Prier tout simplement (1)

la prière chrétienne ne sera jamais le simple résultat d'une technique de concentration, de méditation ou de relaxation!

Cet article est numéro 1 d'une série de 4 Prier tout simplement : un guide pour l'oraison

Beaucoup trop de chrétiens se figurent qu’ils peuvent se dispenser de connaître et d’appliquer les méthodes mises au point depuis des siècles par tous ceux qui se sont exercés, leur vie durant, à cet art difficile de la rencontre avec Dieu. 

Certes, chacun doit découvrir peu à peu sa manière originale de prier, comme les grands skieurs finissent par adopter un certain style pour descendre une piste. Mais avant d’en arriver là, ils ont suivi une école de ski! On pèche par présomption lorsqu’on s’imagine – sous prétexte que le Saint-Esprit est le grand maître de la prière – qu’on peut arriver à savoir prier sans aucune aide et en négligeant les conseils qui ont fait leurs preuves dans le passé. Combien de laïcs ou de religieux reconnaissent, à l’issue d’une « école de prière », avoir découvert en une semaine ce qu’ils avaient cherché en vain pendant des années. 

Mais il reste vrai que la prière chrétienne ne sera jamais le simple résultat d’une technique de concentration, de méditation ou de relaxation! En régime chrétien, le « père spirituel », « l’accompagnateur spirituel » n’est pas un « gourou » : on vient essentiellement lui demander l’art de se laisser conduire par l’Esprit-Saint. Lui seul, en définitive enseigne à chacun la façon dont il doit dire à Dieu: Abba! (Rm 8, 15). 

Lui seul peut donner un coeur d’enfant pour aller à Dieu avec la simplicité et la confiance qui conviennent. 

1. Le choix des conditions favorables

Jésus, nous le savons, aimait se retirer la nuit dans le silence de la montagne pour prier (Mc 1, 35). Entraînés par son exemple, tous les maîtres de vie spirituelle ont repéré que, pour se préparer <a une rencontre quelque peu profonde avec Dieu, il fallait mettre beaucoup de silence dans sa vie. « Le Père a dit une parole, qui est son Fils, remarque saint Jean de la Croix, et Il la dit toujours dans un éternel silence, et c’est dans le silence que l’âme l’entend. »

Dans le passage de 1R 19 qui décrit l’expérience d’Élie au Sinaï, il est dit que le prophète n’a expérimenté la présence de Dieu ni dans un vent violent, ni dans un tremblement de terre, ni dans un feu, mais dans la voix d’un silence ténu. Le mot demana signifie en effet « silence ». Il provient de la racine verbale daman (devenir silencieux, être silencieux, devenir immobile). 

Malheureusement, la plupart des versions me traduisent pas l’humour que contient le texte sacré: ce n’est pas une brise légère dont Élie a perçu la voix. C’est un silence! Et dans ce silence il est entré en contact profond avec Dieu. 

Le silence devient musique
Quand tu captes ses harmoniques.
(Marie Beaudoin-Croix)

À la différence de la théophanie spectaculaire dont avait joui Moïse plusieurs siècles plus tôt, la rencontre d’Élie avec Dieu se fait en l’absence de toute représentation sensible et dans une grand silence contemplatif. Dans sa pédagogie pleine de sagesse, Dieu nous fait ainsi comprendre que pour entrer dans l’intelligence de sa Parole, nous devons accepter d’abord de nous taire. À la suite d’Élie, la tradition carmélitaine aime redire que la musique sur laquelle Dieu met habituellement ses messages, c’est celle du silence. Comme le dit si bien Paul Claudel il existe « une musique de silence ». 

Il est donc normal que le chrétien choisisse des circonstances qui favorisent son dialogue avec Dieu: 

  • Un lieu calme, silencieux, solitaire, où l’on est à peu près sûr de ne pas être dérangé. Aménager au besoin un « coin prière » dans sa chambre, afin que les yeux puissent se poser sur une icône, un poster, une statue. Ne pas dédaigner de temps en temps les paysages qui aident à la contemplation: Jean de la Croix emmenait souvent ses novices dans la campagne pour l’oraison. 
  • Une position dans laquelle on puisse rester un certain temps. Certains utilisent un petit banc qui leur permettent d’être à la fis à genoux et assis. Mais on peut aussi s’asseoir sur une chaise ou se planter bien droit devant Dieu! Il peut même arriver que l’on soit obligé de rester allongé. 
  • Des gestes qui traduisent, soutiennent et favorisent les différentes attitudes spirituelles de l’âme: adoration, louange, offrande, contrition, intercession. 
  • Une heure où l’on est habituellement bien éveillé. Même si l’on est obligé de changer assez souvent le moment de son oraison en fonction de ses occupations, prévoir ce moment et s’y préparer comme on le fait quand il s’agit d’un rendez-vous d’amour ou d’amitié. Ne pas hésiter à se lever parfois en pleine nuit pour adorer le Seigneur dans le silence. Prolonger parfois très longtemps ce rendez-vous de la prière, notamment dans ses jours de loisirs. 
  • Une montre à proximité, mais pas devant les yeux! Il n’est pas possible de fixer le minimum nécessaire à chacun. Rappelons seulement que plus on est occupé, plus il faut du temps pour faire taire ses soucis et laisser parler le Seigneur. Souvenons-nous aussi que le Seigneur rend toujours au centuple le temps qu’on Lui consacre. 

2. La préparation

La préparation lointaine

Je ne dois pas m’étonner d’avoir beaucoup de mal à prier, si je ne fais pas l’effort de rejoindre souvent Dieu dans le fond de mon coeur durant le reste de la journée ou si je ne suis pas suffisamment fidèle aux inspirations de son Esprit. 

Il est également normal que je sois souvent distrait dans ma prière si j’y arrive « la tête vide ». Même si l’oraison ne doit jamais être le simple prolongement d’une réflexion théologique sur le mystère de Dieu, elle doit être précédée et préparée par des lectures spirituelles régulières. Pourquoi, depuis quinze siècles, les disciples de saint Benoît se lèvent-ils une heure plus tôt tous les jours?

(À suivre…)

Cet article est paru dans la revue Sainte Rita du mois de février 2017. Transcription avec l’aimable autorisation de l’éditeur.

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Pierre Descouvemont
A propos Pierre Descouvemont 5 Articles
Pierre Descouvemont est un prêtre du diocèse de Cambrai et docteur en théologie. Il est auteur de nombreux ouvrages, poursuit actuellement un ministère d’enseignement (conférences, retraites) et anime des chroniques sur différentes radios chrétiennes. Il a ouvert en 2015 un site internet où il met à disposition nombre de ses enseignements.