Un cœur pour aimer Dieu, son prochain et soi-même

comment s'aimer soi-même

Introduction :   Aimer …

… son propre moi

Jacques Gauthier, Canadien, poète, théologien, mystique, est issu d’une famille québécoise croyante, « dont la foi était simple et joyeuse » : « J’ai eu la chance de grandir dans une famille chrétienne où la foi n’était pas culpabilisante, où le péché n’était pas une obsession morbide et où on ne m’a pas donné de Dieu une image terrifiante. La joie, c’est la couleur de Dieu. » Il rêve de devenir missionnaire, de parler de Jésus. L’adolescence « vient ébranler pas mal de certitudes ».

Il cesse toute pratique religieuse : « Je cherchais ma voie, un sens à ma vie. J’ai vécu un certain nombre de dérives. C’était l’époque hippie. La jeunesse vivait à l’heure des grands rassemblements de Woodstock. Nous nous soûlions de musiques planantes et nous faisions nos premières expériences de drogue. J’avais, comme bien des jeunes, les cheveux longs, beaucoup de révolte au fond du cœur et une sorte de dégoût de la vie. J’étais sur une pente vraiment dangereuse. » Il vit pourtant « une résurrection » : Il est touché par une communauté chrétienne de hippies à l’ambiance « très affective et émotive, tout le contraire de ce qu’on trouvait alors dans les églises ». Il participe à la prière du soir : « Au premier “Je vous salue Marie“, je me marrais franchement avec mon copain, au second, je me suis mis à prier, au troisième, je me suis écroulé, en sanglots. J’étais complètement touché. Et c’est à cet instant précis que la joie est revenue, la joie de la foi de mon enfance.

Nous étions le 2 juin 1972 : ce fut le jour de ma conversion. » Il entend parler de Jean Vanier, entre à l’Arche, puis sur le conseil du fondateur, va faire une retraite à l’abbaye de Bellefontaine. Cette expérience le conduit au monastère cistercien d’Oka où il reste quatre ans. Il y perd sa joie et pressent qu’il ne doit pas y rester. Inscrit en Théologie à l’université des Trois-Rivières, il y rencontre sa femme. A quarante ans, nouvelle crise. Elle dure cinq ans. Il en sort, acceptant d’être ce qu’il est et de ne pas être ce qu’il ne sera jamais. Depuis cette crise il retient sa rencontre avec S. Thérèse de Lisieux et sa découverte de l’oraison, une audience avec Jean-Paul II en 2003, la naissance de ses deux petites-filles, son travail d’écrivain… Mais la crise de la quarantaine a été pour lui un événement majeur dans sa vie spirituelle : Il la résume en disant que c’est à cet âge, déjà avancé, qu’il a appris à s’aimer : « Apprendre à s’aimer soi-même, c’est […] accueillir ses limites, c’est ne plus se battre avec. […] Notre grandeur, nous la trouverons dans la reconnaissance de notre petitesse, de notre finitude. Dieu s’enfante en nous dans la mesure où nous acceptons d’être petits à ses yeux. » Apprendre à s’aimer soi-même n’est donc pas la chose la plus facile au monde.

… comment ?

Le jugement de S. Thérèse d’Avila s’impose ici, disant que « par notre faute », nous ne nous aimons pas nous-mêmes parce que nous n’avons pas trouvé en nous le paradis qu’est la présence de Dieu en nous :  « Car à bien y songer, mes sœurs, écrit-elle dans le livre des Demeures,  l’âme du juste n’est rien d’autre qu’un paradis où Dieu dit trouver Ses délices. » Il importe donc de s’aimer soi-même – « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Mt. 22, 39) – mais comment ? C’est la question de cet évangile. 

L’amour de Dieu, de soi et du prochain…  

…écrit par le doigt de Dieu

Il est dit que Dieu a écrit le premier commandement et les neuf autres « de son doigt », c’est à dire par l’Esprit, « à la différence des autres préceptes écrits par Moïse ». (Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°2056) Il y a donc un seul commandement qui résume le premier commandement et les neuf autres, celui de la charité : « La charité est donc la loi dans sa plénitude. » (Rm.13, 10)

… naturel à l’homme

Cet unique commandement de l’amour est intérieur et naturel à l’homme : « Dès le commencement, Dieu avait enraciné dans le cœur des hommes les préceptes de la loi naturelle. Il se contenta d’abord de les leur rappeler. Ce fut le Décalogue. » (S. Irénée, in Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 2070)

… devenu impossible

Pourtant, quoique l’homme tende « naturellement » à l’amour de Dieu et du prochain, il ne se sent pas la force d’accomplir ce précepte.  Saint Paul le dit explicitement : « Nous savons que la loi est spirituelle ; mais moi je suis un être de chair, vendu au pouvoir du péché. » (Rm.7, 14) C’est aussi ce que dit le Catéchisme de l’Eglise Catholique, il faut la grâce : « Ce que Dieu commande, Il le rend possible par sa grâce. » (n°2082)

… donné par Dieu

Heureusement, Dieu a donné la grâce de l’amour divin  en le répandant à la Croix : « L’amour de Dieu a été répandu en nos cœurs par le Saint Esprit. » (Rm.5, 5)

Revenir à l’Amour divin…

… par grâce

Malgré ce don de l’amour reçu au baptême et à la Confirmation, reçu dans l’Eucharistie et le Sacrement de Réconciliation, l’homme doit faire un chemin pour retrouver cet Amour. Il faut, comme dit S. Benoît dans sa règle, « retourner par le labeur de l’obéissance à Celui dont t’avait éloigné la lâcheté de la désobéissance ». (Prologue, verset 2) Jacques Gauthier était dans une grande union à Dieu grâce à l’Eucharistie : « Lorsque j’avais sept ou huit ans, j’allais à la Messe comme on se rend à une fête. J’étais fasciné par la poésie qui se dégageait de la Messe. Sur le chemin du retour, je chantais, sous la neige, des hymnes au Seigneur … J’ai eu cette grâce inouïe d’être pris, dès la plus tendre enfance, par l’amour de Dieu. »                                                                                        

… par le cœur

Mais sans le savoir, Jacques Gauthier ignore qu’il faut garder son cœur « plus que toute autre chose », (Pr. 4, 23) parce que c’est là que Dieu habite : « “Le cœur est la demeure où Je suis, où J’habite…où Je descends.“ Il est notre centre caché, insaisissable par notre raison et par autrui ; seul l’Esprit de Dieu peut le sonder et le connaître. Il est le lieu de la décision, au plus profond de nos tendances psychiques. Il est le lieu de la vérité, là où nous choisissons la vie ou la mort. Il est le lieu de la rencontre, puisque à l’image de Dieu, nous vivons en relation : il est le lieu de l’alliance. » (CEC, n°2563)

… non par les choses extérieures

Jacques s’était fait prendre par les choses extérieures : « Les habitudes de la vanité, où tout le monde est engagé, corrompent toutes choses ! La Foi est si morte que nous préférons ce que nous voyons à ce qu’Elle nous dit. A la vérité, nous ne voyons pourtant qu’infortunes chez ceux qui poursuivent ces choses visibles. C’est le fait de ces choses venimeuses dont nous avons parlé ; comme celui que mord une vipère est tout entier empoisonné, enflé, il en est de même ici-bas, et nous ne nous en préservons pas. Évidemment, de nombreux traitements seront nécessaires pour guérir, et c’est déjà une fort grande faveur de Dieu que de n’en pas mourir », écrit S. Thérèse d’Avila.

… par l’Esprit

Thomas d’Aquin dit que « chacun s’aime selon ce qu’il se connaît ». Or, pour les uns, ce qu’ils connaissent, c’est leur nature sensitive et corporelle, pour les autres, ce qu’ils connaissent, c’est leur Esprit. Du point de vue chrétien, « ce qu’il y a de principal dans l’homme, c’est l’Esprit ; le secondaire, c’est la nature sensitive et corporelle. […] Ceux qui jugent que ce qui est le principal, c’est l’homme extérieur, corporel, sensitif, « ne se connaissent pas vraiment, ne s’aiment pas vraiment, ils aiment seulement ce qu’ils se figu­rent être. » (S. Thomas, Somme II.II Q.25 a.7)

…  par les biens spirituels

 A l’inverse, ceux qui jugent que ce qui est principal, c’est l’homme intérieur, ou l’Esprit en eux, « jugent ce qu’ils sont en réalité » : « Ils s’aiment en vérité… désirent les vrais biens qui sont les biens spirituels, travaillent à les obtenir ; ils sont heureux de se recueillir,  car ils trouvent dans leur propre cœur les bonnes pensées pour le présent, la mémoire des bienfaits divins, l’espoir des biens futurs, source de joie; et ils ne sont pas attristés par la division intérieure, car toute leur âme tend vers un seul bien. » (S. Thomas, Somme, ibidem)

Conclusion : Le chemin de l’amour de soi, de Dieu et du prochain…

Le chemin vers l’amour de soi, de Dieu et du prochain, consiste donc en trois étapes :

  1. Reconnaître la déchéance de son cœur. « Commencez où vous êtes. […] Vous pouvez être la personne la plus violente au monde, – c’est un bon endroit pour commencer. […] Ne rejetez rien, ne réprimez rien, mais simplement, reconnaissez les pensées de haine, les pensées de désir, les pensées pauvres, les pensées imprécatoires… »  (Start where you are, Pema Chödrön, éd. Shambhala Classics, 2001, p.35)
  2. Se repentir « par une très instante prière », comme le dit S. Benoît. (Règle, Prologue, verset 4)
  3. Elever sa pensée. « La pensée du ciel est une force, comme la pensée de l’amour est un entraînement. Elever ses pensées, c’est s’élever tout entier : Altius cogita ! (Une pensée haute !) » (Thomas A. Kempis, L’imitation de la Vierge Marie, éd. Artège, 2017, p. 43)

Pour Jacques Gauthier, cela ne se fera pas sans mal. Peut-être s’était-il, sans le savoir, laissé vivre. Peut-être n’avait-il pas protégé sa vie intérieure comme le feu. Il a alors connu l’ennui, il est devenu « fatigué de la vie » (taedium vitae). Oui, il faut veiller sur son cœur, plus que sur toute autre chose. (Proverbes 4, 23)

Prions : « Seigneur, Tu nous as commandé d’aimer et Tu nous as donné un cœur pour cela. Donne-nous de Te découvrir dans le fond de notre cœur où Tu résides. »

Oraison jaculatoire : « O Mère, obtenez-moi l’amour pour Dieu ! »

Question : Comment avez-vous retrouvé votre « cœur » cette semaine ?

Suggestion : Une prière instante à Dieu, jaillie du cœur.

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Geoffroy de Lestrange
A propos Geoffroy de Lestrange 75 Articles
Le père de Lestrange, curé dans le monde rural, a fait ses études supérieures aux États-Unis. Il y a découvert le Renouveau charismatique catholique ainsi que les églises évangéliques. Bénédictin, puis profès simple chez les frères de Saint-Jean, il a découvert par ces contacts divers, l'importance de la prière pour une nouvelle Pentecôte dans l'Église, souhaitée par tant de papes.

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