Le grand don de la résurrection

Introduction : L’Eglise…

…  puissante de Don Gabriele

En 2010, Patrice de Méritens publiait dans Le Figaro Magazine, un article intitulé « Les confessions de l’exorciste du Vatican ». Si j’évoque cette activité très particulière de l’Eglise – tout à l’heure, je ferai un exorcisme, comme pour tout baptême – ce n’est pas par une curiosité malsaine, mais bien au contraire, pour découvrir à quel point chacun de nous, dans l’Eglise, participe à toute la plénitude de Dieu, comme le dit magnifiquement S. Paul : « Car en Lui (le Christ) habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité, et vous vous trouvez, en Lui, associés à Sa Plénitude, Lui qui est la Tête de toute Principauté et de toute Puissance. » (Col. 2, 19-10) Pourtant, au journaliste de la Stampa qui l’interroge, Don Gabriele Amorth, exorciste en chef de la cité du Vatican, affirme qu’il y a une condition à cette autorité du Chrétien, c’est sa foi : « Plus un exorciste est animé par la foi, plus puissante est son action. » Les besoins du ministère de Don Gabriele sont tels qu’en 2010, malgré son grand âge, il travaillait du matin au soir, sept jours par semaine, y compris à Noël et à Pâques pour soulager les souffrances de personnes n’ayant pas trouvé un secours dans la médecine ou la psychiatrie. Nommé exorciste par le Cardinal Poleti, il ose dire que le diable n’était pas son souci : « Pour dire la vérité, je ne m’en souciais pas du tout. Je savais qu’il existait, bien sûr. Je croyais à l’Evangile. A Modène, ville dont je suis originaire, je n’avais jamais entendu parler des exorcistes. » A l’époque, comme encore aujourd’hui, une bonne partie du clergé ignorait à peu près tout de ce ministère. Cependant, son ignorance ne le rend pas timide à l’égard du démon. Il ose dire à un démon : « Tu ne peux rien me faire, parce que je suis un ministre du Christ ! Tu ne peux rien faire sans Sa permission, même pas prononcer un mot, même pas faire un geste. Tu dois Lui obéir et tu dois obéir aussi à Lucifer ton chef. Avec mon exorcisme, tu es battu. »

… présence du Christ

En 1938 déjà, Henri de Lubac, dans son beau livre Catholicisme, affirmait cette présence du Christ dans Son Eglise, une présence qui continue Sa présence d’hier dans l’Incarnation : « Si le Christ est le sacrement de Dieu, l’Eglise est pour nous le sacrement du Christ. Elle Le représente selon toute l’ancienne force du terme, c’est-à-dire qu’Elle nous Le rend présent en vérité. Elle ne poursuit pas seulement Son œuvre, mais Elle Le continue Elle-même, en un sens incomparablement plus réel qu’aucune institution humaine ne continue son fondateur. »

… faible

Pourtant, la faiblesse de l’Eglise  éclate aussi  aux yeux de tous, tout du moins en Occident : le clergé se fait rare, son témoignage est entaché par les fautes de ses membres, les églises se vident.

…forte ?

Comment donc être un membre de l’Eglise dont la présence soit celle-là même du Christ, une présence forte, une présence consolante, une présence qui guérit, qui exorcise, qui construit ? Voilà la question que pose le récit que nous venons d’entendre.

1. Le grand don de la résurrection…

… le Souffle de Jésus

Pour que la présence du disciple soit forte et consolante, il suffit d’accueillir le grand don de la résurrection, le Souffle de Jésus, l’Esprit Saint :

  • Le souffle de Jésus est saint. A la croix, le dernier soupir de Jésus prélude à l’effusion de l’Esprit : « Et inclinant la tête, Il remit l’Esprit. » (Jn. 19, 30) Jusqu’à Sa mort, l’Esprit était comme contenu en Jésus, mais à Sa mort, Il peut Se répandre, comme l’explique S. Jean. « Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, S’écria : “Si quelqu’un a soif, qu’Il vienne à Moi, et qu’il boive, celui qui croit en Moi !“ Selon le mot de l’Ecriture : “De son sein couleront des fleuves d’eau vive.“ Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en Lui ; car il n’y avait pas encore d’Esprit, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié. » (Jn. 7, 37-39)
  • Le souffle charnel de Jésus est saint, comme toute Sa personne. Même la barrière d’un vêtement ne pouvait être un obstacle à la « force » sainte qui était en Lui, comme on le voit dans l’épisode de la femme atteinte d’un flux de sang : « Or, il y avait une femme atteinte d’une perte de sang depuis douze ans, et qui avait dépensé tout son bien pour les médecins, sans qu’aucun n’ait pu la guérir. Elle s’approcha par derrière, et toucha le bord du vêtement de Jésus. Au même instant la perte de sang s’arrêta. » (Lc. 8, 43)

… le souffle de l’Eglise

  • Le souffle de l’Eglise est saint. L’Eglise a très vite compris cette transmission de ce souffle saint, puisque l’Evêque, au jour de la célébration des saintes huiles, le Jeudi Saint, souffle sur les vases contenant les huiles sacrées, et par ce souffle, sanctifie ces huiles. Ainsi, ce n’est pas seulement l’humanité de Jésus qui est sainte, mais notre propre humanité, notre propre chair.                        

… un Corps sanctifié

Ce caractère saint de notre corps est affirmé très nettement par S. Paul qui en prévient les Corinthiens : « Ne savezvous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous? […] Ce temple est sacré, et ce temple, c’est vous. » (1 Co. 3, 16)

2. L’appel immédiat de Jésus à l’Eglise…

Une fois l’Esprit « soufflé », Jésus demande immédiatement aux apôtres de partir, d’aller. L’Eglise continue l’œuvre de Son Incarnation sur terre : « De même que le Père M’a envoyé, Moi aussi, Je vous envoie. » (Jn. 20, 21) L’Eglise doit sauver, guérir, pardonner, ressusciter,  multiplier les pains – le Pain eucharistique -, souffrir aussi.

… expliqué par Mgr Gay

Jusqu’à la fin du monde, Elle sera cette sainte humanité de surcroît pour ce monde corrompu. C’est ce que veut faire comprendre Mgr Gay à sa correspondante, Mère Thérèse Emmanuel, souffrant dans son corps. La première épouse de Jésus était Son corps, la deuxième, nous-mêmes !  « Voyez combien souvent, combien habituellement le Verbe n’a parlé que de cette manière à cette première épouse, à cette première hostie, qui était Sa sainte humanité ! Cette parole de la Croix écrasait cette humanité, […] elle la réduisait à l’agonie et la broyait dans la tristesse. Le même mystère qui s’est accompli dans le Chef doit s’étendre aux membres; et à combien de titres êtes-vous le membre de cette humanité sacrée ! Par quels liens lui êtes-vous unie : liens de promesses faites et de vœux prononcés, liens d’amour qui a demandé et d’amour qui a donné !

Ayez le courage de ne pas vous plaindre; et pour être plus sûre de le faire, rendez grâces et réjouissez-vous. Ne dites pas : “c’est trop“; ne dites même pas : “c’est assez“ ; et comme la sainte mère Marie de Jésus, ne craignez rien que de manquer de confiance. Oui la confiance, chère enfant, et la paix : la confiance quand même et une paix imperturbable ! Triomphez du mal par le bien, du doute par la foi, du resserrement de la peur et de toute tentation par l’amour. » (Mgr Gay, Lettre 54, Correspondance de direction spirituelle, 2ème Tome)

… exprimé par S. Elisabeth de la Trinité                 

Dans sa 34ème élévation, intitulée « l’oblation plénière de soi au Seigneur », S. Elisabeth de la Trinité écrit : « Le mystère de Jésus-Christ, Verbe Incarné-Rédempteur, se poursuit; car le Chrétien n’est qu’un autre Christ, Christianus alter Christus (le Chrétien, un autre Christ). Au jour de mon baptême, j’ai reçu cette semence de Dieu qui est son Christ; et la semence, Parole du Seigneur, a fructifié. Elle tend à pousser sa racine, sa tige, sa fleur et son fruit; elle désire se développer, croître de plus en plus; elle aspire à devenir un grand arbre sous les rameaux duquel puissent s’abriter les oiseaux du ciel, tous ceux et celles qui ont soif de Dieu et l’étanchent dans le commerce des saints. Je continue Jésus-Christ : voilà ce que doit croire et opérer toute âme chrétienne, livrée à Lui par le Saint-Esprit. Aussi faut-il que toute la vie de Jésus-Christ, Sa mort et Sa résurrection réapparaissent en Son être transformé dans Sa beauté, converti en Ses mœurs. »

Conclusion : L’Eglise…

… en mission                       

S. Elisabeth de la Trinité comprend immédiatement la dimension missionnaire que représente cette Humanité de surcroît que nous sommes dans le Corps du Christ : « Je continue Jésus-Christ : voilà ce que doit croire et opérer toute âme chrétienne, livrée à Lui par le Saint-Esprit. […] Je dois suivre Jésus-Christ, mon Dieu, à la conquête des âmes, des brebis perdues, et connaître les tourments du zèle, les lassitudes de l’apôtre, les méchancetés du monde, les oppositions de l’orgueil, les déceptions cruelles. Ce fut le lot du Maître. »                                                                                                                                               

… doit croire en Elle-même

Pourtant, cette sainte humanité de l’Eglise manque de puissance lorsqu’Elle est comme Thomas, quand Elle doute de ce qu’Elle est.  Il lui faut d’abord croire en Elle-même : croire en cette sainte humanité qu’Elle a reçue, croire en cette sainte Divinité qu’Elle a reçue. C’est la solution que propose l’apôtre : revenir aux signes de Jésus. Ces signes qu’Il a faits en présence des disciples, qui ont été écrits pour que l’Eglise croie que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, le Seigneur qui communique Sa Sainteté, et pour qu’en croyant, Elle ait la vie en Son Nom et la propage. Le grand défi fait à Thomas, le grand défi de l’Eglise, le grand défi fait à chacun de nous, est de croire au don de Dieu à la résurrection : Il a soufflé son Esprit Saint sur nous. Nous sommes Son Temple en ce monde, nous sommes son Humanité de surcroît.

Prions : « Seigneur, Tu nous donnes Ton Saint Esprit pour faire de nous Ton humanité de surcroît en ce monde. Nous Te remercions de ce Don ineffable. Amen. »

Question : Pourquoi Jésus souffle-t-il Son Esprit Saint sur les disciples ?

Suggestion : Faire un acte de foi en ce que je fais ici et maintenant comme étant celui de l’humanité de surcroît du Christ.

Oraison jaculatoire : « Que je Te sois une humanité de surcroît. »

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Geoffroy de Lestrange
A propos Geoffroy de Lestrange 74 Articles
Le père de Lestrange, curé dans le monde rural, a fait ses études supérieures aux États-Unis. Il y a découvert le Renouveau charismatique catholique ainsi que les églises évangéliques. Bénédictin, puis profès simple chez les frères de Saint-Jean, il a découvert par ces contacts divers, l'importance de la prière pour une nouvelle Pentecôte dans l'Église, souhaitée par tant de papes.

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