. À l’église, je ne veux pas être divertie. Je ne veux pas être le public cible du marketing de personne. Je veux me faire demander de participer à la vie du « futur-ancien » d’une communauté. » 

Le millénial bloggeur Ben Irwin écrit: « Quand une Église me dit comment je devrais me sentir (« Applaudissez si vous aimez Jésus! »), ça me frappe de non-authenticité. Parfois, je n’ai pas envie de tapper des mains. Parfois j’ai besoin de prière au milieu de ma détresse et de ma confusion – pas en dépit de celle-ci et certainement pas en la reniant. »

Quand j’ai quitté l’Église à 29 ans, pleine de doutes et de désillusion, je ne cherchais pas un christianisme mieux « produit ». Je cherchais un christianisme plus vrai, un christianisme plus authentique: je n’aimais pas la manière dont on traitait les gays, lesbiennes, bisexuels et trans-genres dans ma communauté évangélique. J’avais des questions au sujet de la science et de la foi, de l’interprétation de la Bible et sur la théologie. Je me sentais seule avec mes doutes. Et contrairement à la croyance populaire, les machines à fumée et les shows de lumière de ces conférences tape à l’oeil évangéliques n’y changeaient rien. Tous ces efforts m’apparaissent sans sens profond, forcées, et fausses. 

Bien qu’aucune histoire de foi ne soit pareille à une autre, je ne suis pas la seule milléniaire pour qui sa foi ne pouvait être sauvée par un vernis lustré et toujours plus « tendance ». Selon le Groupe Barna, parmi les jeunes qui ne vont pas à l’église, 87% disent que les chrétiens sont des personnes qui jugent les autres, et 85% les traitent d’hypocrites. Une étude semblable a trouvé que « seulement 8% disent qu’ils ne viennent pas parce que l’Église est périmée, contre-disant la notion que tout ce que l’Église a à faire pour les milléniaux, c’est de rendre la liturgie plus cool ». 

En d’autres mots, une Église peut avoir un logo élégant et un site web, mais si elle juge les gens et exclut les marginalisés, elle échoue dans sa mission d’amour universel de Jésus et les milléniaux n’y iront pas. Nos raisons de partir ont moins à voir avec le style et l’image qu’avec les questions existentielles sur la vie, la foi et la communauté. Nous ne manquons pas d’autant de profondeur que vous pensez. 

Si les jeunes cherchent des communautés chrétiennes qui pratiquent les enseignements de Jésus de manière authentique, ouverte et inclusive, alors la bonne nouvelle est que l’Église sait exactement comment le faire. Le truc n’est pas de rendre l’Église cool; c’est de garder la liturgie étrange.

Vous pouvez vous prendre un café avec vos amis n’importe où, mais l’Église est le seul endroit où vous pouvez vous faire étendre de la cendre sur le front pour vous rappeler votre immortalité. Vous pouvez être épatés par un show de lumière dans un concert rock durant n’importe quel weekend, mais l’Église est le seul endroit qui remplit un sanctuaire avec des chandelles et des hymnes à la veille de Noël. Vous pouvez tendre toutes sortes de gugusses gratuites pour fidéliser vos visiteurs en ligne, mais l’Église est le seul endroit où on vous fait enfant bien-aimé de Dieu en vous immergeant dans de l’eau froide. Vous pouvez partager votre nourriture avec un sans-abri affamé dans n’importe quel refuge, mais il n’y a que l’Église qui enseigne qu’un repas partagé nous mène à la présence réelle de Dieu. 

Ce qui m’a ramené à l’Église, finalement, après des années de fuite, n’était pas les lattés ou les skinny jeans; c’étaient les sacrements. Le baptême, la confession, la communion, prêcher la Parole, oindre les malades – vous savez, ces rituels étranges et les traditions que les chrétiens pratiquent depuis les 2000 dernières années. Les sacrements sont ce qui rend l’Église pertinente, peu importe la culture ambiante de l’époque. Leur emballage ou leur commercialisation n’ont pas à être revus; ils ont seulement besoin d’être pratiqués, offerts et expliqués dans un context d’une communauté aimante, authentique et inclusive.

Ma recherche m’a mené à l’Église Épiscopale, où je me trouve à chaque semaine, à l’âge de 33 ans, à genoux aux côtés d’une dame aux cheveux gris à ma gauche et un couple homosexuel à ma droite pendant que je confesse mes péchés et que je récite les prières du Seigneur. Personne n’essaie de me vendre quoi que ce soit. Personne n’essaie désespérément de rendre l’Évangile hip, ou pertinent, ou cool. Ils ne font que se joindre à moi en proclamant le grand mystère de la foi – que Christ est mort, Christ est ressuscité, et que Christ reviendra – dans lequel, malgré mes doutes persistants mon réflexe de cynisme, je crois la plupart du temps. 

Nul besoin d’être anglican pour pratiquer les sacrements chrétiens. Même dans les communautés chrétiennes qui n’utilisent pas un langage sacramentel pour décrire leurs activités, vous voyez des gens baptiser des pécheurs, partager des repas, confesser leurs péchés et s’entraider à passer au travers des difficultés de la vie. Ces célébrations avec des écrans géants et des groupes de musique professionnels peuvent aussi offrir les sacrements.

Mais je crois que les sacrements sont plus puissants quand ils sont étendus non seulement aux religieux et aux privilégiés, mais aussi aux pauvres, aux marginalisés, aux personnes seules et aux laissés pour compte. C’est ça, l’inclusion que recherchent tant de milléniaux dans leurs Églises, et c’est cette inclusion qui m’amena éventuellement à l’Église Épiscopale, avec ses grandes portes rouges ouvertes à tous – conservateurs, libéraux, riches, pauvres, homosexuels, hétérosexuels, et même les douteurs éternels comme moi. 

La fréquentation de l’Église décline-t-elle peut-être, mais Dieu peut survivre à l’ère de l’internet. Après tout, Il connaît une chose ou deux sur la résurrection… 

Twitter: @rachelheldevans 


Cet article a paru sur le site du Washington Post le 30 avril 2015. Il a été traduit par Mathieu Binette.  

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Rachel Held Evans
A propos Rachel Held Evans 1 Article
Rachel Held Evans une auteur de best-seller du New York Times: "Faith Unraveled" (2010), "A Year of Biblical Womanhood" (2012), et "Searching for Sunday (2015)". Provenant de Dayton, Tennessee, elle écrit sur la foi, le doute et la vie dans la "Bible Belt" américaine Elle a paru dans The Washington Post, The Guardian, Christianity Today, Slate, The Huffington Post, The CNN Belief Blog, et sur NPR, la BBC, The Today Show, et The View. Elle a siégé au Conseil des Partenariats basés sur la Foi et sur le voisinage du président Obama, s'occupe à donner des discours dans des églises, des conférences, et les collèges et universités de son pays.

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