La nécessité des actes de foi

La foi opère des prodiges. Ils nous sont décrits au chapitre 11 de l’épître aux Hébreux : « Par la foi…nous comprenons que ce que l’on voit provient de ce qui n’est pas apparent » (11, 3), « par la foi, Hénoch fut enlevé en sorte qu’il ne vit pas la mort » (11, 5), « par la foi, Noé () construisit une arche pour sauver sa famille » (11, 7), « par la foi, Sara() reçut la vertu de concevoir, et cela en dépit de son âge avancé » (11, 11). 

Bien d’autres exemples de foi sont donnés dans ce beau chapitre, les uns manifestant la puissance de Dieu, les autres manifestant la sainteté de l’homme : la foi ferme « les gueules des lions » (11, 33) mais rend aussi capable de se laisser « torturer » (11, 35), de subir « l’épreuve des dérisions et des fouets et même des chaînes et de la prison » (11, 36).

Les Églises de l’Est en ont donné l’exemple dans des souffrances indescriptibles, comme en Albanie, au temps où le régime communiste avait voulu « tuer Dieu » (Didier Rance, Ils ont voulu tuer Dieu, éd. AED).

Pourtant, pour arriver à ces témoignages de foi, le secours divin est nécessaire. L’Ange envoyé par Dieu suscite la foi de Marie de multiples manières :

  • En l’encourageant : « Sois sans crainte, Marie » (Lc.1, 30).
  • En dévoilant le Plan de Dieu : « Tu vas concevoir » (Lc.1, 31).
  • En l’assurant que tout sera fait par Dieu : « L’Esprit Saint viendra sur toi » (Lc.1, 35).
  • En lui donnant un signe : « Voici qu’Elisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait la stérile, car rien n’est impossible à Dieu, aucun mot (événement) » (Lc. 1, 36-37).

Comment Marie va-t-elle répondre à l’appel à manifester sa foi ? Sa réponse est toute simple et d’une grande profondeur :

  • Elle manifeste tout d’abord la disposition foncière de son âme en exprimant son désir de servir : « Voici la servante du Seigneur » (Lc.1, 38).
  • Elle répond ensuite selon cette disposition profonde en disant son désir d’obéir : « Que tout se fasse pour moi selon ta parole » (Lc. 1, 38).

Son esprit de service se manifeste enfin par des actes. : elle se hâte d’aller aider sa cousine Elisabeth.

La vertu de foi consiste, on le sait, en une remise inconditionnelle de soi à Dieu, mais aussi, c’est le témoignage de Marie, en une obéissance actuelle à Dieu. Aussi, l’évangile de ce jour nous appelle à nous poser cette question : « Par quelle attitude intérieure vais-je manifester ma foi ? Par quel service actuel vais-je manifester ma foi ? »

acte de foi
Le Père Men. Source image: egliserusse.eu

Le Père Alexandre Nem, un prêtre orthodoxe, d’origine juive, né en 1935, mort assassiné en 1990, sans doute en haine de sa race et de son rayonnement, éclaire aussi chacun sur ce que peut être une foi authentique : Aussitôt la grâce de la foi est-elle donnée, dit-il, qu’elle appelle au service. La foi reçue dans son enfance, l’a appelé dès son plus jeune âge, à sept ans, à désirer « servir» Dieu dans le sacerdoce (Martyrs chrétiens d’URSS, 2002, éd. AED, p.408).

Sa foi ne l’a pas appelé seulement à entrer dans l’état sacerdotal mais, dans cet état :

  1. A se souvenir de sa foi : « Ne pas oublier une minute que nous sommes chrétiens » (Ibidem, p.415).
  2. A collaborer avec Dieu : Le Seigneur a appelé chacun de nous à être son collaborateur. « Chacun de nous…cela veut dire que chacun, dans une mesure ou une autre, peut trouver ce qu’il a à faire dans cette voie » (ibidem, p.418).
  3. A prier. « Être en contact permanent avec le ciel » (ibidem, p.418).
  4. A obéir à Dieu. « Il n’y a pas pour l’homme de joie plus parfaite que d’être un instrument entre les mains de Dieu, le collaborateur de sa Providence » (ibidem, p.418).
  5. A travailler. « Ce qui compte, c’est de travailler patiemment, inlassablement, en profondeur » (ibidem, p.422).
  6. A signifier par ses actes ce qu’est l’homme. « La pensée que l’on va venir nous prendre doit nous stimuler, nous empêcher de nous laisser aller, de nous relâcher, de nous abandonner à l’inaction, à l’insignifiance » (ibidem, p.429).
  7. A se hâter. Quelque temps avant son assassinat, le Père Alexandre avait dit à quelqu’un qui le pressait de ralentir le rythme de son activité : « Je dois me dépêcher. Il me reste très peu de temps… Je le sais » (ibidem, p.428).

Nous retrouvons ces traits chez la Mère de Dieu, que le Père Men devait sûrement beaucoup aimer, comme tout Orthodoxe :

  • « Marie, elle, conserve toutes ces choses et s’en entretient dans son cœur » (Lc.1, 19).
  • Marie, collabore avec Dieu : « Je suis la servante… »
  • Marie prie. N’entraîne-t-elle pas les apôtres eux-mêmes à prier, à la Pentecôte ?
  • Marie obéit : « Qu’il me soit fait selon ta parole. »
  • Marie travaille. Après la croix, Marie continue à soutenir l’Église jusqu’au temps de son Assomption.
  • Marie signifie par sa vie ce qu’est la vie. Y a-t-il quelque chose qui soit insignifiant dans la vie de la Vierge Marie ? La vie à Nazareth elle-même n’est-elle pas une vie où le Fils de Dieu Lui-même daigne apprendre de sa mère ? « Et Il leur était soumis » (Lc.2, 51).
  • Marie se hâte de manifester son amour. Marie va secourir dans la hâte sa cousine Elisabeth dont elle sait la grossesse dans un âge avancé.

La foi mobilise tout l’être :

  1. L’intelligence. Le Père Nem était un homme étonnamment instruit et qui aimait à s’instruire de tout. Pour lui, cela allait de pair avec sa foi. Il écrivait d’ailleurs : « Vivre comme si la religion était un secteur isolé est devenu impensable. C’est pourquoi, je dis souvent qu’il n’y a pas de littérature profane. Tous les bons livres, littéraires, philosophiques, scientifiques, qu’ils touchent à la nature, la société, la connaissance, les passions humaines, ne parlent que d’une chose, que de l’unique nécessaire. Il n’y a pas de vie en soi qui serait indépendante de la foi. Depuis mon enfance, tout tourne autour du Centre principal. Enlever quelque chose (à l’exception du péché) me semble une ingratitude envers Dieu, une amputation injustifiée, un appauvrissement du Christianisme, qui est, au contraire, appelé à imprégner la vie, à donner ‘la vie en abondance’ (Jn.10, 10) » (Yves Hamant, Martyrs chrétiens d’URSS, éd. AED, 2002, p.417).
  2. La volonté. Le Père Nem, on l’a vu, ne comptait pas son temps et ses forces. Ce don total de soi est aussi significatif d’une foi opérante. La foi se montre par la charité nous disent S. Paul et S. Jacques (cf. Gal.5, 6 et Jc. 2, 14-26).

Dieu veut parler à cette génération par chacun de nous. Il le fera par notre foi active mobilisant toute notre intelligence et toute notre volonté. Nous serons alors, pour ce monde, des Christs de surcroît par lesquels il viendra à la foi. Mais désirons-nous sauver cette génération ?

Je prie : « Seigneur, Tu m’appelles à être, plus que jamais, un visage du Christ pour mes  frères. Donne-moi de l’être vraiment. Amen. »

Seigneur, voici  comment je veux montrer Ton visage à mes frères:

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Geoffroy de Lestrange
A propos Geoffroy de Lestrange 65 Articles

Le père de Lestrange, curé dans le monde rural, a fait ses études supérieures aux États-Unis. Il y a découvert le Renouveau charismatique catholique ainsi que les églises évangéliques. Bénédictin, puis profès simple chez les frères de Saint-Jean, il a découvert par ces contacts divers, l’importance de la prière pour une nouvelle Pentecôte dans l’Église, souhaitée par tant de papes.

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