Le dialogue avec Dieu

Ma prière devient alors simple échange de regards ou même simple coeur à coeur.

pratiquer l'oraison avec la Bible
Cet article est numéro 3 d'une série de 4 Prier tout simplement : un guide pour l'oraison

Tous les auteurs spirituels dénoncent à l’envi cette gourmandise mystique qui nous fait désirer les consolations du Seigneur plus que le Seigneur Lui-même. C’est pour Lui seul, pour Lui plaire, que nous devons aller à sa rencontre. 

Oui, dans ce rendez-vous d’amour qu’est l’oraison, c’est le Seigneur le plus heureux, heureux de nous redire son amour, heureux de recevoir le nôtre, heureux d’accomplir au plus profond de nos coeurs l’oeuvre de salut pour laquelle Il est venu parmi nous. Comme il est heureux de nous voir arriver avec cette motivation dans le fond du coeur. Il nous redit alors la déclaration d’amour qu’il adresse à son épouse dans le Cantique: 

Ma belle, ma colombe, 
Montre-moi ton visage.
Fais-moi entendre ta voix,
Car ta voix est douce
Et ton visage charmant » (Ct 2, 14)

3. Le dialogue

Nous avons vu que la prière est essentiellement un dialogue d’amour entre une âme et Dieu. C’est, disait saint Ignace de Loyola,  « un ami qui parle à un ami et qui sait se taire pour l’écouter ». Dans cette rencontre, il est évident que Dieu joue le rôle essentiel: Il est déjà là quand je me mets à prier; Il m’attend! Et c’est Lui qui agit en moi pour me « recueillir » en Lui! Quelle collaboration apporter à cette action de Dieu? 

Tantôt j’écoute

J’écoute le Seigneur me redire personnellement aujourd’hui l’une des paroles de la Bible: « Tu as du prix à mes yeux et Moi je t’aime… » « Zachée, descends vite: il faut qu’aujourd’hui j’aille demeurer chez toi… » « Je suis venu chercher des adorateurs qui adorent le Père en esprit et en vérité! ». 

Je n’ai pas d’autres messages à recevoir du Seigneur que ceux qu’Il nous a donnés dans la Bible et qu’Il nous adresse personnellement aujourd’hui. 

Nous l’avons plus haut, la seule manière d’écouter la Parole de Dieu est de la lire là oì Dieu l’a déposée une fois pour toutes à l’usage de ses enfants: dans la Bible, ce recueil de lettres d’amour qu’Il a pris soin d’écrire Lui-même pour que nous les relisions avec joie dans la suite des siècles. 

Tantôt je réponds

Je réponds au Seigneur, je Lui parle en utilisant des versets des psaumes ou des chants que j’aime bien; en inventant une prière spontanée; en reprenant lentement la prière de Jésus: « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur! »; en me livrant à une conversation à bâtons rompus avec le Seigneur: je Lui présente mes soucis, mes désirs, mes projets, mes joies… ; en m’exhortant à la prière: « Ô mon âme, bénis le Seigneur, n’oublie aucun de ses bienfaits! « ; en reprenant les mots fondamentaux de la prière: « S’il te plaît, Seigneur! Pardon! Merci! Seigneur je t’aime! »

Tantôt je me tiens en silence près de Lui

Le silence n’est-il pas toujours le sommet d’une rencontre profonde entre deux amis? Ma prière devient alors simple échange de regards ou même simple coeur à coeur. 

Sainte Thérèse d’Avila appelle « oraison de simplicité » cette prière où mon esprit se repose avec simplicité dans la rumination d’un verset biblique ou d’une scène d’évangile. Je n’éprouve alors nul besoin de trouver une autre formule pour redire au Seigneur mon amour. Quand cette grâce m’est donnée, je ne dois surtout pas chercher à sortir de ce silence contemplatif: mon coeur a tout à fait le droit de jouir silencieusement de la présence du Bien-Aimé et de se reposer en Lui. 

Remarquons à ce propos qu’une prière authentiquement chrétienne comporte des moments où Dieu m’apparaît davantage comme quelqu’un d’extérieur à moi, comme un visage plein de tendresse en train de me regarder et de m’aimer. Mais il y a d’autres moments où Dieu m’apparaît plutôt comme l’Océan dans lequel je désire m’engloutir à la façon dont la goutte d’eau qui s’immerge dans la mer. Cette alternance est normale. Le Dieu biblique est à la fois transcendant et immanent, le Tout Autre devant lequel je me tiens et l’Omniprésent dans lequel je suis invité à me plonger. 

Les psaumes ne cessent de redire que je dois « chercher la face de Dieu »; mais ils me rappellent aussi que j’ai le droit de me réfugier en Lui comme en une « forteresse imprenable », que je peux et dois m’abandonner en Lui comme un enfant dans les bras de sa mère. 

Les psychologues se plairont à remarquer que, d’un côté, nous avons une image plus « paternelle » de Dieu (le visage qui nous regarde et qui exige de nous amour et fidélité) et, de l’autre, une image plus « maternelle » (l’océan dans lequel nous sommes invités à nous immerger).

(À suivre…)

Cet article est paru dans la revue Sainte Rita du mois d’avril 2017
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Pierre Descouvemont
A propos Pierre Descouvemont 5 Articles
Pierre Descouvemont est un prêtre du diocèse de Cambrai et docteur en théologie. Il est auteur de nombreux ouvrages, poursuit actuellement un ministère d’enseignement (conférences, retraites) et anime des chroniques sur différentes radios chrétiennes. Il a ouvert en 2015 un site internet où il met à disposition nombre de ses enseignements.

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