L’Eglise transformée par le Saint Esprit

Homélie pour la Solennité de Pâques, Année «A », Jn.20, 19-23

des chrétiens d'une cellule d'évangélisation forment une paroisse en flammes
Des membres des cellules paroissiales d'évangélisation se rencontrent à chaque jour aux quatre coins du monde

L’Esprit réformateur …

… dans l’histoire de l’Eglise

L’Eglise est « toujours à réformer », (« semper reformanda »). Ce n’est pas toujours admis par le clergé lui-même qui a pourtant une parfaite connaissance de cet adage, mais il en est ainsi. Le grand « acteur » de  cette réforme, c’est l’Esprit Saint que nous fêtons aujourd’hui. Quelques-unes de ces réformes dont l’Esprit Saint est responsable, sont connues :

  • La réforme apportée par les Ordres mendiants, au 12ème siècle, et par leurs fondateurs, S. François d’Assise et S. Dominique.
  • La réforme de l’Ordre bénédictin par Bernard de Clairvaux, au 12ème siècle encore.
  • La Contre-réforme du Concile de Trente, après la secousse provoquée par Luther dans l’Eglise.
  • La réforme des Carmes déchaux par S. Thérèse d’Avila, le 4 décembre 1563, à la clôture du Concile de Trente.

Les réformes dans l’Eglise ont pour but de promouvoir un esprit plus proche de l’Evangile dont l’Eglise s’écarte sans cesse parce qu’Elle est composée d’hommes pécheurs et vit dans un monde pécheur.

… dans l’Eglise diocésaine

L’une des réformes récentes de l’Eglise consiste à renouer avec des églises dites « domestiques », « chez l’habitant », avec des groupes de six à douze personnes, pour vivre l’amour fraternel, et la mission. C’est l’idée des « cellules paroissiales d’évangélisation » dont notre évêque a souligné l’importance lors de la Confirmation de nos jeunes, samedi dernier.

… dans l’Eglise universelle       

Notre évêque ne se fait que l’écho du Pape. Pour préparer la rencontre des 50 ans du Renouveau Charismatique qui a lieu ce week-end à Rome, le Pape François écrivait aux responsables : « Comme vous le savez peut-être – parce que les nouvelles vont vite – les premières années du Renouveau Charismatique à Buenos Aires, je n’aimais pas beaucoup ces charismatiques,  et je disais d’eux : ‘‘Ils ont l’air d’une école de samba !’’Je ne partageais pas leur façon de prier et les nombreuses nouvelles choses qui se passaient dans l’Église. Après, j’ai commencé à les connaître et en fin de compte j’ai compris le bien que le Renouveau Charismatique fait à l’Église. » Quel bien ? Celui de faire découvrir « le baptême dans l’Esprit Saint ».

Mais le Pape souhaite que cela se fasse dans de petits groupes : « Et ceci est le service très important, le plus important que l’on puisse donner à tout le monde dans l’Église : Aider le peuple de Dieu dans la rencontre personnelle avec Jésus-Christ, qui nous transforme en hommes et femmes nouveaux, dans des petits groupes, humbles mais efficaces parce que c’est l’Esprit qui agit. N’ayez pas tant à l’esprit d’organiser de grands rassemblements qui souvent se terminent là, mais plutôt des relations « artisanales », qui découlent du témoignage, en famille, au travail, dans la vie sociale, dans les paroisses, dans les groupes de prière, avec tous ! »

… dans l’Eglise domestique  

Pourquoi l’Esprit Saint agit-Il de préférence dans de petits groupes et que pouvons-nous faire pour aller dans ce sens ? C’est la question que pose l’Evangile d’aujourd’hui.

1. L’Esprit Saint transforme … 

Dans le Nouveau Testament

… le petit groupe des Apôtres

Au jour de la Pentecôte,  l’Esprit Saint, « remplit » la maison « où se tenaient assis » les douze apôtres avec la Mère de de Dieu et quelques femmes. (Ac. 1, 12) Le groupe en est transformé : « Ils commencèrent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer. » (Ac. 2, 4) Des langues, « qu’on eût dites de feu » se partagent et se posent sur chacun des Apôtres. Les voilà embrasés.  La foule qui s’est assemblée au bruit qui vient du ciel « tel que celui d’un violent coup de vent » (Ac. 2, 2) est stupéfaite et s’interroge. Pierre prend alors la parole et parle d’une telle manière que  « trois mille âmes » (Ac. 2,41) se convertissent.  L’Esprit Saint a commencé par un petit groupe. Il a continué par une foule, mais Il semble privilégier les petits groupes comme le livre des Actes le laisse entendre.

… une famille, quelques disciples 

  • Corneille, un centurion de la cohorte Italique, « pieux et craignant Dieu, ainsi que toute sa maison » (Ac. 10, 2) a invité Pierre. Il commence à parler quand l’Esprit Saint tombe sur cette maison qui écoutait la parole. (Ac. 10, 44)
  • Quelques disciples de Jean le Baptiste, à Ephèse, qui n’ont « même pas entendu dire qu’il y a un Esprit Saint », (Ac. 10, 3) reçoivent le Saint Esprit quand Paul leur impose les mains. « L’Esprit Saint vint sur eux, et ils se mirent à parler en langues et à prophétiser ». (Ac. 19, 6)

Dans l’Ancien Testament

Dans l’Ancienne Alliance, il en était de même. Le Saint Esprit se « transmettait » de personne à personne, de groupe en groupe :

  • Elisée reçoit l’Esprit Saint d’Elie. Le grand prophète Elie a autour de lui une école de « frères prophètes ». (2 R. 2, 3) Elie, à la demande d’Elisée, lui a « transmis » le Saint Esprit. « Les frères prophètes » reconnaissent que « l’esprit d’Elie s’est reposé sur Elisée » et se prosternent devant lui. (2 R. 2, 15) La transformation d’Elisée, à la suite de cette transmission sera telle qu’il fera le double des miracles d’Elie.
  • Le futur roi Saül, à Gibéa, se heurte à « une bande de prophètes […] en délire. L’Esprit de Dieu fond sur lui. Il entre à son tour « en délire au milieu d’eux », (1 S. 10, 6.10) si bien que les gens se disent l’un à l’autre : « Qu’est-il arrivé au fils de Qish ? Saül est-il aussi parmi les prophètes ? » (1 S. 10, 11) Le résultat est prophétisé par Samuel qui lui annonce que ce contact le changera « en un autre homme ». (1 S. 10, 6) Effectivement, alors qu’il apprend que Yabesh de Galaad, Ammonite, se propose de « crever à [tout Israël] l’œil droit », (1 S. 11, 2) « l’Esprit de Dieu fond sur lui et il entre dans une grande colère ». Le lendemain, il dispose d’une armée qui envahit le camp des Ammonites et les met en déroute. « Les survivants se dispersèrent, il n’en resta pas deux ensemble. » (1 S. 11, 11)

2. L’intérêt des petits groupes pour l’action du Saint Esprit…

Pourquoi l’Esprit Saint a-t-Il une prédilection pour les petits groupes ? Les petits groupes :

  • Permettent la joie et la simplicité de cœur. Les premiers Chrétiens « rompaient le pain de maison en maison (οἶκον), prenant leur nourriture avec joie et simplicité de cœur. » (Ac. 2, 46)
  • Facilitent un enseignement adapté à chacun. Paul, dans son effort missionnaire va sur les places, mais aussi, « de maison en maison ». (οκους) (Ac. 20, 20)
  • Favorisent l’exercice des dons du Saint Esprit. Philippe, l’évangéliste, un des sept diacres, a quatre filles qui prophétisent. Les prophètes y exercent donc facilement leur don. Ainsi, Agabus prophétisera à Paul, descendu dans la « maison » (οκον) de Philippe, son emprisonnement. (Ac. 21, 8. 11)
  • Facilitent les questions et l’échange. Les apôtres, souvent, posent des questions à Jésus dans l’intimité qu’ils n’osent pas poser devant une foule. Alors qu’ils n’ont pas pu expulser le démon d’un enfant, « les disciples, s’approchant de Jésus dans le privé (δίαν)» Lui en demandent la raison. (Mt. 17, 19)
  • Permettent à l’Esprit Saint d’appeler à une mission spécifique. Ainsi, l’Esprit Saint parle à un petit groupe de quatre prophètes et docteurs, Barnabé, Syméon, Lucius de Cyrène, Manaën et Paul et leur demande de mettre à part « Barnabé et Saul en vue de l’œuvre à laquelle Je les ai appelés. » (Ac. 13, 1-2)

Conclusion : La famille…

… de bois, d’argile ou d’or et d’argent ?

L’Esprit Saint passe « bien » dans une famille ou une maison, oui. Mais les familles peuvent vivre en superficie, sans vivre de ce qui fait l’âme de la famille, le Saint Esprit. Ainsi, Paul, qui verra des « maisons » se détourner de lui, écrit à Timothée, que tous les groupes ne se valent pas. Il prend l’analogie d’une grande maison, qui pourrait être l’Eglise : « Dans une grande maison, il n’y a pas seulement des vases d’or et d’argent ; il en est aussi de bois et d’argile. » (2 Tm. 2, 20)

… est Trinitaire

C’est pourquoi la profession de foi Catholique demande qu’on rende à l’Esprit Saint « même adoration et même gloire » que le Père et le Fils. Ces termes sont impressionnants. Ils invitent à faire du Saint Esprit le vrai chef de famille. En effet :

  • L’adoration suppose de s’incliner devant le Saint Esprit, de Le révérer, de s’approcher de Lui avec un amour profond et délicat, de crainte de Le blesser, de Le froisser ou de L’éteindre en nous. L’Ecriture nous met en garde contre cela : « N’éteignez pas le Saint Esprit. » (1 Thess. 5, 19) « Ne contristez pas le Saint Esprit. » (Ep. 4, 30) Est-ce vrai dans le groupe où je suis ? Est-ce vrai de moi ?
  • La gloire rendue au Saint Esprit n’est rien d’autre que de Lui donner satisfaction par nos actes.« Ce qui manifeste la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit» (Jn. 15, 8) Suis-je, dans mon groupe, dans ma vie, totalement docile au Saint Esprit ? 

Prions : Seigneur, donne-nous d’aller chercher les groupes où Ton Saint Esprit est présent pour Le porter chez nous et autour de nous. Donne à ceux qui, parmi nous, vivent déjà dans ces groupes, d’être de plus en plus des « passeurs » du Saint Esprit, comme l’étaient Elie, Samuel, Paul, Pierre, Jean, etc.

Oraison jaculatoire : « Viens, Saint Esprit, emplis-nous du feu de Ton Amour. »

Questions : Avez-vous été baptisé du Saint Esprit ? Manifestez-vous Ses dons (langues, prophéties, etc.) ? Recherchez-vous à être docile au Saint Esprit ? Comment ?

Suggestion : Rechercher les  groupes qui vivent de l’Esprit et en vivre soi-même !

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